RDC: marches pacifiques des catholiques pour la paix et l’intégrité territoriale du pays

RDC: marches pacifiques des catholiques pour la paix et l’intégrité territoriale du pays

Les chrétiens catholiques de la République démocratique du Congo ont été appelés à marcher contre l’insécurité dans l’Est du pays, ce dimanche 4 décembre. Depuis Rome, le cardinal Ambongo a fait part de son soutien à cette marche et s’inquiète d’une balkanisation de la RDC.

L’Église catholique de la RDC a appelé les Congolais à marcher, ce dimanche 4 décembre 2022, pour alerter sur la situation sécuritaire dans l’est du pays et dénoncer la présence du M23. Dans la capitale Kinshasa, l’accès au centre-ville et aux chancelleries a été interdit, ce qui n’a pas empêché les manifestants de critiquer la communauté internationale.

À l’occasion de ce rassemblement initié par l’Église, il était prévu que les différents cortèges de marcheurs à Kinshasa convergent vers deux chancelleries occidentales, le siège administratif du gouvernement et un carrefour près de la Monusco, la mission de l’ONU en RDC, mais les autorités s’y sont opposées et ont interdit à la commune de la Gombe, cœur administratif et quartier des ambassades.

Les policiers ont été déployés dans des avenues menant vers des paroisses. Les cortèges se sont mis en route après la première messe de 6h30. Tous les autres services religieux du dimanche ont été annulés. Après cette unique messe, les fidèles catholiques des paroisses du centre-ville ont été redirigés vers le Palais du peuple, siège du Parlement. Tout au long du trajet, ils entonnaient des cantiques religieux entrecoupés de slogans de soutien à l’armée. D’autres ont lancé des messages d’hostilité en direction du Rwanda, accusé de soutenir le M23.

Parmi les manifestants, l’abbé Paul Mateta de la paroisse Saint Marc, à l’est de Kinshasa. « Le Congolais n’est plus respecté, il n’a plus de valeur devant toutes les nations, déplore-t-il au micro de RFI. Nous devons adresser ce message à nos dirigeants, de ne pas se fier toujours à l’étranger. Ce sont eux qui nous tuent, ce sont eux qui fabriquent les armes pour tuer les hommes. Nous ne voulons pas de tout cela. »

Dans le cortège, la colère des manifestants de Kimbanseke, à Kinshasa:
Non, non à l’hypocrisie de la communauté internationale !

Quelques officiels, comme le président du Sénat et le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, ont pris part à la marche qui s’est déroulée sous haute surveillance policière. Devant le siège du Parlement, des messages couchés dans un mémorandum ont été lus par un prêtre de l’archidiocèse. Ce mémorandum signé par l’archevêque de Kinshasa, absent du pays, doit en principe être déposé, lundi, dans des ambassades et les institutions politiques.

L’Église s’en prend à la communauté internationale

L’Église demande au gouvernement de suspendre la participation de la RDC à la Francophonie et de quitter la communauté des États d’Afrique de l’Est. Les catholiques souhaitent également voir la Monusco quitter le pays, car selon eux, la responsabilité de la communauté internationale dans la crise est engagée.

Ce que les catholiques demandent au Gouvernement #RDC🇨🇩 ⬇️:

– Départ de la MONUSCO – Suspendre la participation à l’OIF
– Retirer la RDC de l’EAC
– Non à la « mutualisation » des armées
– Que tous les accords engageant la RDC passent par le parlement.

pic.twitter.com/oEU8QzV7vi— Pascal Mulegwa (@pascal_mulegwa) December 4, 2022

Selon les responsables religieux, ils ne défendent pas le pays contre l’agression du Rwanda à travers le M23. Un message en ce sens a aussi été lu à l’issue de la messe ce matin.

Ces déclarations sont en phase avec l’objectif affiché par l’Église congolaise en appelant à manifester ce dimanche. L’institution souhaite dénoncer « la guerre d’oppression imposée à la RDC et l’hypocrisie de la communauté internationale ». Luc, un manifestant, acquiesce à ces revendications, mais il souhaite aussi à travers cette marche appeler à la responsabilisation des Congolais : « Oui, il y a une responsabilité de la communauté internationale, constate-t-il. Mais nous aussi, qu’est-ce que nous faisons depuis 28 ans que Kagame nous agresse ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à protéger nos frontières ? »

Absent du pays, le cardinal Ambongo ne prendra part à la marche de ses fidèles prévue ce dimanche contre « l’agression » de la #RDC par le Rwanda. Il appelle à « descendre dans la rue » pour exprimer le « ras-le-bol » face à la crise qui perdure depuis des décennies dans l’Est.

pic.twitter.com/aDqUBL94YA— Pascal Mulegwa (@pascal_mulegwa) December 3, 2022

Des rassemblements également dans le reste du pays

La Cenco a prévenu que ces manifestations ne seraient pas des rassemblements politiques. Les appartenances aux partis ne devaient pas s’afficher même si des représentants du pouvoir et de l’opposition étaient attendus dans les différents rassemblements. Ces derniers se sont déroulés dans le calme. Aucun incident n’est à signaler dans la capitale, selon le chef de la police de Kinshasa.

L’appel de l’Église catholique a aussi été entendu dans le reste du pays. Des manifestants ont ainsi défilé à Lubumbashi, chef-lieu de la province du Haut-Katanga, à Kisangani au centre du pays, ou encore à Beni, l’un des épicentres de la violence dans l’est de la RDC. À Goma, le rassemblement a été annulé par les organisateurs pour « éviter d’éventuelles infiltrations ».

À Kisangani, la déclaration de la Cenco remise à la gouverneure 

À Kisangani, dans le centre du pays, les fidèles ont convergé vers le gouvernorat de la province pour y remettre une déclaration, comme l’explique l’archevêque de la ville, Mgr Marcel Utembi Tapa, également président de la Cenco.

Mgr Marcel Utembi Tapa, Archevêque de Kisangani et président de la Cenco:

Les fidèles sont partis des vingt différentes paroisses, non seulement les fidèles catholiques, des fidèles d’autres confessions et même d’autres personnes de bonne volonté qui ont rejoint la marche pour atteindre le gouvernorat de la province. Et là, nous avons fait la lecture de la déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo avec comme titre « Notre pays est en danger », que nous avons remise à Mme la gouverneure de la province, Madeleine Nikomba. Elle a pris acte de cette déclaration et elle nous a assuré qu’elle transmettra cette déclaration à qui de droit. La prochaine étape, c’est le monitoring au niveau des 48 diocèses qui constituent la Conférence épiscopale nationale du Congo. Je pense qu’à l’occasion de la visite du Saint-Père, nous aurons certainement une assemblée plénière extraordinaire, pour ventiler tous ces éléments et tirer des conclusions et des orientations.

(Avec Rfi)