la RDC suspend sa coopération militaire avec la Belgique

la RDC suspend sa coopération militaire avec la Belgique

Kinshasa a décidé de suspendre sa coopération militaire avec Bruxelles, a déclaré le ministère belge de la Défense à Jeune Afrique ce jeudi 13 avril. Le samedi 8 avril, dans un communiqué, le vice-Premier ministre belge et ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, avait notamment critiqué la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier ministre, un transfuge de l’opposition. Cette nomination « s’écarte de la lettre et de l’esprit de l’Accord de la Saint-Sylvestre » avait-il notamment estimé. « La Belgique est préoccupée par le fait que les autorités de transition ne disposent pas du large soutien nécessaire », avait-il ajouté.

« Notre attaché de Défense à Kinshasa a reçu un courrier nous informant de la suspension de notre coopération militaire » a déclaré Laurence Mortier, porte-parole du ministère belge de la Défense à Jeune Afrique ce jeudi 13 avril. Une information confirmée par une source militaire congolaise sous couvert d’anonymat.

« Nous sommes en train de faire un inventaire de ce que ce cette coopération recouvrait », a-t-elle poursuivi, ne souhaitant pas s’exprimer davantage sur les motivations de cette décision, une première depuis plus d’une décennie.

Rompue suite à l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila à la tête d’une rébellion, en 1997, la coopération militaire entre la RDC et l’ancienne puissance coloniale avait été rétablie peu de temps après l’arrivée au pouvoir de l’actuel président, Joseph Kabila, et n’avait plus été interrompue depuis.

Elle concerne principalement des actions de formation. Les militaires belges avaient notamment formé deux brigades d’interventions rapides, qui s’étaient illustrées contre l’insurrection Enyele, dans l’Équateur, au début des années 2010, puis contre la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) au Nord-Kivu, en 2012 et 2013. Ils accompagnent encore les militaires congolais sur le terrain aujourd’hui.

Critiques de Bruxelles

Cette décision intervient dans un contexte de tension entre Bruxelles et Kinshasa. Le vice-Premier ministre belge et ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, avait notamment critiqué la nomination au poste de Premier ministre de Bruno Tshibala, un transfuge de l’opposition dans un communiqué le 8 avril dernier.

Cette nomination « s’écarte de la lettre et de l’esprit de l’Accord de la Saint-Sylvestre » avait-il notamment estimé. « La Belgique est préoccupée par le fait que les autorités de transition ne disposent pas du large soutien nécessaire », avait-il ajouté.

« Dans ce contexte, et suite à la forte détérioration de la situation sécuritaire et des droits de l’Homme dans différentes parties du pays, la Belgique se concertera avec ses partenaires internationaux concernant les relations avec la RDC » avait encore affirmé le ministre belge. Visiblement, Kinshasa a décidé de prendre les devants.

Première suspension en 13 ans

La suspension de la coopération militaire a été notifiée par Kinshasa dans un courrier remis à l’attaché de Défense de l’ambassade de Belgique à Kinshasa, le mercredi 12 avril.

Des accords de coopérations entre la Belgique et la RDC avaient été signés en 2004 − lorsque l’actuel président congolais, Joseph Kabila, était encore un jeune chef d’État de transition − et n’avaient jamais été suspendus depuis. Ils concernaient principalement la formation de militaires congolais, et notamment de deux bataillons de réaction rapides. De nombreux officiers congolais sont par ailleurs formés à l’École royale militaire de Bruxelles.

« Nous sommes en train de faire un inventaire de ce que ce cette coopération recouvrait » a expliqué à Jeune Afrique Laurence Mortier, porte-parole du ministère belge de la Défense.

Selon une source diplomatique à Kinshasa, les officiers belges encore sur le terrain pourraient commencer à quitter la RDC d’ici la fin du mois d’avril.

Coopération « très étroite » avec la France

« Nous avons suffisamment de militaires formés, et allons poursuivre nous-mêmes la formation », a affirmé Crispin Atama Tabe.

La Belgique s’interrogeait aussi, de son côté, sur l’opportunité de maintenir ces accords. Le collectif d’ONG flamandes 11.11.11 avait réclamé la suspension de la coopération militaire avec la RDC le mois dernier. À l’époque, le ministère belge de la Défense avait estimé que « la situation au Congo ne changera[it] pas ou ne s’améliorera[it] pas si [les militaires belges] sont absents ».

La RDC maintient en revanche sa coopération militaire avec la France, qualifiée de « très étroite » par le ministre congolais de la Défense. Elle porte notamment sur l’équipement d’instituts de formation et de forces navales.

La RDC dispose aussi d’accords de coopération, plus modeste, avec les États-Unis, qui portent principalement sur la traque l’Armée de résistance du seigneur (LRA), rébellion ougandaise qui se joue des frontières. La nouvelle administration du président américain Donald Trump s’est toutefois interrogée à plusieurs reprises sur l’opportunité de poursuivre cette traque.

Avec jeuneafrique