Sommet de l’UA: le Tchadien Moussa Faki Mahamat élu à la tête de l’Union africaine

Sommet de l’UA: le Tchadien Moussa Faki Mahamat élu à la tête de l’Union africaine
Moussa Faki Mahamat, un fidèle d’Idriss Déby élu à la tête de l’Union africaine

Le ministre tchadien des Affaires étrangères Moussa Faki Mahamat a été élu lundi président de la Commission de l’Union africaine à l’issue de sept tours de scrutin lors du 28e sommet de l’organisation, à Addis-Abeba.

L’élection du successeur de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma était l’un des grands enjeux du 28e sommet de l’Union africaine. Cet été, les pays membres avaient échoué à se mettre d’accord sur le nom du futur président de la Commission de l’UA, le bras exécutif de l’organisation. Ce lundi, à Addis-Abeba, c’est finalement le Tchadien Moussa Faki Mahamat qui a été préféré, par 39 voix sur 54, à la ministre des Affaires étrangères kényane, Amina Mohamed.

Montée en puissance de N’Djaména sur la scène continentale

Le choix du Tchadien, qui remplace la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, consacre la montée en puissance de N’Djaména sur la scène continentale. Cet ancien Premier ministre du Tchad (2003-2005) de 56 ans est un «homme de confiance du président Idriss Déby». Il fut le directeur de cabinet (1999-2000) et le directeur de campagne (2001) du chef de l’Etat. Depuis 2008, il occupait le poste de ministre des Affaires étrangères. «C’est un nordiste, de l’ethnie zaghawa comme Déby,  donc ce n’est pas un rival pour le Président.»

Son élection consacre en tout cas la montée en puissance de N’Djaména sur la scène continentale. Géographiquement situé au centre de toutes les crises régionales – Mali, Libye, Soudan, Nigeria, Centrafrique –, le Tchad est intervenu militairement à plusieurs reprises ces dernières années, notamment aux côtés de des soldats français pendant l’opération Barkhane. L’efficacité de son armée en fait un acteur redouté. «Avant son intervention au Mali, en 2013, le Tchad était invisible, rappelle le chercheur. De 2014 à 2015, il a eu un siège pendant deux ans au Conseil de sécurité de l’ONU, et en 2016, il a présidé l’Union africaine. C’est désormais un poids lourd.»

Il succède à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma

Opposé à quatre autres candidats, Moussa Faki Mahamat l’a finalement emporté au dernier tour du scrutin face à la candidate du Kenya Amina Mohamed. Le diplomate Ghanéen, S.E. Thomas Kwesi Quartey est élu vice-président de la Commission de l’UA.

Également ancien Premier ministre de son pays, Moussa Faki Mahamat est élu pour un mandat de quatre ans et succède à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, saluée pour avoir mis la question des droits des femmes sur la table, mais critiquée pour son bilan en termes de paix et de sécurité. Selon un communiqué de la présidence kényane, il aura fallu 7 tours de scrutin pour départager les cinq candidats en lice. La présidence de la commission de l’Union africaine fait traditionnellement l’objet d’une rotation informelle entre les régions du continent. En 2012, l’anglophone Nkosazana Dlamini-Zuma avait été élue face au francophone Jean Ping (Gabon) au terme d’une campagne particulièrement acrimonieuse.

Une élection marquée par les luttes de pouvoir

À 56 ans, cet ancien Premier ministre et actuel ministre tchadien des Affaires étrangères a suivi tous les dossiers stratégiques dans lesquels son pays a été engagé : Libye, Mali, Soudan du Sud et Centrafrique, jusqu’à l’intervention actuelle dans le Sahel et dans le bassin du lac Tchad. Son élection à la tête de l’exécutif de l’UA pourrait satisfaire la France et les Etats-Unis, qui soutiennent le Tchad et son régime de fer dans la lutte contre le groupe islamiste nigérian Boko Haram et d’autres entités armées dans le Sahel.

La capitale, N’Djamena, accueille d’ailleurs l’état-major de la force française Barkhane.

Le nouveau président de la Commission de l’Union africaine, qui rêve d’un continent « où le bruit des armes » serait étouffé par « les hymnes de la culture et le grondement des usines », souhaite placer « le développement et la sécurité » au rang de ses priorités.

Trilingue français, arabe, anglais, ayant étudié à Brazzaville et Paris, il veut « rendre l’UA moins bureaucratique, moins procédurière aussi… La libre circulation des biens et des personnes doit devenir effective. Construisons des routes, des voies de chemin de fer, créons des passerelles entre nous », avait-il confié à l’hebdomadaire Jeune Afrique en amont de l’élection.

Cheveux grisonnants, Moussa Faki Mahamat est par ailleurs un fidèle du président tchadien Idriss Déby Itno. Les deux hommes sont issus de l’ethnie zaghawa et le premier a occupé plusieurs places de choix dans les gouvernements successifs du second, les plus importantes étant les postes de Premier ministre et ministre des Affaires étrangères.

Place à l’Afrique centrale

Le président Déby marque des points en réussissant à placer un homme de confiance à la tête de l’exécutif continental, le jour même où il a cédé la présidence tournante de l’UA, qu’il occupait depuis un an, à son homologue guinéen Alpha Condé..

Le candidat victorieux est issu du bloc régional de l’Afrique centrale, qui passe pour le parent pauvre du continent avec sa faible croissance économique et ses alternances politiques quasiment impossible. Dans son propre pays, la réélection en avril 2016 du président Déby dès le premier tour avec 60% a suscité son lot de contestation, tandis que la situation budgétaire est catastrophique en raison de l’effondrement des revenus pétroliers. Désormais à la tête de l’UA, le Tchadien a la lourde de tâche de satisfaire tout un continent.

Avec Le Point et Agences