RDC: la répression sanglante de Joseph Kabila s’exerce jusque dans les églises

RDC: la répression sanglante de Joseph Kabila s’exerce jusque dans les églises

A l’appel de l’Eglise catholique, plusieurs manifestations pacifiques ont eu lieu à Kinshasa, à Lubumbashi ou encore à Kananga réclamant le départ du président Joseph Kabila, dont le mandat a expiré en décembre 2016. Une grande partie du pays réclame le départ du président Joseph Kabila.

Huit personnes ont été tuées, dimanche 31 décembre 2017, en République démocratique du Congo (RDC), et une centaine d’autres ont été arrêtées, en marge de manifestations pacifiques de catholiques contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, muet sur son avenir politique dans ses vœux aux Congolais.

M. Kabila a assuré que la publication de l’échéancier qui prévoit la tenue de la présidentielle au 23 décembre 2018 « conduit de manière irréversible vers l’organisation des élections ».

Mais les catholiques congolais ont manifesté dimanche car, il y a un an, un accord était signé, sous l’égide des évêques, prévoyant des élections fin 2017 pour organiser le départ du chef de l’Etat congolais, dont le mandat s’est achevé le 19 décembre 2016.

L’Eglise a fait preuve de sa capacité à mobiliser

Malgré la répression, l’Église catholique a montré qu’elle avait la capacité de mobiliser en République démocratique du Congo (RDC), là où depuis un an les appels de l’opposition n’ont rencontré que peu d’écho.
L’Église catholique a prouvé ce 31 décembre qu’elle restait une autorité morale qui compte en République démocratique du Congo. Elle n’avait pas formellement appelé à soutenir la marche, mais les prêtres ont joué un rôle clef dans la mobilisation. Certains d’entre eux ont même pris la tête des cortèges.

L’opposition, elle, a accepté de se placer sous sa tutelle, n’arborant aucun logo ni pancarte. On n’avait plus vu autant de monde tenter de défiler depuis plus d’un an, en tout cas dans les rues de Kinshasa.

De fait, les lacunes dans l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre parrainé par la conférence des évêques de RDC risquent d’entacher son crédit à terme.

Des morts et des arrestations

Huit personnes ont trouvé la mort dimanche en République démocratique du Congo, et une centaine ont été arrêtées, en marge des manifestations de catholiques contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, a-t-on appris de source onusienne. Le bilan provisoire est de « huit morts, dont sept à Kinshasa et un à Kananga », dans le centre du pays, a déclaré à l’AFP une source onusienne. « Quatre-vingt-deux arrestations, dont des prêtres, » ont eu lieu à Kinshasa et « 41 sur le reste du pays », a ajouté cette source.

Les victimes ont été tuées en marge de manifestations de catholiques contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, interdites par les autorités. Les forces de sécurité de la République démocratique du Congo (RDC) ont réprimé des messes dans des églises à coups de gaz lacrymogène, et empêché des marches après l’appel à manifester contre le pouvoir.

« Deux jeunes ont été tués à la paroisse Saint-Alphonse de Matete », dans l’est de Kinshasa, tandis qu’une autre personne a été tuée dans la commune populaire de Masina, a déclaré le colonel Pierrot-Rombaut Mwanamputu, porte-parole de la police, à la télévision publique. Un policier a également été tué dans la capitale, selon un communiqué du gouvernement lu à la télévision d’État. À Kananga, au Kasaï, dans le centre du pays, un homme a été tué par balle par des militaires qui ont ouvert le feu sur des catholiques en marge d’une marche contre Joseph Kabila, dont le mandat a expiré depuis décembre 2016.

Des enfants de chœur interpellés

Coupure internet, déploiement sécuritaire, barrages policiers : les autorités congolaises ont sorti l’artillerie lourde pour étouffer les « marches pacifiques » des catholiques contre le chef de l’État, malgré l’appel des Nations unies et des chancelleries au respect du droit à manifester. Ces marches ont été organisées par les catholiques congolais, un an après la signature sous l’égide des évêques d’un accord prévoyant des élections fin 2017 pour organiser le départ du président Joseph Kabila.

À Kinshasa, au moins une quinzaine de personnes ont été blessées, dont plusieurs par balle, selon le décompte d’une équipe de l’AFP qui s’est rendue dans plusieurs paroisses.

La police a aussi interpellé douze enfants de chœur catholiques à la sortie d’une paroisse du centre-ville. À Lubumbashi (Sud-Est), deuxième ville du pays, deux personnes ont été blessées par balle quand les forces de sécurité ont ouvert le feu alors que des catholiques tentaient de manifester à la sortie d’une messe. La police a également utilisé des gaz lacrymogènes et des jeunes ont répliqué par des jets de pierres. Quatre véhicules ont été incendiés et des commerces ont été pillés.

Gaz lacrymogènes dans l’église

Toute l’opposition et la société civile qui réclament le départ du président Kabila dès ce 31 décembre 2017 se sont jointes à l’appel des marches, interdites par les autorités comme les précédentes manifestations. Dans un pays majoritairement chrétien, où les habitants survivent avec moins d’un dollar par jour, c’est en pleine prière au cœur des églises que les forces de sécurité ont fait irruption. « Alors que nous étions en train de prier, les militaires et les policiers sont entrés dans l’enceinte de l’église et ont tiré des gaz lacrymogènes dans l’église » où se déroulait la messe, a déclaré à l’AFP un chrétien de la paroisse Saint-Michel, dans le centre de Kinshasa. À la cathédrale Notre-Dame du Congo, à Lingwala, quartier populaire du nord de Kinshasa, les forces de sécurité ont également tiré des gaz lacrymogènes à l’arrivée du leader de l’opposition Félix Tshisekedi, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Les manifestants demandent au président de déclarer qu’il ne sera plus candidat. Ils veulent aussi un « calendrier électoral consensuel » à la place de l’actuel, qui prévoit des élections le 23 décembre 2018 pour le remplacer, alors que son dernier mandat a pris fin le 20 décembre 2016. Les autorités congolaises ont coupé Internet « pour des raisons de sécurité d’État » avant cette marche.

Internet coupé

Les autorités congolaises ont coupé Internet « pour des raisons de sécurité d’Etat » avant cette marche. Au cours de la nuit, l’armée et la police s’étaient déployées massivement devant des églises de Kinshasa, la capitale aux quelque 10 millions d’habitants, les autorités assurant être informées d’une « distribution d’armes » pour déstabiliser le régime.

A Kinshasa, de nombreuses barrières routières ont été installées dans la ville, où des policiers et militaires contrôlaient les passagers des véhicules en circulation.

Au cours de la nuit, l’armée et la police s’étaient déployées massivement devant les paroisses de Kinshasa, la capitale aux quelque 10 millions d’habitants, les autorités assurant être informées d’une « distribution d’armes » pour déstabiliser le régime. Une équipe de l’AFP a été menacée à Kinshasa par un officier congolais. « Si vous ne videz pas les lieux, j’ordonne qu’on tire sur vous », a lancé l’officier.

Bakolokongo avec Agences