Crise syrienne: Virage diplomatique pour la Turquie, Bachar el-Assad revient dans la boucle

Crise syrienne: Virage diplomatique pour la Turquie, Bachar el-Assad revient dans la boucle

Turquie_Binali_YildirimC’est un virage diplomatique pour la Turquie sur le dossier syrien, du moins s’il faut en croire les paroles du Premier ministre Binali Yildirim. Pour la première fois depuis le début de la guerre, Ankara admet que le président Bachar el-Assad est un acteur qu’il faut reconnaître en Syrie. Un changement de ton qui n’est sûrement pas étranger au réchauffement de la Turquie avec Moscou.

Après la réconciliation avec la Russie, avec Israël, la Turquie change de ton aussi sur le dossier syrien, explique notre correspondant à Istanbul, Alexandre Billette. Il n’est pas question pour Ankara de se réconcilier avec Bachar el-Assad mais le Premier ministre turc reconnaît – et c’est la première fois depuis des années – que le président syrien est l’un des acteurs qu’il faut prendre en considération, avec une formule alambiquée : il est possible de parler avec Assad pour évoquer la transition en Syrie… Mais pour la Turquie il n’en est pas question.

Un numéro d’équilibriste mené ce samedi matin par Binali Yildirim, lors d’une conférence de presse qui n’est sûrement pas étrangère au rapprochement avec Moscou, grand allié du régime syrien. Le Premier ministre a salué au passage les premières frappes des forces syriennes contre des positions kurdes ces derniers jours. « Le régime (syrien) a compris que la structure que les Kurdes tentent de former dans le nord (de la Syrie) a commencé à devenir une menace pour la Syrie aussi », a assuré Binali Yildirim.

Comme un échange de bons procédés, Ankara lâche du lest sur le président syrien, qui en retour bombarde pour la première fois depuis le début de la guerre les ennemis du pouvoir turc. Jeudi et vendredi, l’aviation loyaliste syrienne a bombardé, pour la première fois depuis 2011, des quartiers détenus par les forces kurdes dans la ville d’Hassaké.

La Turquie, isolée sur le dossier syrien

Pour Marc Pierini, ancien diplomate de l’Union européenne et chercheur au centre de réflexion Carnegie Europe, ce changement de ton est sans doute lié au rapprochement entre la Turquie et la Syrie. « La Turquie est jusqu’à maintenant totalement isolée sur le dossier syrien », estime-t-il. Tous ses objectifs ont en effet été contrariés, explique l’ancien diplomate : Bachar el-Assad n’est pas parti ; la zone d’exclusion aérienne qu’elle réclamait n’a pas été mise en place ; et les Kurdes syriens, qu’elle considère comme des alliés du PKK mais que la Russie et les Etats-Unis arment, sont aujourd’hui les combattants les plus efficaces contre le groupe Etat islamique. « La Turquie doit composer avec cette réalité à un moment où elle est elle-même politiquement et diplomatiquement très affaiblie par la tentative de coup d’Etat », analyse Marc Pierini.

Et de rappeler que la Turquie était le dernier pays à camper sur ses positions initiales concernant le départ de Bachar el-Assad, comme le réclamaient également les Etats-Unis avant d’infléchir leur discours. « Si on veut aboutir à un cessez-le-feu puis à un arrangement politique, il n’y a pas beaucoup d’autres solutions que de tolérer Assad, au moins dans une période intérimaire », estime encore Marc Pierini.

Avec Rfi