60e anniversaire de l’indépendance de la RDC: le cardinal Ambongo hausse le ton contre la coalition Cach-FCC au pouvoir

60e anniversaire de l’indépendance de la RDC: le cardinal Ambongo hausse le ton contre la coalition Cach-FCC au pouvoir

Depuis plusieurs semaines, le ton monte entre la plateforme présidentielle Cach et le FCC de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila autour de la réforme de la justice et de la désignation du président de la commission électorale. Le cardinal Ambongo a haussé le ton lors de son homélie prononcée ce mardi à l’occasion des 60 ans de l’indépendance du Congo. Ce haut personnage de l’Église catholique a demandé la fin de la coalition au pouvoir. Il a évoqué un désamour entre Cach et le FCC, un problème de confiance entre les coalisés, l’impunité pour les grands et la pauvreté de la population.

En marge de la commémoration du 60e anniversaire de l’indépendance de la RDC, le Cardinal Fridolin Ambongo est revenu dans son homélie du 30 juin 2020 sur les principaux points d’actualité notamment la désignation des animateurs de la Commission électorale nationale indépendante, CENI et les propositions de lois controversées sur la réforme de la Justice initiées par les députés nationaux Aubin Minaku et Garry Sakata.

Dans son homélie ce mardi 30 juin à l’occasion de la célébration eucharistique pour commémorer le 60ème anniversaire de l’indépendance de la RDC, le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu a également évoqué, d’une part, les tractations de l’heure au sein des confessions religieuses en vue de désigner le prochain Président de la CENI et de l’autre, les propositions de loi sur les réformes judiciaires au pays.

« Après 60 ans, on ne peut pas continuer à gouverner par mépris du peuple et par mépris de l’Eglise catholique et l’Église protestante », a déclaré le prélat catholique.

Mgr Ambongo a d’abord invité l’église du Christ au Congo, (ECC) à se lever pour faire un front commun contre les « manœuvres de ceux qui ne veulent pas une justice juste » : « L’Église catholique est déjà en ordre de marche, à l’église protestante de se lever pour faire barrage à toutes ces velléités qui n’ont comme objectif que de protéger les intérêts partisans de ceux qui ne veulent pas la justice juste. »

« Nous savons très bien que c’est la coalition CACH-FCC qui est au pouvoir depuis plus d’une année. Cette coalition sait très bien comment elle avait foulé au pied la volonté du peuple pour en arriver là. La coalition sait. Maintenant, ses membres le disent. Malgré tout, le peuple avait fini par se résigner et accepter le fait accompli. »

« Ils ont développé un rapport dangereux de rivalité qui pourrait entraîner le pays dans le chaos définitif », a ainsi déclaré Fridolin Ambongo. Le cardinal accuse ouvertement la majorité parlementaire de Joseph Kabila de faire preuve d’un « acharnement à faire main basse sur la magistrature et la Céni, deux institutions dont dépendent l’indépendance du peuple ».

Le Cardinal Ambongo appelle les chrétiens des églises catholique et protestante à se mettre en bon ordre de bataille pour barrer la route aux projets iniques de choix des animateurs de la CENI et de trois lois sur la caporalisation du pouvoir judiciaire. Pour le cardinal, « Il y a l’acharnement de la majorité parlementaire actuelle à  faire main basse sur la CENI et la Magistrature. Ce sont des pratiques qu’on ne peut jamais tolérer. Parce que nous savons que de ces deux Institutions, dépendent l’indépendance du peuple. Et ses principes sont consacrés dans l’Etat de droit. Quand on parle de l’Etat de droit, il y a ces principes-là : l’indépendance de l’organe qui organise les élections et l’indépendance de la Justice, de la Magistrature. Si vous n’avez pas ces deux-là, oubliez l’importance qu’on puisse accorder au peuple », a-t-il souligné dans son homélie.

S’agissant des propositions de loi des députés du Front Commun pour le Congo (FCC) visant des réformes judiciaires et qui ont été à l’origine des récentes manifestations de la population aux abords du Palais du peuple, le Cardinal Fridolin Ambongo est catégorique.

« Nous ne l’acceptons pas. Dès lors, et à l’occasion de la célébration de l’indépendance de notre pays, je lance cet appel à l’ensemble de notre peuple, de notre population, à la Société Civile, à l’Eglise Catholique qui est déjà à l’ordre de marche, à l’Eglise Protestante à s’élever, à redresser le front pour faire barrage à ces velléités qui n’ont comme unique objectif que de protéger les intérêts partisans de ceux qui ne veulent pas d’une justice juste », a poursuivi le prélat catholique.

En ce qui concerne le choix du futur Président de la CENI, le Cardinal Ambongo fait savoir que le position de l’Eglise catholique est claire et qu’elle ne fera pas marche en arrière.

« Autour de la question de la CENI, nous notons de la part de la Présidente de l’Assemblée Nationale une attitude de mépris vis-à-vis de l’Eglise Catholique, de l’Eglise Protestante et de la population congolaise. Ces deux Eglises qui représentent plus de 80% de la population congolaise ont dit non à la nomination d’un personnage qui a déjà fait ses preuves dans les fraudes électorales. Malgré le non de ces deux Eglises, Madame la Présidente continue tranquillement à faire croire au peuple que les Confessions religieuses se sont réunies pour signer un document pour la candidature de ce Monsieur qui était le cerveau-moteur du système Naanga. Nous n’en voulons pas », a-t-il déclaré.

L’homélie s’est terminée sur cet appel aux fidèles : « Lorsque le moment viendra, il faudra qu’ils nous trouvent sur leur chemin. »

Mgr Fridolin Ambongo annonce des jours difficiles à venir et demande au peuple de se tenir prêt en cas de passage en force des propositions des lois controversées et de la désignation des animateurs de la CENI sans le consentement du peuple. « Les jours à venir seront difficile. Je tiens ici à demander au peuple, de se tenir en ordre de marche. Lorsque le moment viendra, lorsqu’ils s’obstineront à faire passer ces lois et ces personnages à la tête la CENI, il faudra qu’ils nous trouvent sur leur chemin., » a déclaré le Prélat catholique.

Le cardinal du Congo dit ne pas comprendre que 60 ans après son accession à la souveraineté internationale, le peuple congolais continue à s’appauvrir. « Comment comprendre que 60 ans après son accession à la souveraineté internationale, le peuple congolais continue à s’appauvrir au point d’être classé aujourd’hui parmi les peuples les plus misérables de la terre.« , fustige-t-il.

Il s’interroge aussi sur la présence des groupes armés en RDC et sur l’incapacité de notre armée à les déloger. « Comment expliquer que toute une armée du pays comme le Congo ne soit pas capable de déloger ces quelques individus qui sont dans la brousse à Beni. Et pourtant,…, l’Armée avait solennellement annoncé ici la fin de ces Mouvements ADF-NALU.«

S’agissant de la restauration de l’État de droit, l’archevêque de Kinshasa évoque l’indépendance de la CENI et de la justice. « Quand on parle de l’Etat de droit, il y a ces principes-là : l’indépendance de l’organe qui organise les élections et l’indépendance de la Justice, de la Magistrature. Si vous n’avez pas ces deux-là, oubliez l’importance qu’on puisse accorder au peuple., » dit il.

Pour Mgr Ambongo, « On ne se sent pas du tout redevable à ce peuple. A cela s’ajoutent la culture de l’impunité pour les grands. On sanctionne les petits qui volent une poule, qui vole une chèvre, qui donne un coup à quelqu’un.«

Le numéro un de l’église Catholique en RDC affirme que « le grand rêve des Congolais a été progressivement brisé par une série des faits et événements. « Nous avons connu la succession des régimes autocratiques qui arrivent au pouvoir comme les colons sans aucun souci de la volonté du peuple., » a-t-il rappelé. Et de conclure: « Nous, au Congo, nous rêvions l’indépendance ; de telle sorte que notre indépendance a été rêvée avec émotion, avec passion, avec l’irrationalité, au point qu’à ce moment-là, nous ne savions pas ce qui nous attendait le lendemain.«

Au même moment, plusieurs mouvements citoyens et le Comité laïc de coordination, à l’origine des manifestations des chrétiens en 2017, appellent déjà à la mobilisation et promettent un calendrier d’actions dans les prochains jours.

Ce sont des pressions supplémentaires sur le premier gouvernement Tshisekedi, qui n’a pas un an de pouvoir. Mais comme le soulignent certains membres de la société civile, cette crise entre les deux partenaires à la tête du pays intervient alors que des efforts sont exigés pour améliorer la gestion et réduire le train de vie des institutions. Le tout, pour éviter au pays la cessation de paiement.

(Bakolokongo avec Agences)