Mort du juge Raphaël Yanyi: un rapport d’autopsie qui suscite des interrogations et jette le trouble

Mort du juge Raphaël Yanyi: un rapport d’autopsie qui suscite des interrogations et jette le trouble

Ce mardi, le vice-Premier ministre et ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, a parlé de meurtre, de coups portés à la tête du magistrat principal en charge du procès Kamerhe et décédé le 26 mai dernier. Selon les rapports que cite le ministre, le juge Raphaël Yanyi est décédé de suite d’une hémorragie intracrânienne résultant d’un traumatisme cranio-ericéphalique. En d’autres termes, il a reçu un ou plusieurs coups sur la tête. Une annonce des autorités congolaises qui a jeté un peu plus le trouble sur cette affaire.

« Au vu des rapports, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice annonce l’ouverture d’une enquête judiciaire devant permettre d’élucider les circonstances de ce meurtre, d’en identifier les auteurs et de les sanctionner avec toute la rigueur de la loi, » écrit le ministre de la Justice de la RDC, Célestin Tunda, dans un communiqué.

Le ministre citait les conclusions d’un rapport d’autopsie auquel ont participé selon lui un médecin légiste congolais et l’un de ses collègues de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).

« L’autopsie a également révélé l’existence de substances toxiques à doses non létales dans le corps du défunt », selon le communiqué. Ces substances « ne sont pas la cause directe du décès », a expliqué le ministre à la presse. « La cause principale du décès, ce sont les coups qu’il a reçus et particulièrement à un endroit très sensible du crâne », a-t-il souligné.

Cette thèse avancée par les autorités congolaises fait douter. Cela a commencé dès la publication du communiqué du vice-Premier ministre et ministre de la Justice. D’abord sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux, la thèse de l’agression du juge Yanyi n’a visiblement pas convaincu. Qui l’aurait agressé ? Quand cela s’est-il déroulé ? Pourquoi attendre plus de deux semaines pour avoir les résultats des autopsies ? Beaucoup de questions restent en suspens alors que jusqu’à présent aucun proche de la victime n’avait fait état d’une quelconque agression.

La famille du juge fait part également de ses doutes, car jusqu’à présent, on parlait plutôt d’empoisonnement. La famille du défunt se dit surprise d’apprendre les résultats à partir d’un communiqué par voie de presse. Elle regrette que la primeur ne lui soit pas réservée. Elle évoque même « un flou artificiel » qui serait entretenu autour de la cause du décès du juge et par conséquent elle rejette les conclusions de deux autopsies effectuées.

Quid de l’empoisonnement

La famille, qui dit être restée en contact permanent avec le parquet de grande instance de Kinshasa-Gombe, affirme que ces résultats sont différents de ceux qui étaient révélés dans les rapports préliminaires. Et ces premiers rapports, d’après elle, avaient évoqué la présence suspecte d’une substance non autrement identifiée dans le corps du juge Yanyi. La famille attendait donc d’autres examens pour préciser la nature de ladite substance.

Elle rejette ainsi la thèse d’une agression parce qu’ajoute-t-elle, le juge ne conduisait pas seul. Il était toujours accompagné d’un garde du corps et d’un chauffeur depuis le début du procès Vital Kamerhe. À ce stade, difficile de dire si la rencontre prévue cet après-midi avec le vice-ministre et ministre de la Justice aura lieu. La famille se concerte encore.

Le juge Yanyi est mort le 27 mai au lendemain de la troisième audience du procès dans lequel comparaît le principal allié et ancien directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe, et deux autres co-accusés. On leur reproche pour le détournement présumé de près de 57 millions de dollars destinés à la construction de logements sociaux promis par le nouveau chef de l’État.

Après son décès, le procès avait repris avec un nouveau président à la tête du tribunal qui siège dans la cour de la prison centrale de Kinshasa, où M. Kamerhe est en détention préventive depuis le 8 avril.

Le procès s’est poursuivi normalement et le verdict doit être rendu samedi le 20 juin. Le parquet a requis le 11 juin 20 ans de prison à l’encontre de M. Kamerhe et de son principal coaccusé, un entrepreneur libanais.