Mort suspecte du juge Raphaël Yanyi: Vital Kamerhe au centre de tous les soupçons (VIDEO)

Mort suspecte du juge Raphaël Yanyi: Vital Kamerhe au centre de tous les soupçons (VIDEO)

Le magistrat Raphaël Yanyi qui présidait le tribunal de grande instance en charge du procès de Vital Kamerhe, poursuivi pour détournement de fonds dans l’affaire du programme d’urgence de 100 jours du président congolais Felix Tshisekedi, est décédé subitement dans la nuit de mardi 26 à mercredi 27 mai à Kinshasa. Lors de la dernière audience du 25 mai, monsieur Vital Kamerhe aurait menacé de mettre le feu au tribunal si sa femme comparaissait au procès en tant que témoin. Vital Kamerhe aurait-il ainsi mis ces menaces en exécution.

« Vers 02H00 (01H00 GMT), il a eu des malaises et on l’a conduit au centre hospitalier Nganda. Il a succombé des suites d’une crise cardiaque », a indiqué à l’AFP le colonel Miguel Bagaya, chargé des opérations de la Police nationale congolaise (PNC). « Il y a quelques échauffourées près de sa résidence. Des jeunes gens du quartier ont tenté de provoquer des désordres dans la rue. Les forces de l’ordre sont en train d’intervenir », a-t-il ajouté.

Le magistrat, âgé d’une cinquantaine d’années, avait présidé lundi la deuxième audience du retentissant procès Kamerhe, directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi. Avec deux co-accusés, Vital Kamerhe est poursuivi pour le détournement présumé de quelque 50 millions de dollars de fonds publics destinés à la construction de logements sociaux sous forme de 4 500 maisons pré-fabriquées à partir de matériaux importés de Turquie.

Le magistrat avait renvoyé le procès au 3 juin, à l’issue de cette audience retransmise en direct sur la chaîne d’État RTNC. La défense, qui clame son innocence, avait demandé au tribunal d’inviter plusieurs témoins à la barre, dont le gouverneur de la Banque centrale et plusieurs ministres.

Les deux premières audiences ont eu lieu dans l’enceinte de la prison centrale de Makala où Vital Kamerhe et un de ses co-accusés, l’entrepreneur libanais Jammal Samih, sont en détention préventive depuis début avril.

Vital Kamerhe pointé du doigt

Dans l’attente d’un compte rendu d’autopsie, « plusieurs sources » avancent que le magistrat a été « empoisonné et désignent monsieur Vital Kamerhe comme responsable ». Lors de la dernière audience présidée par le juge Raphaël Yanyi, une séquence de la vidéo montre le prévenu Vital Kamerhe entrain de faire des gestes suspects qui ont été largement commentés et interprétés de différentes manières par l’opinion.

« Dans ce contexte tendu, les autorités pénitentiaires congolaises ne sont pas en mesure de garantir la sécurité » de Vital Kamerhe, estiment les avocats.

Vital Kamerhe n’a pas officiellement démissionné de son poste de directeur de cabinet, mais un intérimaire – son adjoint – a été nommé. De même aucun des alliés de Vital Kamerhe président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), parti qui compte plusieurs ministres au sein du gouvernement de coalition du président Tshisekedi, n’a

Depuis Paris, un collectif d’avocats de Vital Kamerhe a affirmé avoir saisi un « groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire », en « sollicitant une intervention urgente pour garantir le respect des droits fondamentaux de Vital Kamerhe ». « Il n’y a aucune preuve de flux financiers coupables », écrivent dans un communiqué Me Jean-Marie Kabengela et Me Pierre-Olivier Sur.

Les deux avocats reviennent également sur la mort soudaine du magistrat Raphaël Yanyi dans la nuit du 26 au 27 mai, soit deux jours à peine après avoir présidé la deuxième audience du procès.

Le ministère public demande 20 ans de travaux forcés

À 61 ans, Vital Kamerhe est le principal des trois accusés d’un procès sans précédent pour détournement et blanchiment présumés de quelque 50 millions de dollars d’argent public. En détention préventive depuis le 8 avril, le directeur de cabinet est jugé dans l’enceinte même de la prison centrale de Kinshasa. Tout comme ses deux coaccusés, il a clamé son innocence, dénonçant un « procès politique » et la « brutalité et l’acharnement » du tribunal contre lui. « On n’est pas en train de faire le droit ici. On est en train de faire de la politique. Ce procès est politique. On n’a pas pu démontrer ici par une pièce irréfutable le détournement de monsieur Vital Kamerhe », argumente l’homme étonné que l’accusation n’ait pas réussi à prouver matériellement les faits qui lui sont reprochés.

Le procureur a demandé vingt ans de « travaux forcés » à son encontre, ainsi que dix ans de privation du droit de vote et d’éligibilité. La même peine de vingt ans a été requise contre le premier de ses deux coaccusés, l’entrepreneur libanais Jammal Samih, 78 ans, dont plus de 50 au Congo.

Le Parquet a également demandé la « confiscation des fonds » bancaires de l’épouse de Vital Kamerhe, de la fille de celle-ci et d’un cousin de l’accusé, ainsi que « la confiscation des propriétés immobilières acquises avec les fonds détournés pendant la période allant de janvier 2019 à ce jour ».

Dans la plaidoirie de la partie civile, un avocat de la République démocratique du Congo a affirmé que le couple qui s’est marié en février 2019 avait acquis et rénové un hôtel particulier en France pour plus d’un million d’euros.

« La vraie justice viendra de Dieu »

« C’est comme si vraiment on voulait abattre toute la famille », s’est défendu Vital Kamerhe, barbe blanche entourant son visage, en parlant d’une maison « à 45 minutes de Paris ». « La vraie justice viendra de Dieu, quand les juges humains s’écartent de la vraie justice », a-t-il ajouté, affirmant avoir prévenu sa femme avant l’audience que « la messe est dite » concernant son sort judiciaire.

Originaire de la province du Sud-Kivu (Est), Vital Kamerhe est une figure centrale de la vie politique congolaise depuis les années 2000. Candidat déclaré à la présidentielle du 30 décembre 2018, il s’était désisté au profit de Félix Tshisekedi un mois avant le scrutin. Les deux hommes avaient conclu un accord prévoyant que M. Kamerhe devienne Premier ministre puis candidat à la présidentielle suivante, en 2023.

Les derniers mots de Vital Kamerhe

Les derniers mots prononcés par Vital Kamerhe à la barre au terme d’une cinquième audience retransmise en direct, et très suivie par les Congolais, résonnent encore ce vendredi matin. L’homme s’est défendu bec et ongles contre les accusations qui pleuvent contre lui. « Je demande au tribunal de constater mon innocence. Ni les avocats de la République ni le ministère public, personne n’a pu démontrer la culpabilité de Monsieur Vital Kamerhe », constate le directeur de cabinet parlant de lui à la troisième personne. « Ce n’est pas moi qui suis attaqué, mais c’est le président de la République », a-t-il justifié, restant fidèle à sa ligne de défense. Sera-t-il entendu alors que la fin du procès approche ? Le tribunal doit maintenant délibérer et sa décision est attendue pour le 20 juin. Il doit trancher alors que lors des plaidoiries le ministère public a sollicité la condamnation du directeur de cabinet du chef de l’État et allié politique à vingt ans de travaux forcés pour détournement des deniers publics et 15 ans pour corruption.

(Bakolokongo avec Agences)