RDC : Les exactions continuent contre les Congolais expulsés d’Angola

Depuis plusieurs années, l’Angola procède à des expulsions massives de Congolais installés illégalement sur son territoire. En trois semaines, 52.231 Congolais ont traversé la frontière à Kamonia en RDC. Des expulsions souvent violentes, que dénoncent Médecins du Monde, seule ONG présente sur place et l’ACAT, Action des chrétiens contre la torture.

refugiesL’Angola accentue la pression sur les Congolais en situation irrégulière. En avril,  les autorités angolaises leur ont lancé un ultimatum pour quitter le territoire. Mais selon Médecins du Monde (MDM), présent à la frontière, ces « retours« , volontaires ou non, se déroulent dans des conditions difficiles. 52.231 personnes ont en effet quitté l’Angola en seulement trois semaines. « Un afflux massif de réfugiés » qui s’effectue souvent dans la violence, selon l’ONG internationale. C’est désormais un scénario connu pour chaque expulsion massive : dépossessions de biens, fouilles poussées, arrestations arbitraires, violences sexuelles… Au banc des accusés : les forces de sécurité angolaises. Médecins du Monde demande d’ailleurs à l’Angola « de respecter ses engagements internationaux, à la communauté internationale de se pencher sur ces violences et aux acteurs humanitaires de se mobiliser« .

L’eldorado angolais se termine souvent mal pour les Congolais qui tente l’aventure de l’autre côté de la frontière. Ils sont en effet nombreux à venir chercher « un avenir meilleur en allant travailler dans le secteur minier« , explique Médecins du Monde (MDM). « Leur quête se termine souvent par leur exploitation, la violence et la peur. Des milliers d’entre eux sont arrêtés pour être déportés et atterrir dans les cachots situés à la frontière angolaise. Là, ils sont souvent violentés, avant d’être expulsés vers la RDC« , s’inquiète l’ONG. Et la situation humanitaire devient critique à la frontière. « D’avril à mai, le nombre de patients a triplé dans nos centres de santé, deux-tiers sont des expulsés« , explique Félicité Remadji, responsable du programme de MDM. « et nous avons besoin de renforcer nos capacités« .

L’ACAT-France, l’Action des chrétiens contre la torture, qui suit le dossier congolais, est également préoccupée par la recrudescence des violences chez les expulsés. L’ACAT relaie l’inquiétude de la coordination civile du territoire de Kasongo-Lunda qui affirme que sur 5.000 congolais expulsés, entre le 8 et le 16 mai 2013, « 107 femmes et jeunes filles ont été victimes de violences sexuelles« . Selon l’hôpital de Kapanga, 48 femmes violées se sont également présentées pour obtenir des soins depuis mai 2013. L’ACAT-France s’étonne de la persistance des exactions à l’encontre des expulsés congolais, alors que « les autorités angolaises s’étaient au contraire engagées auprès des instances des Nations-unies à améliorer les conditions d’expulsion des ressortissants congolais et à enquêter sur les allégations de violences« . Ces événements interviennent dans un contexte particulier. Le Conseil des droits de l’homme des Nations-unies examinera prochainement lors de sa 23ième session », le dossier angolais. L’ACAT-France a par ailleurs tenu à alerter Catherine Ashton, la Haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères, sur la situation des expulsés congolais.

 

Christophe RIGAUD – Afrikarabia