RDC: le général Célestin Kanyama alias «esprit de mort» sanctionné par les Etats-Unis

RDC: le général Célestin Kanyama alias «esprit de mort» sanctionné par les Etats-Unis

kanyama_celestinLe général Célestin Kanyama, commissaire provincial de la police nationale congolaise à Kinshasa, voit ses avoirs aux États-Unis gelés pour « violences contre des civils ».

Le département du Trésor américain a annoncé ce jeudi 23 juin l’imposition de sanctions contre le chef de la police de Kinshasa, le général Kanyama, que les Etats-Unis tiennent pour responsable des violences et des disparitions de ces dernières années dans la capitale de la République démocratique du Congo.

Cela faisait plusieurs semaines que la menace de sanctions américaines ciblées contre des responsables congolais se précisaient. Ce jeudi 23 juin, Washington a franchi le pas, pour accroître la pression sur l’entourage du président Joseph Kabila pour qu’il organise l’élection présidentielle avant la fin de son ultime mandat constitutionnel, le 19 décembre prochain.

Le Trésor américain a ainsi ajouté le chef de la police de Kinshasa, le général Célestin Kanyama, à la liste des individus sanctionnés, pour « violences envers des civils ».

Tous ses avoirs « basés aux États-Unis ou en possession de citoyens américains sont gelés » et « tous les citoyens américains ont interdiction d’effectuer des transactions avec lui », indique le communiqué du Trésor.

Qui est le général Kanyama ? Que lui est-il reproché ?

Le général Kanyama est véritablement le visage de la police à Kinshasa. Il n’hésite pas à descendre sur le terrain quand la situation se complique pour ses hommes et qu’il s’agit d’une manifestation sensible. Ses détracteurs le surnomment « esprit de mort », ses soutiens encensent sa détermination à lutter contre la criminalité urbaine. A la fois craint et respecté, le général Célestin Kanyama est une figure controversée de la police nationale.

Commissaire provincial de Kinshasa, il lance en novembre 2013 l’opération Likofi contre les gangs des rues, les kulunas. Une opération loin d’être impopulaire dans la capitale tant ces gangs perturbent la vie des habitants, mais vivement critiquée par les organisations de défense des droits de l’homme. Elle se solde par au moins 51 morts, selon Human Rights Watch, plusieurs dizaines de morts et de disparus, selon l’ONU. C’est cette dénonciation qui a valu au directeur du bureau conjoint des Nations unies de l’époque, Scott Campbell, d’être déclaré persona non grata dans le pays.

Depuis, la communauté internationale avait exigé une enquête au gouvernement congolais. Et finalement, après plus d’un an et demi de silence, le rapport de l’inspection générale de la police congolaise a été publié il y a quelques jours, dénonçant un certain nombre de violations et de manquements. Ce qui selon des sources diplomatiques occidentales n’est sans doute pas une coïncidence. Ce rapport tant attendu reconnaissait 16 disparitions et deux exécutions sommaires.

« Alors que le dernier mandat constitutionnel du président Kabila approche de sa fin, en décembre, le régime est engagé dans un schéma répressif, avec des arrestations d’opposants et la répression violente de manifestations politiques afin de d’éviter la programmation des élections nationales », explique John Smith, le directeur du Bureau de contrôle des avoirs étrangers au département du Trésor.

Chef de la police de Kinshasa, Célestin Kanyama, parfois surnommé « esprit de mort », a été épinglé à plusieurs reprises par les organisations de défense des droits de l’Homme ces dernières années, notamment pour la répression violente contre des manifestations de janvier 2015. « Plus de 40 personnes ont été tuées […] dont au moins 20 par arme à feu et par les forces de sécurité, écrit le Trésor américain. Les manifestants protestaient contre des modifications de la loi électorale dont de nombreux Congolais pensaient qu’elle allaient permettre au président Kabila de rester au-delà de la limite de deux mandats constitutionnels. »

Son nom est parfois cité dans des chansons lors des manifestations hostiles au gouvernement. Et c’est aussi pour sa gestion des manifestations politiques qu’il se retrouve aujourd’hui sanctionné, notamment celles de janvier 2015 à Kinshasa contre le glissement du calendrier électoral. Des manifestations au cours desquelles, selon le Trésor américain, plus de 40 personnes ont été tuées, dont au moins 20 par les forces de sécurité. Un bilan contesté par le gouvernement congolais.

Ce premier gel d’avoirs pourrait être suivi d’autres. Les États-Unis cherchent en effet à accroître la pression contre l’entourage du président Joseph Kabila afin que la prochaine élection présidentielle soit organisée dans les délais constitutionnels.

Avec Rfi et Jeuneafrique