RDC: Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge nommé Premier ministre

RDC: Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge nommé Premier ministre

Le président congolais Félix Tshisekedi a nommé lundi Jean-Michel Sama Lukonde au poste de Premier ministre pour conforter sa majorité d' »Union sacrée » après avoir mis fin à la coalition qu’il formait au sommet de l’État avec son prédécesseur Joseph Kabila, selon une ordonnance lue à la télévision publique ce lundi 15 février par le porte-parole de la présidence, Kasongo Mwema Yamba Y’amba.

Fin du suspense à Kinshasa. Après plusieurs semaines de négociations, Félix Tshisekedi a nommé Sama Lukonde Kyenge au poste de Premier ministre, où il succède à Sylvestre Ilunga Ilunkamba, destitué fin janvier. Ce Katangais de 43 ans, jusque-là directeur général de la Gécamines, aura la lourde tâche de former le futur gouvernement.

Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, 43 ans, jusqu’ici directeur général de la Gécamines, la compagnie minière d’État, a été nommé Premier ministre du gouvernement d’Union sacrée par le président Tshisekedi. Cet ancien ministre des Sports de Joseph Kabila avait démissionné en 2015 quand son parti avait été exclu de la majorité pour avoir mis en garde contre un troisième mandat. Il avait ensuite milité dans l’opposition sous la houlette de l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi. C’est un proche de Dany Banza, devenu l’un des ambassadeurs itinérants de Félix Tshisekedi.

Plusieurs noms avaient circulé au cours des dernières semaines pour succéder à Sylvestre Ilunga Ilunkamba, poussé à la démission par le vote d’une motion de censure des députés. Selon un proche collaborateur du président congolais, deux autre hypothèses sont restées sur la table jusqu’à la dernière minute : Modeste Bahati Lukwebo, l’informateur nommé par Félix Tshisekedi pour identifier la nouvelle majorité et Moïse Katumbi, l’un des deux poids lourds de l’opposition à avoir rejoint l’Union sacrée. Plusieurs émissaires de Tshisekedi avaient rendu visite à l’ancien gouverneur du Katanga en fin de semaine dernière, à Lubumbashi. Selon nos informations, celui-ci a décliné l’offre.

Tshisekedi ne sera pas parvenu à convaincre Moïse Katumbi d’endosser le rôle de Premier ministre. Les tentatives ont été aussi nombreuses que vaines. L’ancien gouverneur du Katanga est demeuré sur ses convictions. Faute de ce gros poisson, le parti présidentiel a compris qu’il serait finalement mal vu de nommer un candidat issu de ses rangs, il est donc allé piocher juste à côté…

Sama Lukonde Kyenge est Katangais. Il est issu du parti de Dany Banza, Avenir du Congo (ACO). Ce parti faisait partie du G7 de 2015 à janvier 2018, date à laquelle Banza a décidé de couper le cordon ombilical avec ce regroupement qui avait fait de Moïse Katumbi son candidat unique. Il est donc Katangais mais il n’est pas proche de Moïse Katumbi.

Il a été opposant à Kabila. Entré jeune au gouvernement Matata, comme ministre des Sports, il suivra son mentor Dany Banza en démissionnant de son poste en 2015.

De la Gécamines à la primature

Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, est officiellement à la tête de la direction générale de la Gécamines depuis le 3 juin 2019. Mais cet ingénieur de formation a dû attendre plus d’un an pour véritablement entrer en fonction. Sa prise de fonction est l’une des premières victoires du président Félix Tshisekedi sur son prédécesseur Joseph Kabila et sur sa coalition qui s’y opposaient. En tout cas, dans les mois qui ont suivi son arrivée à la direction générale de la Gécamines, le désormais Premier ministre avait publié plusieurs contrats miniers embarrassants pour l’entourage de Joseph Kabila, des contrats que réclamait la société civile.
C’est un fils du Katanga, la région où Joseph Kabila a trouvé refuge ces derniers mois. Le père du nouveau chef du gouvernement de l’Union sacrée, c’est Stéphane Lukonde Kyenge, une figure emblématique de la politique katangaise qui a été assassinée en 2001.

Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge est un ancien député et ministre des Sports sous Joseph Kabila. Il avait démissionné de son poste en 2015 pour obéir à la consigne de son parti, exclu de la majorité présidentielle pour avoir protesté contre un éventuel troisième mandat de l’ancien chef de l’État. Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge a alors milité au sein de l’opposition sous le leadership de l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi.

Le critère de la confiance

Il est membre du parti Avenir du Congo, aile Dany Banza, c’est un parti qui a connu une scission. Dany Banza est l’un des ambassadeurs itinérants de Félix Tshisekedi, un des hommes de confiance du président. Avoir confiance en son Premier ministre, c’était le principal critère pour Félix Tshisekedi, dit-on du côté de la présidence.

Des critères qui ont évolué avec le temps et avec eux, le profil des candidats. À l’origine, la présidence mettait en avant non seulement le critère de confiance, mais aussi le poids politique du Premier ministre, pour assurer son investiture. Selon plusieurs sources à la présidence, Moïse Katumbi avait été pressenti avec ses 69 députés, mais l’option avait été écartée, selon la présidence, ou l’ancien gouverneur du Katanga avait refusé, selon ses proches. Parce que la confiance entre les deux hommes, sans futurs rivaux en 2023, n’était pas suffisamment forte.

Les transfuges du FCC étant les plus nombreux, Félix Tshisekedi aurait ensuite envisagé Bahati Lukwebo, son informateur qui lui a apporté 41 députés et qui a identifié la majorité de l’Union sacrée. C’est l’un des premiers kabilistes à l’avoir rejoint. Il a finalement été écarté la semaine dernière, renvoyé au Sénat.

« Ce qui compte, c’est la compétence »

Depuis quelques jours, plusieurs sources à la présidence annonçaient que le nouveau chef du gouvernement serait un katangais… ce qui peut paraître d’autant plus surprenant que Félix Tshisekedi a déjà choisi un originaire de cette région comme directeur de cabinet, Guylain Nyembo et que ces postes clefs ont longtemps été répartis entre différentes zones géographiques. « Ce qui compte, c’est la compétence », explique un proche de Félix Tshisekedi, ajoutant : « mais c’est sûr que cela montre que le Katanga n’appartient pas aux Kabila. »

Le week-end dernier, des miliciens ont fait une incursion à Lubumbashi et l’administration Tshisekedi y redoute des troubles. Un autre collaborateur du chef de l’État estime que l’équilibre régional est conservé : le centre a le chef de l’État, l’Ouest l’Assemblée nationale, l’Est obtiendra la tête du Sénat avec Bahati Lukwebo et le Sud aura la primature. Le directeur de cabinet est un simple collaborateur du chef de l’État, ajoute ce collaborateur.

Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge est surtout quelqu’un qui semble avoir gardé des bonnes relations avec ses anciens collègues du FCC de Joseph Kabila et d’Ensemble de Moïse Katumbi qui sont les deux principales forces de l’Union sacrée. Il fait figure de nouveau visage, vu qu’il est peu connu et qu’il a occupé peu de postes de premier plan. Un autre critère important pour la présidence.

Membre du Cach

Faute de pouvoir compter sur la personnalité de Katumbi, il était clair depuis un certain temps que le candidat ne se trouverait pas parmi les hommes politiques qui gravitent autour de l’homme d’affaires congolais. Les Mwando, les Mbaz n’étaient pas assez lisses pour accéder à ce poste. Le nom d’un candidat UDPS a circulé avec insistance mais cela faisait un peu beaucoup pour le parti présidentiel. Il est donc allé à la pêche au sein de Cach pour découvrir le candidat idéal. Sala Lukonde Kyenge, actuel DG de la Gécamines, un poste qu’il s’est déjà vu attribuer par le président Tshisekedi à la fin 2019. Ses objectifs en prenant les rênes de ce géant potentiel, qui n’est plus que l’ombre de lui-même : redorer l’image de marque de la société, contribuer au budget national et assurer la couverture santé et l’accès à l’éducation de ses agents.

Pour ses proches, « il incarne la nouvelle génération. Il a des bases solides; il incarne cette nouvelle génération brillante qui fera du Congo un grand pays ».

Pour ses détracteurs, le message est quelque peu différent. « C’est un figurant. Figurant aux Sports, figurant à la Gécamines, il sera figurant à la Primature. C’est d’ailleurs ce qu’attend le président et son âme damné Kabund du futur Premier ministre ».

Seule certitude, le président Félix Tshisekedi qui se veut désormais comme le patron d’une immense majorité hétéroclite qu’est l’Union sacrée, est allé puiser dans son cercle restreint pour dénicher le chef de l’exécutif. L’ouverture politique n’est pas là. Le choix de Sama Lukonde Kyenge est le choix du plus petit dénominateur commun.

Après la désignation de Christophe Mboso à la présidence de l’Assemblée nationale congolaise, celle de Sama Lukonde Kyenge à la Primature démontre surtout l’envie du premier cercle du pouvoir ne pas s’entourer de personnalités fortes. Ce désir de conserver les rênes du pouvoir à la présidence et entre quelques caciques du parti est l’élément qui est mis en avant par certains proches de Moïse Katumbi pour expliquer son refus. « Il n’aurait pas eu mes mains libres pour mener la politique nécessaire pour conduire le pays sur la voie du succès », nous confie un proche de l’ancien gouverneur du grand Katanga..

(Bakolokongo avec Agences)