RDC: en difficulté, Félix Tshisekedi cherche « l’union sacrée » pour s’affranchir de Joseph Kabila

RDC: en difficulté, Félix Tshisekedi cherche « l’union sacrée » pour s’affranchir de Joseph Kabila

En pleine crise politique avec son partenaire de coalition, Félix Tshisekedi a annoncé, dans une adresse à la Nation, vouloir consulter les acteurs politiques pour constituer de nouveaux partenariats et s’affranchir ainsi du FCC de Joseph Kabila. Dans une courte allocution – 8 minutes – diffusée ce vendredi 23 octobre sur la RTNC, la télévision nationale, le président congolais dit avoir décidé « d’entamer dès la semaine prochaine, une série de contacts visant à consulter les acteurs politiques et sociaux les plus représentatifs » afin de créer « une union sacrée de la nation ».

Fin du suspense. Ni dissolution du Parlement, ni démission du gouvernement. Au terme d’une semaine tendue avec ses alliés du Front commun pour le Congo, Félix Tshisekedi a finalement annoncé des « consultations » politiques. Après plusieurs jours de tensions politiques à Kinshasa, Félix Tshisekedi n’a finalement pas annoncé la rupture de l’alliance que sa coalition Cap pour le changement (Cach) forme avec le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. Il n’y aura pas de dissolution du Parlement, ni de démission du gouvernement.

Tout ça pour ça ! Alors que les Congolais attendaient l’annonce d’une possible démission du gouvernement, d’une dissolution de l’Assemblée ou de la nomination d’un informateur chargé de trouver une nouvelle majorité, il a fallu six petites minutes au président Félix Tshisekedi pour… botter en touche. Après avoir vanté la « recomposition » politique « inédite » à la suite de son arrivée à la présidence et le mérite « des adversaires devenus alliés », Félix Tshisekedi n’a pu que constater que « deux ans après, les divergences qui persistent, plombent les ailes de l’espoir de l’envol vers le développement ». Mais pas de décisions chocs pour résoudre la crise qui empoisonne et paralyse la vie politique congolaise depuis maintenant deux ans. Félix Tshisekedi a préféré sortir de sa poche la formule magique que tout responsable politique congolais dégaine en cas de difficultés : la consultation, que l’on appelle en fonction des circonstances, concertations, ou dialogue. Le président a annoncé entamer dès la semaine prochaine « la consultation des acteurs politiques (…) pour créer une union sacrée ». Une nouvelle adresse à la Nation suivra pour informer les Congolais de sa décision. En clair : Tshisekedi temporise.

Trouver de nouveaux alliés

L’objectif affiché de ce round de consultation est de refaire un tour de table pour redistribuer les cartes entre acteurs politiques et former un nouveau gouvernement moins hostile à la politique présidentielle. Le hic, c’est que la plateforme CACH de Félix Tshisekedi est largement minoritaire au sein de l’Assemblée nationale et du Sénat. Et le FCC pro-Kabila règne sans partage avec ses 300 députés. On a beau retourner le problème dans tous les sens : le nouvel exécutif, si nouvel exécutif il y a, sera toujours à forte dominante FCC. Le Premier ministre pourrait certes changer, mais il faudra pour cela s’entendre sur un nouveau nom avec le FCC. On se souvient que Joseph Kabila et Félix Tshisekedi avaient mis plus de 7 mois pour s’accorder sur le nom de Sylvestre Ilunga, aujourd’hui accusé par le président de bloquer toutes ses ordonnances.

Bahati, Bemba, Katumbi à la rescousse ?

Pour sortir de la nasse dans laquelle Félix Tshisekedi est prisonnier, le président va tenter de modifier les rapports de forces politiques. En port-à-faux avec un UNC en difficulté après la condamnation de son patron, Vital Kamerhe, à 20 ans de prison pour détournement de fonds publics, Félix Tshisekedi se cherche de nouveaux partenaires. Plusieurs pistes sont à l’étude : un rapprochement avec l’AFDC de Modeste Bahati est déjà en cours, de même qu’un soutien du MLC de Jean-Pierre Bemba ou du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, donnerait un nouvel élan à la coalition présidentielle. Mais si ce nouveau souffle permettrait à Félix Tshisekedi de recomposer sa majorité, il ne permettra pas d’inverser les rapports de force, toujours en faveur du FCC.

Blocages institutionnels en série

Ce nouveau coup de menton cache mal les difficultés du président Tshisekedi pour faire exister sa politique et afficher un bilan, qui reste bien maigre et bien décevant pour l’instant. Le FCC joue clairement la montre et passe son temps à paralyser l’action du nouveau président congolais. Une stratégie de sape qui a pour but de revenir dans le fauteuil présidentiel en 2023. La guerre de tranchée s’est rapidement transformée en guerre ouverte, et le pays s’est transformé en une salle d’attente géante où les blocages institutionnelles se multiplient : la nomination du nouveau président de la Commission électorale (CENI) est en attente, le remplacement du ministre de la Justice démissionnaire est en attente, la désignation des juges de la Cour constitutionnelle est contestée, tout comme la démission du président de la Cour constitutionnelle…

Un « deal » plus fort que le divorce

L’annonce présidentielle va enfin ouvrir la porte à la sempiternelle course aux maroquins, comme cela est de coutume à chaque nouvelles concertations politiques. A part quelques débauchages possibles à l’Assemblée nationale, les changements devraient sans doute être limités. Le divorce avec le FCC ne semble pas encore à l’ordre du jour. « Il n’en sera rien, hélas ! » se désole le mouvement citoyen sur les réseaux sociaux. «  L’un tient l’autre, et l’un n’existera pas sans l’autre. Le « deal » entre Kabila et Tshisekedi ne laisse aucune chance à notre pays et à notre peuple. Les intérêts privés de deux camps, voire de deux hommes, tiennent en état ceux de 90 millions de Congolais(es) ».

(Bakolokongo avec Afrikarabia)