Presidentielle en RDC: Pour Corneille Nangaa « Tshisekedi n’est désormais plus président »

Presidentielle en RDC: Pour Corneille Nangaa « Tshisekedi n’est désormais plus président »

La Ceni fait le forcing pour publier ses chiffres alors que des bureaux de vote sont encore ouverts.

Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), une des principales chevilles ouvrières de l’accord entre le FCC kabiliste et le Cash de Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi, qui a porté ce dernier au pouvoir en dépit des vrais chiffres des élections de 2018, fustige le chaos de l’organisation du scrutin par Denis Kadima.

J3 pour les élections générales en République démocratique du Congo. Dans plusieurs endroits du pays, du Grand Katanga au Kwango, des milliers d’électeurs se pressaient encore dans les bureaux de vote ce vendredi 22 décembre pour un scrutin qui devait, selon l’article 52 de la loi électorale, se tenir de 6 heures à 17 heures sur une seule journée, le 20 décembre.

”C’est du grand n’importe quoi, c’est une faillite totale”, explique un supporter de Martin Fayulu qui, comme son président de parti, réclame rapidement de nouvelles élections avec une nouvelle équipe à la tête de la Ceni. Ce vendredi, Hervé Diakiese, le porte-parole du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi a pour la première fois ouvert la porte à l’organisation d’un nouveau scrutin. . “Nous avons gagné dans la majorité des circonscriptions mais même si la victoire nous revient, nous ne sommes pas opposés à l’annulation des élections pour les refaire correctement car nous ne voulons pas bénéficier d’un fruit contestable. Ce qui a eu lieu n’est pas acceptable”.

”Tshisekedi n’est plus président”

Au bout du fil, Corneille Nangaa, le président de la Ceni en 2018, boit du petit-lait. Ce chaos de l’organisation du scrutin par Denis Kadima alimente son mouvement politico-militaire Alliance Fleuve Congo (AFC) qu’il a lancé il y a un peu plus d’une semaine depuis Nairobi. L’objectif de ce mouvement est de barrer la route à un nouveau mandat frauduleux de Félix Tshisekedi. “En 2018, l’organisation du scrutin était sans faille ; explique-t-il, non sans ajouter… “même si les résultats qui ont été annoncés ne correspondaient pas à la réalité”.

Corneille Nangaa, qui annonce être à Dubaï, poursuit : “Franchement, ce ne sont pas élections. Il n’y a rien de crédible dans ce processus. Pour l’Alliance Fleuve Congo, Tshisekedi n’est désormais plus président et nous allons le traiter comme tel”. L’homme refuse “pour l’instant” d’en dire plus.

”Il est évident que cette parodie d’élection sert les intérêts de tous les opposants, surtout les plus radicaux”, constate un diplomate qui goûte peu la récente sortie du représentant permanent suppléant des États-Unis auprès des Nations Unies, Robert Wood, qui a déclaré : “Nous savons que la démocratie ne s’arrête pas aux urnes. En fait, c’est la suite qui compte vraiment…” Une déclaration qui n’est pas passée inaperçue en RDC et qui a complètement occulté la sortie d’un porte-parole du département d’Etat qui, la veille, rappelait : « les États-Unis renouvellent leur appel à des élections libres et justes, conduite dans la transparence et dans le cadre d’un processus électoral inclusif. (…) Nous n’hésiterons pas à pointer du doigt les irrégularités qui portent atteinte, selon nous, au processus démocratique et à la volonté du peuple congolais ».

. “M. Wood doit être surmené par les débats aux Nations unies sur la guerre au Proche-Orient pour oser une telle provocation à l’égard du peuple congolais”, explique un diplomate à Kinshasa. “Dans l’opposition congolaise, cette déclaration est analysée comme un soutien à Tshisekedi”.

Un devoir de non-indifférence

Face à cette position cynique, certains mettent en avant le devoir de « non-indifférence ». Ce concept est notamment défendu par certains diplomates pour tenter de répondre à l’absence de réaction d’une communauté internationale qui a tendance à se racrapoter derrière l’argument du traumatisme suscité par les coups d’État à répétition en Afrique et qui justifierait de s’abstenir de tout ce qui pourrait apparaître comme une interférence dans les politiques africaines.

“On devrait donc laisser les dictateurs en puissance s’installer et utiliser tous les moyens de l’État pour combattre toute opposition aussi démocratique soit-elle. Cela n’a aucun sens et c’est même contre-productif. En effet, on se coupe ainsi du peuple qui souffre et qui se sent abandonné. Cela fait le lit des discours extrémistes”, prévient un autre diplomate qui a fait de ce devoir de non-indifférence son cheval de bataille.

La course aux chiffres

En marge de ce débat, sous le chapiteau du QG de la Ceni, la salle Bosolo (vérité en lingala) dans le centre de Kinshasa, depuis jeudi début d’après-midi on annonce la diffusion prochaine des premiers résultats provisoires, histoire d’animer le beau grand tableau électronique qui orne l’endroit.

”Jeudi, on nous garantissait la publication des premiers résultats provisoires pour 14 heures, explique un observateur tout étonné de cette annonce, alors que des électeurs étaient toujours dans la file d’attente devant des bureaux de vote. Une information qui avait échappé aux agents de la Ceni présents dans la salle qui ignoraient même que le vote était encore en cours dans des bureaux situés à quelques centaines de mètres, dans la même commune kinoise.

Même constat ce vendredi où ces mêmes agents ignoraient que des milliers de Congolais étaient encore autorisés à voter. La Commission électorale de Denis Kadima a semblé dépassée par l’orthodoxie de nombreux chefs de bureau de vote incapables d’accueillir les électeurs le 20 décembre et qui ont entendu le président de leur institution expliquer que chaque Congolais avait le droit de voter. Un discours pris au pied de la lettre qui a engendré l’ouverture de nombreux bureaux ce vendredi. “En fait, ce sont les bureaux de vote qui sont devenus indépendants”, explique avec une pointe d’ironie notre observateur. Un de ces collègues se montre inquiet. “Certains chiffres que l’on entend circuler ici pourraient mettre le feu aux poudres”.

(Avec La LibreAfrique)