Le mystère demeure sur la mort de l’ambassadeur d’Italie en RDC

Le mystère demeure sur la mort de l’ambassadeur d’Italie en RDC

Le diplomate Luca Attanasio se déplaçait dans la région de Goma, où les groupes armés sont actifs, avec une délégation du Programme alimentaire mondial. Attanasio était en voyage depuis Goma pour visiter un « programme scolaire » dans le village de Rutshuru, dans l’est de la République démocratique du Congo, annonce le PAM à Rome dans un communiqué. Rome vient de rendre hommage à Luca Attanasio tué lundi dernier. Le gouvernement veut une enquête de l’ONU. 

La mort, lundi 22 février, de l’ambassadeur italien Luca Attanasio ainsi que de son chauffeur et de son garde du corps en République démocratique du Congo crée des tensions diplomatiques. Alors qu’un hommage national a été rendu jeudi (25.02) à l’ambassadeur en Italie, Rome exige désormais que l’Onu ouvre une enquête.

L’attaque serait une tentative d’enlèvement, selon les responsables du parc national des Virunga, situé près du site de l’attaque. L’événement s’est produit vers 10h15 heure locale (08h15 GMT) près de la ville de Kanyamahoro, au nord de Goma, indiquent des responsables à Reuters. On ne sait pas exactement qui était derrière l’attaque, mais on sait que de nombreux groupes armés opèrent dans et autour du parc.

Des doutes sur l’origine des tirs

Les circonstances du drame sont encore non élucidées sur plusieurs points. Selon les autorités congolaises et italiennes, le convoi est tombé dans une embuscade à trois kilomètres de sa destination, la commune de Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru. On sait qu’ensuite six hommes ont abattu Mustafa Baguma Milambo, chauffeur congolais du PAM. Ils auraient ensuite obligé les occupants des deux véhicules composant le convoi à les suivre dans le parc des Virunga. Des tirs ont ensuite été échangés, et ont provoqué la mort du corps italien Vittorio Iacovacci et de l’ambassadeur Luca Attanasio.

Les autorités congolaises accusent les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Mais les rebelles nient. La presse italienne indique aussi que Luca Attanasio aurait pu être tué par des tirs de l’armée congolaise. C’est pour faire toute la lumière sur le drame que le chef de la diplomatie italienne, Luigi Di Maio, a demandé mercredi au PAM et à l’ONU l’ouverture d’une enquête.

« Notre vœu le plus ardent est que cette mort ne puisse pas être à la base de ruptures diplomatiques entre la RDC et l’Italie », dit aujourd’hui Omar Kavota, vice-président du Centre d’études pour la promotion de la paix, la démocratie et les droits de l’homme (CEPADHO). « Nous sommes tous surpris que l’ambassadeur Luca Attanasio ait été en mission au Nord-Kivu, mais cette mission n’était pas connue des autorités congolaises. »

Comment l’ambassadeur a-t-il été tué: le gouverneur du sud-Kivu retrace les faits 

Dans une note, explique la presse présidentielle congolaise dans un communiqué, le gouverneur de la province du sud-Kivu retrace les faits ayant conduit à l’assassinat du diplomate étranger.
« L’on apprend que M. l’Ambassadeur est arrivé à Goma le vendredi 19 février 2021 à 10h30, à bord du jet de la MONUSCO immatriculé 5Y/SIM », raconte le gouverneur.
« À 9H27, ce lundi 22 février 2021, un convoi de deux véhicules du Programme Alimentaire Mondial « PAM » est parti de Goma pour la commune de Kiwanja, en Territoire de Rutshuru, à son bord, outre le garde du corps de l’Ambassadeur et les chauffeurs, son Excellence Monsieur l’Ambassadeur d’Italie en RDC et des agents du PAM », poursuit-il.
« À 10h15, ce convoi est tombé dans une embuscade à plus où moins 15 km de Goma et 3 km avant la Commune Rurale de Kibumba, plus précisément à Kanyamahoro sur la RN2 en Territoire de Nyiragongo », raconte l’officiel.

« Les assaillants, au nombre de 6 et munis de 5 armes de type AK47 ainsi que d’une machette, ont procédé par des tirs de sommation avant d’obliger les occupants des véhicules à descendre et à les suivre dans le fin fond du Parc et ce, après avoir abattu l’un des chauffeurs afin de créer la panique », précise-t-on dans le communiqué.
Alertés par les tirs des armes automatiques, les éco-gardes et les éléments des forces armées de la RDC présents dans la zone ont poursuivi les assaillants.
« À 500 m, les ravisseurs ont tiré à bout portant sur le garde du corps décédé sur place et sur l’ambassadeur, le blessant à l’abdomen. Ce dernier a succombé à ses blessures, une heure plus tard, à l’hôpital de la Monusco de Goma », apprend-on

Critiques en RDC, le parti présidentiel tacle François Beya

Ce triple assassinat a aussi engendré des polémiques en République démocratique du Congo où Jean-Marc Kabund, président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de Félix Tshisekedi, s’en est pris à François Beya, conseiller spécial du président congolais en matière de sécurité. Lors d’une visite au Rwanda, François Beya aurait en effet tenu des propos négatifs envers les Occidentaux. Des propos qui, selon Jean-Marc Kabund, exposent le pays et n’engagent pas le président de la République.

Par ailleurs, Aristide Bulakali, directeur de cabinet adjoint du vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, a été suspendu pour avoir signé sans mandat un communiqué attribuant l’attaque aux rebelles rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).

Nouvelles règles pour les déplacements diplomatiques.

A la suite de cet assassinat, les autorités congolaises ont décidé mardi que tous les diplomates accrédités à Kinshasa doivent désormais signaler à l’avance leur déplacement à l’intérieur du pays auprès du gouvernement.

Les diplomates « doivent absolument informer le ministère des Affaires étrangères » avant tout déplacement et « se signaler » aux responsables locaux à leur arrivée dans une entité, a précisé la cheffe de la diplomatie congolaise Marie Tumba Nzeza à la télévision d’État, RTNC.

Le diplomate traversait l’Est, la partie la plus instable de la RDC. De nombreux groupes armés locaux, ainsi que ceux du Rwanda, du Burundi, de la République centrafricaine (RCA) et de l’Ouganda, se sont établis dans la région au cours des 25 dernières années.

Attanasio est le premier ambassadeur à être tué dans le pays depuis que le Français Philippe Bernard a été abattu lors des émeutes dans la capitale, Kinshasa, en 1997.

(Bakolokongo avec Agences)