RDC: le cardinal Fridolin Ambongo qualifie les élections de «gigantesque désordre organisé»

RDC: le cardinal Fridolin Ambongo qualifie les élections de «gigantesque désordre organisé»

Dans sa messe de Noël, l’archevêque de Kinshasa a qualifié dimanche soir de « gigantesque désordre organisé et planifié » les élections de cette semaine en République démocratique du Congo, pendant que la commission électorale continuait à égrener des résultats très partiels de la présidentielle.
L’Église catholique est très influente et traditionnellement critique à l’égard du pouvoir en RDC.

« Avec engouement, avec détermination, nous étions sortis nombreux exprimer démocratiquement nos préférences », a déclaré le cardinal Fridolin Ambongo devant les fidèles rassemblés dans la cathédrale Notre-Dame du Congo, dans la commune de la Gombe de Kinshasa.

« Mais hélas !, a-t-il poursuivi, ce qui aurait dû être une grande célébration des valeurs démocratiques s’est vite transformé pour beaucoup en frustrations ».

Les élections ont été « un gigantesque désordre organisé. Vous en êtes tous témoins », a lancé l’archevêque, qui a notamment évoqué des « images insoutenables », une allusion à une vidéo ayant montré l’agression d’une femme parce qu’elle avait voté pour l’opposition.

 » Vous avez constaté vous même objectivement que la Ceni n’était pas prête à organiser les élections le 20 décembre 2023 mais la Ceni a voulu faire pratiquement une organisation par défi parce qu’on avait dit qu’elle n’était pas prête (…). Voilà les conséquences, ça été un gigantesque désordre « , a-t-il déploré dimanche devant la presse à l’issue de la messe de Noël.

« Quelle image donnons-nous de notre pays sur la scène internationale ? Comment pouvons-nous descendre aussi bas ? », a encore dit le prélat, dans son message prononcé d’abord en français, puis en lingala.

Près de 44 millions d’électeurs, sur environ 100 millions d’habitants de l’immense RDC, le plus grand pays catholique d’Afrique, étaient appelés à élire mercredi leur président, leurs députés nationaux et provinciaux et leurs conseillers communaux.

Le chef de l’État sortant, Félix Tshisekedi, brigue un second mandat face à 18 autres candidats, dont certains ont dénoncé le « chaos » et les « irrégularités » ayant selon eux entaché le vote. Certains prévoient une manifestation pour mercredi prochain, d’autres demandent l’annulation pure et simple des élections.

Parmi ces opposants figurent Moïse Katumbi, un ancien gouverneur de la région minière du Katanga (sud-est), Martin Fayulu, qui affirme que la victoire lui a été volée à l’élection de 2018, et Denis Mukwege, prix Nobel de la paix pour son action auprès des femmes victimes de viols de guerre.

Résultats par circonscriptions

Face aux multiples problèmes logistiques, le scrutin a été prolongé par la commission électorale (Céni). Officiellement, il est terminé depuis jeudi soir mais il s’est poursuivi jusqu’en fin de semaine dans des zones reculées de plusieurs provinces.

« Pour l’heure, je vous exhorte à la prudence et à la retenue », a dit le cardinal Ambongo. La veille, une quinzaine d’ambassades avaient lancé le même appel.

« Nous attendons les rapports de différentes missions d’observation, notamment celui de la mission conjointe de l’Eglise catholique et de l’Eglise protestante, qui pourraient nous aider à prendre la mesure des irrégularités constatées et à en évaluer l’impact sur la crédibilité de ces élections », a conclu le prélat.

Au même moment et dans la même commune, de son centre opérationnel spécialement aménagé pour les élections, la Céni a continué de publier des résultats partiels de la présidentielle, ce qu’elle avait commencé à faire vendredi avec le vote de la diaspora.

Des résultats portant sur environ un million de votants, collectés dans 22 circonscriptions d’une douzaine de provinces, ont été diffusés dans la soirée. Ces chiffres, qui ne sont donc pas encore significatifs, placent Félix Tshisekedi très largement en tête, à un score autour de 80%.

La Céni prévoit de diffuser d’autres résultats lundi.

La proclamation du vainqueur pourrait être suivie de troubles, dans un pays à l’histoire politique agitée et souvent marquée par des violences, au sous-sol immensément riche en minerais mais dont la population est majoritairement pauvre.

En plus de la suspicion des opposants depuis le début du processus électoral, la campagne a été empoisonnée par la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, qui connaît un pic de tension depuis deux ans avec la résurgence de la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda.

Certains candidats d’opposition ont été accusés d’être des « étrangers », une arme redoutable pour les discréditer dans un pays meurtri par des années de conflits.

Dans cette ambiance post-électorale tendue, l’annonce dimanche matin de la mort la veille par défenestration d’un expert belge, présent à Kinshasa dans le cadre de la mission européenne d’observation des élections, a donné lieu à diverses interprétations sur les réseaux sociaux. Selon des sources diplomatiques, le suicide de cet homme ne fait aucun doute.

(Avec Agences)