Afrique du Sud: Revers historiques de l’ANC aux municipales

Afrique du Sud: Revers historiques de l’ANC aux municipales

anc_rsaLa défaite historique de l’ancien parti de Mandela aux municipales ne devrait pas rester sans conséquences politiques, économiques et sociales. Explication.

Un revers électoral sans précédent dans ses propres bastions, une réputation mauribonde et des critiques de toutes parts : non, jamais le parti de l’ancien président Nelson Mandela n’avait été autant scruté qu’en cette période. Qu’adviendra-t-il de son avenir maintenant que les chiffres de sa défaite se confirment ? Le président Jacob Zuma va-t-il pouvoir rester en place jusqu’en 2019 ? Qui pour prendre la relève au sein de l’ANC ? Autant de questions auquelles les experts tentent de répondre après la publication des premiers résultats. Bien évidémment il est trop tôt pour mesurer les impacts dans chaque domaine, mais quelques pistes sont déjà abordées.

ANC, le début de la fin ?

Sur l’ensemble du pays, c’est la première fois que le Congrès national africain (ANC) affiche un score aussi bas (53,8 %) depuis son arrivée au pouvoir, à la fin de la dictature raciste de l’apartheid et l’avènement de la démocratie en 1994. Ce recul « est arrivé plus vite et dans des proportions plus fortes que ce qu’on imaginait. C’est un choc pour tout le monde », estime l’analyste politique indépendant Ralph Mathekga. Ces dernières années, même après le retrait de la figure historique du parti, Nelson Mandela, l’ANC était habitué à remporter confortablement chaque scrutin, avec plus de 60% des suffrages. « Clairement, nos électeurs nous ont envoyé des messages un peu partout et nous allons devoir les écouter avec attention », a reconnu vendredi le vice-président de l’ANC et de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, assurant que le parti allait mener son « introspection ». « Les gens pensent que nous sommes arrogants, que nous sommes autocentrés, mais je veux contredire cela. Nous sommes une organisation qui écoute son peuple » a-t-il poursuivi.

Le point dans les principales villes

Mais ces municipales changent la donne. Et si l’ANC reste le premier parti sur l’ensemble du pays, il subit des revers aussi symboliques qu’historiques dans plusieurs villes-clés. Dans la capitale Pretoria, où il disposait jusqu’alors d’une solide majorité absolue, c’est l’Alliance démocratique (DA) qui est arrivée en tête avec 43,1% des voix contre 41,2% pour le parti au pouvoir. À Nelson Mandela Bay, sixième métropole du pays qui englobe Port Elizabeth, un bastion de la lutte contre l’apartheid, le camouflet est encore plus grand : la DA l’emporte avec 46,7 % des voix contre seulement 40 % pour l’ANC. La DA – qui conserve la ville du Cap qu’elle gouverne depuis 2006 avec une écrasante majorité (66 %) – est également au coude à coude avec l’ANC à Johannesburg, où le décompte des bulletins n’était pas encore fini samedi après-midi. « Notre soutien a grandi dans toutes les communautés et particulièrement dans les bastions de l’ANC », s’est réjoui samedi le leader de la DA Mmusi Maimane, soulignant les progrès dans l’électorat noir alors que sa formation a longtemps été considérée comme un « parti de Blancs », en Afrique du Sud.

Les tractations en vue

Malgré ses retentissants succès à Port Elizabeth et Pretoria, l’AD n’a pas réussi à obtenir de majorité absolue et devra donc s’allier avec d’autres partis pour gouverner ces villes. À Port Elizabeth, le soutien de quelques formations mineures devrait suffire mais dans la capitale les libéraux de la DA vont certainement courtiser les Combattants pour la liberté économique (EFF). Ce parti de gauche radicale, créé par Julius Malema, un exclu de l’ANC, réalise une belle percée pour ses premières municipales avec 8 % des voix au niveau national et plus de 10 % à Pretoria et Johannesburg. « Une telle alliance pourrait être instable sur le long terme car la DA et l’EFF ont des idées diamétralement opposées sur tous les sujets », prévient Daniel Silke.

Quel avenir pour Jacob Zuma ?

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Le président Jacob Zuma est en poste jusqu’en 2019, mais tiendra t-il après le revers de l’ANC aux municipales ? © DR

La remise en cause du président Jacob Zuma à la tête de l’État se fait plus persistante désormais que la défaite se confirme.  Ce dernier doit achever son mandat dans trois ans, mais le parti pourrait être tenté d’écourter son règne pour s’éviter un recul encore plus grave dans les urnes aux élections générales de 2019. « Une bataille au sein du parti pourrait émerger de ces mauvais résultats et l’ANC devrait trouver une statégie pour faire partir Zuma avec dignité », spécule Daniel Silke, analyste politique indépendant, interrogé par l’AFP. Jacob Zuma, à la tête de l’Afrique du Sud depuis 2009, vit un second mandat délicat, marqué notamment par le scandale de sa résidence privée à Nkandla. Le président a été sommé par la justice de rembourser 500 000 dollars d’argent public qu’il avait utilisés pour rénover sa maison dans ce village du Kwazulu-Natal (sud) qui a ironiquement voté mercredi pour un autre parti que l’ANC.

Sur le plan économique, ça ne s’arrange pas non plus

Outre la personnalité controversée de Jacob Zuma, « les mauvaises performances économiques (0 % de croissance prévue en 2016) s’ajoutent à l’insatisfaction des électeurs », selon Daniel Silke. Le pays traverse une crise économique, avec un taux de chômage très élevé (26,7 %) et des inégalités criantes. Plusieurs zones sont toujours privées des services publics de base comme l’eau ou l’électricité. Il est aussi affecté par une très forte sécheresse qui a provoqué une augmentation du prix des denrées alimentaires.

Avec LE POINT