Aéronautique: le premier avion chinois C919 «made in China» prend son envol

Aéronautique: le premier avion chinois C919 «made in China» prend son envol
Le décollage de l’avion C919 «made in China» a été retransmis en direct à la télévision

Avec près de trois ans de retard, le C919, construit par le chinois Comac, vient d’effectuer son premier vol ce matin au départ de l’aéroport international de Shanghaï-Pudong. L’avion, dévoilé en novembre 2015, a bénéficié de sept ans de développement. Initialement prévu pour fin 2015, le vol inaugural a été repoussé au premier semestre 2016, et devait finalement avoir lieu en ce début mai. L’engin vient concurrencer Airbus et Boeing, leaders du marché. L’appareil a été construit par l’entreprise Commercial Aircraf Corporation of China.

Le tout premier avion conçu par la Chine a réalisé son premier vol vendredi. Il s’agit d’un C919, un moyen-courrier conçu pour bousculer le duopole Airbus-Boeing et qui révèle une avancée technologique chinoise illustrant les ambitions aéronautiques de Pékin. L’appareil, construit par l’entreprise publique Commercial Aircraft Corporation of China (Comac), a décollé de l’aéroport international de Shanghai, pour un vol d’essai censé durer une heure et demie, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse sur place.

L’appareil, blanc, bleu et vert avec la mention « C919 » peinte sur l’empennage, a quitté le sol comme prévu à 14 heures, heure locale (6 heures GMT), sous les cris et les applaudissements de milliers de personnes rassemblées le long de la piste de décollage. Le trafic aérien avait été restreint pour l’occasion.

Ce biréacteur moyen courrier monocouloir, à la silhouette assez semblable à celle d’un A320 ou d’un B737, est conçu pour transporter 158 à 174 passagers sur 5 500 kilomètres. Le bureau d’études chinois de Comac (Commercial Aircraft Corporation of China) est parti d’une feuille blanche, l’ARJ-21, un petit avion régional de 79 à 90 places, certifié fin 2014 par les autorités chinoises, n’ayant pas de points communs notables. Faute d’expérience, il a été fait largement appel aux technologies étrangères. Ainsi le C919 vole avec des moteurs CFM-Leap de l’américain General Electric et du français Snecma (groupe Safran), assez proches de ceux qui équipent l’A320neo et le B737MAX. Les réacteurs représentent 30 % de la valeur d’un avion de ligne. Zodiac fournit sièges pilotes, systèmes d’oxygène de secours, toboggans d’évacuation et porte blindée du cockpit. Thales équipe notamment les sièges des passagers avec le dernier système de divertissement en vol. Michelin a été choisi pour les pneus, etc. Plusieurs fournisseurs américains apportent des systèmes essentiels comme l’avionique du cockpit. On est donc loin de l’avion « made in China ». Avec cet appareil, Comac espère rivaliser sur les vols régionaux avec les deux stars internationales du moyen-courrier, le B737 de l’américain Boeing et l’A320 de l’européen Airbus. Le régime communiste a fait de cet appareil, dont le premier exemplaire avait été dévoilé au public en novembre 2015, un enjeu de prestige. Des fonds publics ont été abondamment employés pour sa fabrication.

Le C919 a quitté le sol comme prévu à 14 heures, heure locale (6 heures GMT), sous les cris et les applaudissements de milliers de personnes rassemblées le long de la piste de décollage

Ne pas avoir d’avion « made in China », c’est se trouver « à la merci des autres », avait déploré le président Xi Jinping en 2014. L’objectif affiché par Pékin est bel et bien d’entamer à terme le duopole Airbus-Boeing, que ni le canadien Bombardier ni le brésilien Embraer ne parviennent à inquiéter. Boeing et Airbus se partagent, quasiment à égalité, le vaste marché chinois, qui devrait détrôner d’ici à 2024 les États-Unis comme premier marché mondial du transport aérien. Comac espère avoir sa part du gâteau : il assure avoir enregistré 570 commandes pour le C919 à fin 2016, presque exclusivement de la part de compagnies chinoises.

Ji Pengyu, passionné d’aviation, a les yeux scotchés sur son écran de téléphone portable. Cet étudiant de 19 ans sèche les cours pour suivre le décollage de l’avion retransmis en direct à la télévision. « Quand l’avion s’est mis à rouler, et à prendre de la vitesse, j’étais très stressé… C’est à ce moment qu’on sait si le vol test est une réussite ou un échec, ça fait 10 ans qu’on attend ce moment, je ne l’oublierai jamais. »

Le défi de la certification

Certes, l’avionneur chinois a déjà à son actif la conception de l’ARJ-21, un petit avion régional : six ans après son premier vol en 2008, ce bimoteur de 79 à 90 places a été certifié fin 2014 par les autorités chinoises et est aujourd’hui commercialisé.

Mais voilà : il n’a jusqu’ici pu obtenir le feu vert de l’Administration aéronautique américaine et reste cantonné aux vols intérieurs chinois. Et le défi de la certification s’annonce tout aussi redoutable pour le C919 : le sésame américain est indispensable pour survoler les États-Unis et s’impose pour les avions destinés à des vols internationaux.

Il pourrait également s’avérer compliqué pour Comac de convaincre des acheteurs potentiels en-dehors de Chine, dans un marché international « verrouillé par Airbus et Boeing », insiste Shukor Yusof, analyste en Malaisie du cabinet Endau Analytics.

Face à ces mastodontes, qui ont pour eux « une longue histoire et des produits éprouvés de longue date », le chinois devra gagner en crédibilité et cela « n’arrivera pas en seulement dix ans », a-t-il indiqué à l’Agence France-Presse. L’absence d’un réseau international de service après-vente et d’entretien pourrait aussi desservir Comac.

De son côté, Pékin mise sur ses avancées technologiques pour assurer le succès de son champion. Ainsi, si le C919 profite de technologies étrangères (il est équipé de moteurs Leap de l’américain General Electric et du français Safran), la Chine rêve de moteurs de technologie « made in China ». Le pays a ainsi mis sur pied l’an dernier un conglomérat spécialisé, avec un capital avoisinant 7 milliards d’euros et 100 000 employés, dans l’espoir de l’imposer face aux poids lourds du secteur, Rolls-Royce et GE. Comac s’attelle par ailleurs au développement d’un gros-porteur, le C929, en collaboration avec la Russie.

Le point avec Afp