Venezuela: «l’état d’exception» rejeté par les députés

Venezuela: «l’état d’exception» rejeté par les députés

venezuela_nicolas_maduroVendredi dernier, Nicolas Maduro avait décrété « l’état d’exception et d’urgence économique ». Une décision prise pour lutter contre la crise économique, selon le pouvoir. Il s’agissait en fait d’un prolongement puisqu’en février dernier, Nicolas Maduro avait déjà décrété « l’urgence économique » au Venezuela. Des membres de l’opposition y voient le risque « d’interventions », voire même de « militarisation » des entreprises du pays. Le texte était débattu ce mardi dans l’hémicycle et l’Assemblée nationale a voté contre.

C’est sans surprise que les députés ont dit non à ce décret. L’opposition est majoritaire à l’Assemblée nationale depuis les législatives de décembre dernier, et on se rappelle qu’elle avait déjà voté contre « l’urgence économique » décrétée par le président en février dernier.

Motif du refus dans l’hémicycle ce mardi : « L’état d’exception est contraire à la Constitution », selon les députés d’opposition.

Le plus offensif en ce moment, c’est Henrique Capriles, qui n’est pas député mais l’ex-adversaire de Nicolas Maduro à l’élection présidentielle : « Ce décret se prête à toutes les interprétations. Si Maduro veut l’appliquer, il a intérêt à préparer les chars et sortir ses avions de guerre, parce qu’il sera obligé de l’appliquer par la force. » Capriles appelle en outre les Vénézuéliens à désobéir à ce décret et lance un défi aux forces armées qui doivent choisir « entre la Constitution et Nicolas Maduro ».

L’opposition tient tête et appelle une nouvelle fois à manifester ce mercredi. Elle exige un référendum révocatoire contre Nicolas Maduro. Et sur ce point, rien n’est moins sûr pour le principal intéressé qui a fait cette mise au point : « Les référendums ne sont qu’une option, et non une obligation. » En clair, quelles que soient les pressions qui pèsent sur lui, Nicolas Maduro n’entend pas plier.

Ainsi, le bras de fer continue et le président hausse le ton. Il lance cet avertissement : « L’Assemblée nationale a perdu sa légitimité. C’est une question de temps avant qu’elle ne disparaisse. C’est ce que je crois. L’Assemblée nationale est complètement déconnectée des intérêts du pays »

Files d’attente et pénuries

Mais au-delà des querelles politiques, il y a urgence à trouver des solutions pour la population. Le PIB a reculé de 5,7% en 2015, l’inflation a atteint un record : 180,9% l’an dernier et le quotidien des Vénézuéliens passe inexorablement par des files d’attente immenses devant les magasins et des pénuries de produits de première nécessité.

Dans le quartier commerçant de Chacao, la file d’attente est immense devant un magasin. Mais pas d’achats possibles pour Alejandra ce mardi car son numéro de carte d’identité ne lui permet d’acheter que le mercredi. « Je suis obligée d’adapter mes horaires de travail avec mon autre activité qui est de chercher de quoi manger. Ce qui fait que le mercredi, je ne peux pratiquement pas travailler. Je dois également faire du troc avec mes amis : échanger du shampoing contre du dentifrice par exemple. L’urgence économique n’a rien amélioré, ça n’a fait que faire monter les prix en flèche. Je me sens frustrée et indignée », témoigne-t-elle.

Une colère partagée par Simon, serveur dans le centre-ville. Ancien électeur d’Hugo Chavez, il s’est depuis tourné vers l’opposition comme le 6 décembre dernier lors des législatives et redoute une « explosion sociale ».

« Je n’arrive pas à trouver du riz, de la farine ou du poulet pour mes enfants. Il y a un mécontentement énorme. C’est comme une bombe à retardement : on ne sait pas combien de temps nous allons encore supporter cette situation. Pourvu qu’il ne se passe rien de grave que l’on regretterait ensuite. Il y a un certain nombre de personnes qui croient encore à la Constitution. J’espère qu’il y aura un référendum révocatoire pour que nous sortions de cette incertitude et que nous décidions si nous voulons encore ou pas du président », explique-t-il.

Malgré ce contexte pour le moins tendu, les manifestations la semaine dernière n’avaient pas mobilisé les foules.

Rfi