Venezuela: le président Nicolas Maduro expulse trois diplomates américains

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a ordonné, lundi 30 septembre, l’expulsion de trois diplomates de l’ambassade des Etats-Unis à Caracas, accusés de sabotage économique et électrique mené avec l’opposition. « Ils ont quarante-huit heures pour quitter le pays. (…) Yankees go home ! », a déclaré le président dans un discours public.Venezuela-NicolasMaduro

Nicolas Maduro a accusé les diplomates de s’être réunis « avec l’extrême droite vénézuélienne » afin de « la financer et de mener des actions pour saboter le système électrique et l’économie » du pays. « Peu importe les actions qu’entreprend Barack Obama ! Nous ne permettrons pas qu’un gouvernement impérialiste (…) stoppe les entreprises, coupe l’électricité pour éteindre tout le Venezuela », a-t-il lancé.

Le Venezuela a été le théâtre au début de septembre d’une gigantesque panne d’électricité, que les autorités ont mise sur le compte d’un « sabotage ». Le pays souffre également de pénuries alimentaires et de produits de consommation courante. Le gouvernement accuse l’opposition et ses alliés américains de spéculer afin de tenter de le discréditer.

En mars, deux attachés militaires états-uniens à Caracas avaient été sommés de quitter le pays sous le coup d’accusations de conspiration contre le gouvernement, héritier du président Hugo Chavez, mort le 5 mars. En représailles, Washington avait renvoyé deux diplomates vénézuéliens quelques jours plus tard. Etats-Unis et Venezuela n’ont plus d’ambassadeurs respectifs depuis 2010.

LA CHAÎNE GLOBOVISION ACCUSÉE DE PROVOQUER « DE L’ANXIÉTÉ »

Parallèlement à ces expulsions, et alors que le gouvernement tente de pallier les pénuries dont souffre le pays, l’Etat a lancé une procédure administrative contre la chaîne de télévision privée Globovision pour avoir diffusé un reportage qualifié de potentiellement « angoissant » pour la population. Ce week-end, Nicolas Maduro avait demandé au parquet général de « punir » les médias provoquant des « achats compulsifs ».venezuela-chaine

Une émission du programme « Caso de investigación » « a présenté des informations liées à la pénurie supposée […] de véhicules et de produits alimentaires dans le pays », a déclaré le directeur de la Conatel, qui régit les médias vénézuéliens. Si le « délit de provocation à l’anxiété » était constitué, la chaîne encourrait une amende représentant jusqu’à 10 % de ses revenus bruts.

Il s’agit de la première procédure administrative à l’encontre de Globovision depuis son rachat en début d’année par des actionnaires locaux proches des milieux boursiers et du secteur des assurances, qui, selon l’opposition, sont liés à de hautes figures du pouvoir en place. A la suite de ce rachat, la chaîne avait « recentré » sa ligne éditoriale et s’était séparée de plusieurs animateurs et journalistes trop critiques vis-à-vis du gouvernement. Présente à l’antenne depuis 1994, Globovision, dernière chaîne d’opposition à grande écoute au Venezuela, est coutumière des amendes et procédures administratives, et a plusieurs fois été menacée de fermeture par l’ancien président Hugo Chavez.

Washington expulse à son tour trois diplomates vénézuéliens

En réponse à l’expulsion de trois diplomates américains du Venezuela, le département d’Etat américain a annoncé mardi 1er octobre au soir que trois diplomates vénézuéliens étaient expulsés des Etats-Unis.

La porte-parole du ministère américain des affaires étrangères, Jennifer Psaki, a confirmé que leur chargé d’affaires à Caracas – plus haut diplomate américain en l’absence d’un ambassadeur – un conseiller politique et un agent consulaire avaient été « déclarés personae non gratae » et avaient quarante-huit heures pour quitter le pays.

« Nous rejetons totalement les allégations du gouvernement vénézuélien quant à l’implication des autorités américaines dans quelque conspiration que ce soit visant à déstabiliser le régime vénézuélien », a déclaré Mme Psaki. Elle a contesté les accusations précises lancées contre les trois agents américains, et indiqué que les Etats-Unis « pourraient prendre des mesures de réciprocité ». « Nous regardons quelles mesures nous pourrions prendre », a déclaré la responsable, sans être plus précise.

TOLÉRANCE ZÉRO CONTRE LES « GRINGOS »

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, avait ordonné l’expulsion des diplomates américains, accusés d’entente avec l’opposition pour fomenter des actes de sabotage économique et du réseau électrique du pays. Le Venezuela a connu début septembre une gigantesque panne électrique, que les autorités ont mis sur le compte d’un « sabotage ». Le pays souffre aussi de pénuries alimentaires et de produits de consommation courante, le gouvernement accusant l’opposition – et ses soutiens américains – de spéculer afin de tenter de le discréditer.

Washington et Caracas, qui n’ont plus d’ambassadeurs respectifs depuis 2010, mais des chargés d’affaires, entretiennent des relations diplomatiques particulièrement tendues. Les gouvernements du président décédé Hugo Chavez (1999-2013) et de son successeur Maduro fustigent régulièrement des tentatives de déstabilisation par une opposition qui serait soutenue par les Etats-Unis.

A la fin du mois de juillet, M. Maduro avait annoncé avec fracas la fin du « dialogue permanent », repris un mois plus tôt avec les Etats-Unis pour tenter de normaliser les relations bilatérales. Le président vénézuélien avait alors invoqué l’affaire Snowden et les déclarations de l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, qui avait promis de lutter contre « la répression » au Venezuela. Face à ces propos « infâmes », M. Maduro avait « confirmé [sa] politique de tolérance zéro devant les agressions des ‘Gringos’ contre le Venezuela ».

Le Monde