RDC: les pourparlers de Kampala s’annoncent tendus

m23-kampalaLes autorités congolaises et le Mouvement du 23 mars (M23) reprennent les pourparlers à Kampala, en Ouganda, ce vendredi 4 janvier. Les discussions avaient été suspendues le 21 décembre sans que les deux parties aient trouvé un accord, notamment sur la question d’un éventuel cessez-le-feu. Cette fois-ci, le mouvement rebelle semble déterminé à camper sur ses positions, ce qui laisse présager, dans les deux camps, un climat tendu.

Lors de la première séance de négociations, le désaccord entre les deux parties a essentiellement porté sur un possible cessez-le-feu. Le M23 en a fait un préalable alors que le gouvernement a rejeté toute idée sur cette question.

Cette fois-ci, à la veille de la reprise des pourparlers, le M23 maintient sa position. Joint par RFI, Jean-Marie Runiga, responsable politique du M23, précise que son mouvement attend de ces pourparlers la signature du cessez-le-feu avec le gouvernement de Kinshasa. « Si cela n’aboutit pas, il se retirera des discussions », a-t-il ajouté.

Jean-Marie Runiga ,Responsable politique du M23 interviewé par Heridel Ntema/RFI:

« La première chose que nous allons demander c’est la signature du cessez-le-feu entre le M23 et le gouvernement de Kinshasa. »

De son côté, Raymond Tshibanda, ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC) – qui conduit la délégation gouvernementale -, n’a pas souhaité commenter ces propos. Joint par RFI, il a par ailleurs affirmé qu’en s’exprimant hors du cadre des négociations, le M23 « commet une violation des accords encadrant les pourparlers».

Le statut de Goma : un autre point de désaccord

Les premiers pourparlers entre les autorités congolaises et les rebelles du M23 ont commencé le 9 décembre dans la capitale ougandaise. Suspendues avant les fêtes de Noël et du Nouvel An, ces discussions n’ont connu aucune avancée. Celles-ci avaient été promises aux rebelles du M23, à la suite d’une médiation des pays de la région des Grands Lacs, orchestrée par l’Ouganda, en échange de leur retrait de Goma, la capitale du Nord-Kivu, qu’ils avaient prise le 20 novembre et qu’ils ont, par conséquent, quittée le 1er décembre.

D’après les Etats des Grands Lacs, les rebelles devaient se retirer à au moins 20 km au nord de Goma mais, en réalité, ils sont aux portes de la ville. Plusieurs sources affirment qu’ils ont récemment reçu des bataillons « rwandais » pour renforcer leurs rangs, en cas d’échec des pourparlers avec Kinshasa. Des informations que le M23 dément catégoriquement et des accusations que la Mission de l’Onu dit, pour sa part, ne pas pouvoir « confirmer ».

Le M23 garde un œil sur Goma – capitale de la riche province minière du Nord-Kivu – d’autant plus que les rebelles veulent absolument administrer cette ville, forte d’un million d’habitants. Sur cette question, les deux parties sont également en total désaccord.

Envoi d’un bataillon tanzanien

C’est dans ce contexte difficile que Ramatane Lamamra, commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine (UA), s’est rendu, mercredi 2 janvier, à Kinshasa pour une visite de deux jours où il a rencontré le ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda.

Ce jeudi 3 janvier, depuis Goma, il a annoncé qu’un bataillon tanzanien sera déployé « incessamment » dans l’est de la RDC, et cela dans le cadre de la future force neutre qui doit combattre des groupes armés. « La situation d’insécurité dans l’est de la RDC nous préoccupe tous. Le bataillon tanzanien, dont les officiers arrivent incessamment à Goma, devrait commencer son travail très bientôt », a-t-il déclaré à la presse.

Ramatane Lamamra se rendra dès demain, vendredi, au Rwanda où il discutera avec de hauts responsables des efforts entrepris pour « promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité ».

L’incontournable Rwanda

Depuis des années, le Kivu fait l’objet de convoitises et Kinshasa montre du doigt le Rwanda. Ce dernier est accusé d’être derrière les rébellions qui se succèdent dans la région depuis plus d’une dizaine d’années. C’est valable aussi pour le M23. Plusieurs rapports d’experts travaillant pour les Nations unies font état d’un soutien militaire direct du Rwanda. Des accusations toujours réfutées par Kigali.

Parfois, le gouvernement congolais lui-même dénonce clairement son voisin mais parfois aussi, il le ménage. Cette hésitation est due au fait que, même s’il est souvent taxé d’être un agresseur, le Rwanda est aussi un acteur incontournable pour ramener la paix dans la région. Pour sa sécurité, ce pays veut mettre fin à l’activité d’un autre groupe armé qui le menace à partir précisément du Congo. Il s’agit notamment des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), issues des milices qui avaient perpétré le génocide de 1994. Entre FDLR et M23, entre RDC et Rwanda, la sécurité de l’un ne va pas sans celle de l’autre. Kinshasa n’a aucun intérêt à se brouiller avec Kigali.

Là encore sur cette question du Rwanda, le ministre congolais des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, a précisé, avant même le début des pourparlers, qu’elle ne serait pas abordée.

les rebelles du M23 veulent s’inspirer de la rebellion centrafricaine Séléka  

m23-goma rdcJean-Marie Runiga, le responsable politique du Mouvement du 23 mars (M23), actif depuis mai dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a déclaré jeudi vouloir s’inspirer de la rébellion centrafricaine du Séléka qui menace de renverser le président Bozizé.

« La rébellion de la République centrafricaine nous a beaucoup inspirés par rapport à ce qui se passe au pays » car les rebelles du Séléka revendiquent aussi l’application d’accords de paix « non respectés », a déclaré à la presse Jean-Marie Runiga, depuis Bunagana, une ville-frontière avec l’Ouganda située au nord de Goma.

« Nous ne ferons que suivre l’exemple de ce qui se passe » en Centrafrique, a-t-il insisté, accompagné du chef militaire du M23, le général Sultani Makenga, et du député d’opposition congolais Roger Lumbala qui, depuis peu, affiche son soutien aux rebelles.

En Centrafrique, la coalition du Séléka a pris les armes le 10 décembre pour réclamer le respect de plusieurs accords de paix signés entre le gouvernement et des rébellions. Elle a rapidement conquis la majeure partie du pays, jusqu’à la ville de Sibut, à 160 kilomètres de Bangui.

Vendredi, les pourparlers de sortie de crise doivent reprendre entre le gouvernement congolais et le M23. Des pourparlers qui lui avaient été promis par les Etats de la région des Grands Lacs après que les rebelles ont quitté le 1er décembre Goma, ville-clé de l’Est tombée 11 jours plus tôt.

D’après les Etats des Grands Lacs, les rebelles devaient se retirer à au moins 20 km au nord de Goma mais, en réalité, ils restent aux portes de la ville. La Mission de paix de l’ONU – forte de 18.000 hommes en RDC – s’est dite prête à envoyer des renforts si nécessaires.

« Nous continuons à demander un cessez-le-feu ainsi que des négociations directes avec le gouvernement de Kinshasa. Si celui-ci ne veut pas, nous emploierons le langage que (le président Joseph) Kabila comprend. Et cette fois-ci nous irons très loin », a menacé Jean-Marie Runiga.

« Le langage que Kabila comprend, ce sont les armes, a-t-il précisé. Et l’exemple que nous en avons c’est qu’après la chute de Goma, le dialogue a été ouvert à Kampala. Si c’est dans cette voie-là qu’il veut encore s’engager, cette fois-ci nous irons très loin. »

Selon le chef politique de la rébellion, la délégation du M23 doit se mettre en route pour Kampala jeudi.

Lundi, le Conseil de sécurité de l’ONU a sanctionné le M23 d’un gel de ses avoirs et d’une interdiction de voyager. Et il a ajouté à la liste des individus déjà ciblés Jean-Marie Runiga et Eric Badege, présenté comme « un commandant du M23 soupçonné d’exactions contre des femmes et des enfants ».

« On tue les gens en Syrie, et partout dans le monde, mais les Nations Unies n’ont jamais sanctionné (…). Mais nous, qui n’avons rien fait à la population, on nous sanctionne. Ce n’est pas correct », a dénoncé Jean-Marie Runiga, alors que l’ONU et des ONG accusent le M23 de graves exactions (viols, assassinats, pillages…).

L’armée combat le M23 depuis mai dans la province riche et instable du Nord-Kivu (est). Des experts de l’ONU accusent le Rwanda et l’Ouganda, voisins de la RDC, de soutenir le M23, ce que nient catégoriquement Kigali et Kampala. Depuis avril, selon l’ONU, les combats ont fait 500.000 déplacés et réfugiés, qui vivent dans des conditions difficiles.

RFI/AFP