RDC: le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, ancien président de la Ceni, condamné à trois ans de prison ferme

RDC: le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, ancien président de la Ceni, condamné à trois ans de prison ferme

L’ancien président de la Ceni, par ailleurs proche de Joseph Kabila, a été condamné à trois ans de prison ferme pour avoir tenu des propos incitant à la haine ethnique et brandi la menace d’une partition de la région du Katanga, lors de la commémoration du 20e anniversaire de la mort de Laurent-Désiré Kabila. Des termes qualifiés de « sécessionnistes » par le pouvoir congolais mais aussi par l’ONG La voix des sans voix. Ses avocats dénoncent un procès expéditif.

Le verdict a été rendu le mardi 26 janvier, tard dans la soirée, en l’absence des avocats de l’accusé. Daniel Ngoy Mulunda, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), a écopé de trois ans de prison ferme et été condamné au paiement d’une amende de 500 000 franc congolais pour « incitation à la haine tribale, propagation de faux bruits et atteinte à la sûreté intérieure de l’État ».

Ses avocats, dont Me Jean Mbuyu, ancien conseiller en matière de sécurité de Joseph Kabila, dénoncent une décision rendue « en catimini ».

Pour maître Jean Mbuyu, avocat de Daniel Ngoy Mulunda et ancien conseiller spécial de Joseph Kabila, le procès intenté contre son client a été expéditif :

« Hier en fin d’après-midi, le tribunal lève la séance et renvoie le prononcé à aujourd’hui midi. Nous sommes allés à la prison à midi parce que c’est là que la séance devait se tenir et on nous informe qu’il n’y aura pas de séance parce que la décision a été rendue durant la nuit à 23h, à un autre endroit que celui où le tribunal avait siégé. Nous sommes allés alors au greffe à la recherche de cette décision. On a alors appris, en passant, sans avoir accès au dossier, qu’effectivement il y a eu une décision hier, durant la nuit, à 23h. »

Réaction de l’ACAJ

L’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) a suivi le procès du début jusqu’à la fin en dépêchant ses collaborateurs sur place à Lubumbashi.

Georges Kapiamba a conduit l’équipe et estime que toutes les procédures judiciaires ont été respectées et que ce sont les avocats de Daniel Ngoy Mulunda qui se sont retirés :

« Le procès a été observé par l’ACAJ, les avocats étaient là, ils ont soulevé des exceptions, ils n’ont pas eu gain de cause. Ils ont décidé eux-mêmes de se retirer. Nous considérons qu’il s’agit d’un avertissement lancé à l’endroit de tous les leaders politiques qui doivent savoir que la liberté ou les libertés d’expression et d’opinion comportent une obligation de responsabilité, qu’il faut être prudent et ne pas développer un discours d’incitation à la haine tribale ou ethnique en RDC. »

« Vous devez arrêter avec les humiliations »

Mulunda était jugé par le tribunal de grande instance de Lubumbashi, mais son procès, qui s’est ouvert le 18 janvier, s’est déroulé dans l’enceinte de la prison de Kasapa. Ses défenseurs ont, à plusieurs reprises, soulevé des exceptions de procédure.

La justice congolaise reprochait à Ngoy Mulunda des propos tenus le 16 janvier devant des fidèles réunis en la Cathédrale John-Wesley de la Nouvelle église méthodiste, à Lubumbashi.
« S’ils ne veulent pas que le Katanga se coupe, ils doivent respecter nos dirigeants, et plus particulièrement notre leader, le président honoraire et sénateur à vie, Joseph Kabila », avait-il lancé, alors que la RDC rendait hommage à Laurent-Désiré Kabila, assassiné le 16 janvier 2001. « Vous devez arrêter avec les humiliations, vous ouvrez les valises d’un ancien chef de l’État à l’aéroport et vous publiez sur les réseaux sociaux », avait-il ajouté.

En tant que président de la Ceni, c’est Daniel Ngoy Mulunda qui avait organisé les élections générales de 2011. Plusieurs organisations avaient à l’époque déploré des irrégularités ayant entaché le scrutin qui avait abouti à la réélection de Joseph Kabila pour un second mandat de cinq ans.

Daniel Ngoy Mulunda, proche de l’ancien président Joseph Kabila, avait été arrêté le 18 janvier à Lubumbashi.

Son interpellation avait provoqué des troubles dans la ville sur fond de tensions politiques entre Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi.

(Bakolokongo avec Agences)