RDC : la rébellion du M23 au bord de la scission

M23-Runiga et MakengaDeux factions du Mouvement du 23-Mars (M23) sont à couteaux tirés. Le chef militaire de la rébellion, Sultani Makenga, fidèle du général déchu Laurent Nkunda, et son adjoint Beaudouin Ngaruye, proche, lui, du général Bosco Ntaganda, recherché par la CPI, ne partagent plus la même lecture de la situation sur le terrain. Premier incident : des combats armés ont éclaté, le 24 février, à Rutshuru-centre, à environ 80 km de Goma, faisant une dizaine de morts.

À Addis-Abeba, le 24 février, les États de la région des Grands Lacs signaient un accord pour le retour de la paix dans la partie est de la République démocratique du Congo (RDC). Mais au même moment, sur le terrain, deux branches rivales du Mouvement du 23-Mars (M23, rébellion) s’affrontaient à Rutshuru-centre (Nord-Kivu), selon plusieurs sources locales. Les combats auraient fait une dizaine de morts.

La crise met à nu les clivages entre pro-Nkunda et pro-Ntaganda au sein du groupe rebelle, jusqu’au sommet de la hiérarchie. Sultani Makenga, le chef militaire de la rébellion, et l’un de ses adjoints, Beaudouin Ngaruye, ne parlent plus le même langage. « Ils sont physiquement ensemble, mais ne partagent pas forcément la même idéologie », confirme à Jeune Afrique le colonel Vianney Kazarama, le porte-parole du M23.

Le premier, réputé proche du général déchu Laurent Nkunda, suspecte le second de continuer à entretenir des rapports avec le général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les mêmes suspicions pèsent également sur Jean-Marie Runiga, le coordonnateur politique de la rébellion. « Il n’est pas en résidence surveillée mais il est simplement surveillé : Makenga a commis des officiers pour assurer sa protection à Bunaganda [fief du M23, à la frontière avec l’Ouganda, NDLR] », nuance Vianney Kazarama.

Runiga se rebiffe

Une surveillance que le numéro un politique de la rébellion vivrait plutôt mal. Le 24 février, autour de 21 heures (locales), Jean-Marie Runiga, « escorté par un petit groupe des soldats proches de Beaudoin Ngaruye [le commandant adjoint du M23] », se décide à en découdre, en quittant Bunagana vers Rutshuru-centre, une autre localité de l’est de la RDC sous contrôle rebelle, à environ 80 kilomètres de la ville de Goma. Les troupes rebelles fidèles à Sultani Makenga, trouvées sur place, se seraient ainsi violemment opposées à celles qui accompagnaient le chef politique. Bilan : 10 morts et deux blessés, selon les sources hospitalières.

Les principales figures du M23 n’ont toujours pas adopté de position commune face à la nouvelle donne régionale.

Le M23 dit quant à lui avoir dénombré « 8 morts parmi lesquels un caporal, un major et 6 civils ». Mais le mouvement rebelle, sans nier les « tensions internes [qui] existent » en son sein depuis sa création, attribue la responsabilité de ces affrontements à une incursion des rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda. « Les FDLR ont profité des rumeurs sur la scission de notre mouvement pour nous attaquer », affirme un conseiller spécial de Sultani Makenga.

Linge sale

Visiblement, la rébellion se refuse d’étaler ses dissensions sur la place publique. Pour combien de temps encore ? Alors qu’on se rapproche de plus en plus du déploiement d’une brigade d’intervention destinée à ramener la paix dans la partie est de la RDC, confrontée à des multiples rébellions, les principales figures du M23 n’ont toujours pas adopté de position commune face à la nouvelle donne régionale.

Faut-il reprendre la guerre ou essayer de parvenir à un compromis avec Kinshasa aux pourparlers de Kampala ? Les points de vue divergent. « Si aucun accord n’est trouvé avant l’arrivée de la brigade d’intervention, le M23 sera neutralisé comme les autres forces négatives », prévient le professeur Ntumba Luaba, secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). L’étau se resserre donc autour du M23, déjà fragilisé par ses conflits fratricides et les sanctions des Nations unies qui pèsent sur certains de ses chefs, politiques ou militaires.

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Jeuneafrique.com/Par Trésor Kibangula