RDC: La demande de mise en liberté provisoire de Vital Kamerhe rejetée par la justice

RDC: La demande de mise en liberté provisoire de Vital Kamerhe rejetée par la justice

La demande de mise en liberté provisoire de Vital Kamerhe, directeur de cabinet du chef de l’État congolais Felix Tshisekedi, a été rejetée ce samedi 11 avril par le tribunal de paix de Kinshasa/Matete. La détention préventive est maintenue et prolongée pour une durée de 15 jours. Le tout-puissant directeur de cabinet et principal allié politique du président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi, a été inculpé pour détournement de fonds. Parfois qualifié de « président-bis », M. Kamerhe est bien plus qu’un simple collaborateur du chef de l’Etat malgré son titre de directeur de cabinet.

Article publié le 11/04/2020, modifié le 12/04/2020 17:00

Le tribunal estime que Vital Kamerhe est superviseur des travaux des 100 jours et l’accuse « d’avoir détourné des fonds de l’Etat en passant par le mécanisme d’attribution des marchés de gré à gré à des entreprises fictives », selon l’ordonnance du tribunal de Kinshasa/Matete qui ajoute qu’il « existe des indices sérieux de culpabilité ». L’ordonnance cite l’exemple d’une entreprise qui a reçu 47 millions de dollars, somme qui a « disparu du circuit bancaire sans être affectée à la construction de 3.000 maisons préfabriqués ».

Selon le parquet, dont les arguments sont développés dans l’ordonnance, le chef du cabinet présidentiel aurait notamment octroyé un marché de livraison des maisons préfabriquées à Samibo Congo Sarl, une société que l’accusation juge « fictive ». Cette société avait obtenu ce marché d’un montant de 57 millions de dollars, dont 47 millions avaient été débloqués en liquide et ont disparu du circuit bancaire sans être affecté à l’achat de maisons.

L’ordonnance cite aussi Trade Plus, une autre entreprise controversée qui a reçu « 10 millions de dollars pour la fourniture de médicaments. Le scandale est que cette société n’est pas du domaine pharmaceutique et ne tient qu’une quincaillerie. Elle avait fourni des produits, en grande partie périmés, mais le ministre de la Santé, Eteni Longondo, les avait curieusement déclarés conformes.

Vital Kamerhe avance ses arguments et envisage un recours

M. Kamerhe, 61 ans, nie ces accusations et soutient qu’il n’est en rien responsable et balaye d’un revers de la main d’autres accusations. Selon lui, tous ces marchés publics ont été hérités du dernier gouvernement du régime de Joseph Kabila.

Il soutient aussi qu’aucun marché de gré à gré ne porte sa signature. Autre argument du chef de cabinet : il affirme qu’il n’est pas de sa responsabilité de suivre l’affectation des fonds payés par la Banque centrale dans les comptes desdites entreprises.

Le détenu souligne enfin que plusieurs personnalités chargées de la supervision des travaux, parmi lesquelles le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC) et des ministres encore en fonction, ne sont nullement inquiétés.

Le tribunal n’a donc pas entendu ses arguments. La détention dans la prison de Makala se poursuivra encore pendant au moins 15 jours. Mais la défense du directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi a d’ores et déjà annoncé samedi soir qu’elle déposerait un recours pour demander un réexamen de la demande de mise en liberté de Vital Kamerhe. « Dans la commission de suivi des travaux de 100 jours, il n’est que superviseur et il y a plus de 70 personnes sur la liste », pointe maître John Kaboto, estimant que l’argumentaire de la justice « ne tient pas debout ».

Ordonnateur des dépenses publiques

M. Kamerhe, nommé directeur de cabinet au lendemain de l’investiture du président Tshisekedi le 24 janvier 2019, devait s’expliquer en sa qualité d' »ordonnateur des dépenses » publiques pour le financement des grands travaux lancés par le nouveau chef de l’Etat après son arrivée au pouvoir. Ces travaux sont principalement les fameux « sauts-de-mouton » (ponts routiers) et des logements sociaux.

Les deux hommes ont scellé un accord politique pour constituer leur plate-forme Cap pour le Changement (Cach), qui gouverne la RDC en coalition avec les forces politiques de l’ex-président Joseph Kabila, toujours majoritaires au Parlement.

Cet accord scellé à Nairobi en novembre 2018 prévoit même que M. Kamerhe soit candidat à la présidence de la République en 2023.

Le parti de M. Kamerhe, Union pour la nation congolaise (UNC), compte plusieurs ministres au sein du gouvernement de 67 membres.

Le directeur du cabinet du président Tshisekedi a été convoqué et entendu jeudi 9 avril par le procureur du parquet de Matete. Après son audition, Vital Kamerhe avait été placé sous mandant d’arrêt provisoire et acheminé à la prison centrale de Makala, soupçonné par la justice congolaise de fautes graves de gestion et de détournements de fonds dans le cadre du « programme d’urgence des 100 jours » du président de la République.

(Bakolokongo)