L’UDPS pleure ses militants morts lors des violences du 19 et 20 septembre à Kinshasa

L’UDPS pleure ses militants morts lors des violences du 19 et 20 septembre à Kinshasa
Les dépouilles des militants de l'UDPS morts lors des violences des 19 et 20 septembre à Kinshasa. Radio Okapi/Photo Innocent Olenga.
Les dépouilles des militants de l'UDPS morts lors des violences des 19 et 20 septembre à Kinshasa. Radio Okapi/Photo Innocent Olenga.
Les dépouilles des militants de l’UDPS morts lors des violences des 19 et 20 septembre à Kinshasa. Radio Okapi/Photo Innocent Olenga.

Quarante jours après la répression sanglante de la manifestation pacifique organisée le 19 septembre dernier par le « Rassemblement » – pour signifier « le préavis » à « Joseph Kabila » dont le second et dernier mandat expire le 19 décembre 2016 -, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a organisé lundi 31 octobre les obsèques de ses six militants tués lors de l’attaque de son siège dans la nuit du 19 au 20 septembre. Une attaque qui porte la signature des « faucons » du pouvoir kabiliste.

Les événements sanglants des 19 et 20 septembre derniers ont laissé des plaies psychologiques béantes. Des plaies qui restent difficiles à cicatriser. C’est le moins que l’on puisse dire à la lumière de la cérémonie organisée lundi 31 octobre par les dirigeants de l’UDPS.

Les cercueils de six militants de cette formation politique ont été exposés avant l’inhumation. Il s’agit des dépouilles des personnes tuées lors du « plastiquage » du siège de l’UDPS à Limete. Ces corps étaient gardés à la morgue des hôpitaux St Joseph et Bondeko.

Des parents et amis des victimes ne savaient contenir leur tristesse autant qu’une réelle colère contre le pouvoir kabiliste. Des militants, le coeur serré, ont rendu un dernier hommage à leurs camarades.

Secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund a Kabund n’est pas allé par quatre chemins en accusant « la barbarie de M. Kabila » d’être responsable de la mort de ces « combattants ».

Des hommes en uniforme militaire

Que s’est-il passé dans la nuit du 19 au 20 septembre? Un témoin a vu ce qui a vu des hommes en uniforme militaire forcer l’entrée principale du bâtiment avant d’asperger de l’essence. Ils ont par la suite mis le feu au bâtiment. « J’ai couru pour me cacher », dira-t-il. Il s’agit de Jean Ntumba, une des personnes qui avaient passé la nuit dans cet immeuble.

Dès mercredi 21 septembre, Human Right Watch, citant des « sources crédibles », a donné un premier bilan de 37 morts. « La plupart des victimes ont été tuées lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants. D’autres sont mortes la nuit (…) quand les forces de sécurité ont incendié le siège d’un parti de l’opposition », écrivait Ida Sawyer, chercheuse senior de HRW. Bruno Tshibal Nzezhe, alors secrétaire général adjoint de l’uDPS, a fait état de 100 tués. Le ministre de l’Intérieur Evariste Boshab donnait, pour sa part, le chiffre de 32 victimes « essentiellement des pillards » abattus par des « vigiles ».

Quarante jours après ces événements, aucune source indépendante n’est capable de donner le nombre exact de morts. Pour cause, la justice congolaise n’est pas indépendante. La police, mêmement.

A Kinshasa, des piétons de passage aux environs de l’hôpital Mama Yemo disent ressentir une odeur nauséabonde. C’était quelques jours après cette marche. « Cette émanation ne pouvait provenir que de la morgue de l’hôpital Mama Yemo où des corps étaient en putréfaction du fait des coupures incessantes d’électricité », raconte un voyageur. Celui-ci dit avoir noté – après un petit tour à travers la capitale – la présence des policiers armés devant la plupart des morgues. Explication d’un officiel interrogé par la rédaction de Congo Indépendant: « Des policiers assurent la garde des morgues afin d’empêcher les journalistes de faire des photos ».

Cynique, le gouverneur de la ville de Kinshasa, le PPRD André Kimbuta Yango a osé inviter les parents des victimes à se présenter au cabinet du ministre provincial de la santé. But : percevoir les « frais funéraires ».

Des Congolais morts pour avoir défendu la Constitution

Dans un discours prononcé le mardi 27 septembre à Genève, la haute commissaire adjointe aux droits de l’homme, Kate Gilmore, a pris ouvertement le contre-pied de la thèse officielle selon laquelle la force publique a été obligée d’intervenir face à des manifestants belliqueux en affirmant. Pour elle, « les forces de sécurité ont eu un recours excessif à la violence et aux armes ». En guise de preuve, elle a cité des cas de victimes trouvées avec des impacts de balle au niveau de la tête et de la poitrine. Les survivants, eux, présentaient des blessures par balles au niveau des jambes et des bras.

Kate Gilmore a, par ailleurs, exigé l’ouverture d’une « une enquête indépendante, transparente et crédible » afin de traduire en justice les auteurs auteurs et commanditaires de ces violences.

Quarante jours après cette violente répression, les autorités judiciaires compétentes tardent à ouvrir une information judiciaire. Que voit-on? Le procureur général de la République Flory Kabange Numbi – qui reçoit ses ordres de la Présidence de la République – a opté pour une fuite en avant en dressant une « liste noire » des leaders du Rassemblement à mettre aux arrêts. Le 9 octobre dernier, Bruno Tshibala Nzenzhe, alors secrétaire général adjoint de l’UDPS, a été interpellé à l’aéroport de Ndjili au moment où il allait prendre un avion pour se rendre à Bruxelles pour un contrôle médical. Il croupit actuellementdans une cellule miteuse de la prison de Makala.

Dans un communiqué daté du 20 octobre 2016, Etienne Tshisekedi wa Mulumba a exhorté les dirigeants africains qui allaient se réunir le 26 octobre à Luanda, en Angola, dans le cadre de la CIRGL (Conférence internationale pour la Région de Grands lacs) « à ne pas cautionner l’Accord politique » conclu le 18 octobre de la Cité de l’UA sous la facilitation d’Edem Kodjo en soulignant « que le sang qui a coulé les 19 et 20 septembre est celui des Congolais qui sont sortis par millions pour défendre leur Constitution ». Le sang de ces Congolais crie vengeance au ciel!

B.A.W
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