Les Etats-Unis et Séoul vont déployer un bouclier antimissile en Corée du Sud

Les Etats-Unis et Séoul vont déployer un bouclier antimissile en Corée du Sud

Usa_Coree_sudWashington et Séoul ont annoncé ce vendredi 8 juillet un accord sur le déploiement d’un bouclier antimissile américain en Corée du Sud. Cette décision militaire intervient alors que Pyongyang qualifie les sanctions américaines contre son dirigeant Kim Jong-un, prises la veille, de « déclaration de guerre ».
Depuis le quatrième essai nucléaire nord-coréen le 6 janvier dernier, les tensions ne cessent de s’aggraver sur la péninsule. La Corée du Nord a multiplié les tirs de missiles, notamment le lancement d’une fusée à longue portée généralement considéré comme un essai de tir balistique.

En réponse, les Etats-Unis et la Corée du Sud avaient déjà commencé à discuter du déploiement du système avancé antimissile THAAD en février. Ce système tire des missiles conçus pour intercepter et détruire des missiles balistiques, alors qu’ils sont encore juste à l’extérieur de l’atmosphère ou bien qu’ils viennent d’y entrer.

Assurer la sécurité en Corée du Sud

Séoul et Washington dont donc franchi le rubicon, et « ont décidé en alliés de déployer THAAD », en guise de « mesure de défense pour assurer la sécurité de la Corée du Sud et de son peuple », peut-on lire dans un communiqué conjoint des deux ministères de la Défense. Le communiqué n’apporte en revanche pas de précision sur la date du déploiement.

La Russie a mis en garde contre les « conséquences irréparables » que pourrait induire ce déploiement. La Chine, principal allié de Pyongyang, l’a d’ores et déjà condamné aussi, exigeant son arrêt et estimant que ce déploiement va « nuire gravement » à la sécurité régionale et provoquer une course aux armements.

La crainte des « grandes oreilles »

Selon notre correspondante à Pékin, Heike Schmidt, la Chine se sent menacée par ces radars très puissants pouvant surveiller toute activité militaire jusqu’à une distance de 4 000 km. Or, grâce à l’accord conclu avec la Corée du Sud, les Américains seront capables d’observer chaque tir de missile de la Chine, et donc son système de dissuasion nucléaire.

Les militaires chinois craignent que les radars du THAAD servent au renseignement américain, car ils pourront fournir des images sur leurs opérations militaires secrètes au large de Taïwan ou encore en mer de Chine méridionale, territoire maritime que Pékin considère comme son propre territoire dans sa quasi intégralité, au grand dam de plusieurs de ses voisins.

Les Chinois n’ont pas su convaincre

L’accord trouvé entre Washington et Séoul est, de toute évidence, un échec diplomatique pour la République populaire de Chine. Pourtant, Pékin pensait avoir fait assez de concessions pour éviter ce déploiement d’une batterie américaine antimissile en Corée du Sud.

Après le quatrième essai nucléaire de la Corée du Nord, la Chine avait donné son feu vert à des sanctions plus sévères de l’ONU, une première. Mais aujourd’hui, les Chinois doivent se rendre à l’évidence : ils n’ont pas su convaincre les Etats-Unis qu’ils feront le nécessaire pour mettre fin aux ambitions nucléaires de leur allié de toujours.

■ Kim Jong-Un sur la liste noire des sanctions

Washington a placé mercredi 6 juillet Kim Jong-Un sur sa liste noire des sanctions contre les individus, citant de graves violations des droits de l’Homme. Si de telles sanctions risquent d’avoir une portée plus symbolique que substantielle, le « leader suprême » a réagi avec virulence, prévenant que tous les canaux diplomatiques seraient rompus si elles n’étaient pas levées.

« Les Etats-Unis veulent vraiment pousser les sanctions contre la Corée du Nord, mais lorsque l’on réfléchit bien, les dirigeants Nord-Coréens n’ont pas d’avoir aux Etats-Unis, ne commercent pas avec les Américains. Ça ne va donc pas servir à grand-chose », explique au micro de RFI Juliette Morillot, rédactrice en chef de la revue Asialyst.

« Les sanctions de mars 2016 ont eu un énorme impact, ce sont les plus lourdes jamais décrétées contre Pyongyang, ce sont des sanctions onusiennes », poursuit l’experte. Et d’ajouter : « Elles vont avoir un impact théoriquement contre les élites et l’armée, mais en réalité, les premiers touchés seront les classes moyennes. S’il n’y a pas de camions, de carburant, de transfert financier, toute une nouvelle couche de la société qui fait bouger la société va se trouver paralysée. »

Rfi