Législatives en Allemagne: Angela Merkel et la CDU plébiscitées par les Allemands

A un jeune loup de la politique qui ne faisait pas mystère de ses ambitions, Angela Merkel a un jour rétorqué, citant la Bible traduite par Luther : « L’arrogance précède la ruine et l’orgueil précède la chute. » 2013-09-23T052400Z_1_APAE98M0F0300_RTROPTP_3_OFRWR-ALLEMAGNE-ELECTIONS-COALITION-20130923

Dimanche 22 septembre, prenant la parole vers 18 h 45 au siège de son parti devant quelques centaines de militants de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) déchaînés, au moment où sa large victoire aux élections législatives est assurée avec environ 41,5 % des voix, on jurerait qu’Angela Merkel a ce verset en tête. Certes, la chancelière arbore un large sourire mais tout, dans son comportement, traduit une certaine réserve.

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Cette femme, capable de crier et de laisser exploser sa joie lorsque l’équipe de football allemande gagne un match, est ce soir incapable de lever les bras ou même les pouces en signe de victoire. Gardant ostensiblement les mains jointes devant elle, dans un geste qui est désormais sa griffe, la chancelière se contente d’une intervention on ne peut plus concise. Quelques minutes pour remercier les électeurs, les militants, son entourage, son mari – exceptionnellement présent à quelques mètres de la scène – et pour assurer que la CDU agira « de manière responsable ». Bref, pour ne rien dire.

Une heure et demie plus tard, lors du débat télévisé organisé par les deux chaînes publiques ARD et ZDF, Peer Steinbrück, le candidat malheureux du Parti social-démocrate (SPD), qui a recueilli 25,7 % des voix, affiche le sourire de celui qui en a enfin fini avec cette campagne perdue depuis longtemps. Face à lui, Angela Merkel garde un visage fermé. Ce n’est que plus tard, dans la soirée, quand les dirigeants de la CDU feront la fête dans une ambiance de carabins, qu’Angela Merkel consent enfin à battre des mains et à esquisser quelques pas de danse. « Ce soir, nous devons nous réjouir », avait dit auparavant la fille de pasteur dans une de ces formules typiquement « merkéliennes ».

LE SPIEGELONLINE TITRE SUR L’ALLEMAGNE, « MERKEL-REPUBLIK » 

Des militants de l'Union chrétienne-démocrate célèbrent la victoire de leur candidate, dimanche 22 septembre au siège de la CDU, à Berlin.

Pourtant, le moment est historique. Depuis 1949, seuls deux de ses prédécesseurs, Konrad Adenauer et Helmut Kohl, sont parvenus à être réélus deux fois. Et seul le premier a disposé d’une majorité absolue. C’était en 1957. Angela Merkel avait 3 ans et vivait dans un autre pays. A l’époque, la CDU n’avait face à elle que deux concurrents : les sociaux-démocrates et le Parti libéral.

Grâce à ses 41,5 % des voix, Angela Merkel est proche de réitérer le même exploit. Jamais, depuis 1990, la CDU n’est parvenue à un tel résultat. Le groupe CDU-CSU devrait avoir 311 députés sur 630, à cinq sièges de la majorité absolue, dans un contexte politique et économique bien plus difficile que ses prédécesseurs. En Europe, elle est l’un des rares dirigeants à avoir survécu à la crise financière de 2008. Comme son pays, la « femme la plus puissante du monde » sort elle-même renforcée de la crise. L’Allemagne est devenue la « Merkel-Republik », comme le titre le Spiegelonline qui, pourtant, ne la porte pas dans son cœur.

Certes, l’opposition a raison : « L’Allemagne va bien, mais tous les Allemands ne vont pas bien. » Mais Angela Merkel, qui, en 2012, a dit : « Nous faisons tous partie d’une politique intérieure européenne », a bénéficié de ce nouveau phénomène. Les Allemands savent qu’ils s’en sortent mieux que les autres Européens. Ils ont apporté leurs voix à celle qu’ils tiennent pour responsable de la forte baisse du chômage et du 1,9 million d’emplois créés depuis 2009.

LES VERTS SONT LOIN D’ÊTRE UN PARTENAIRE IDÉAL

La victoire d’Angela Merkel est d’autant plus éclatante que l’offre politique est plus riche qu’elle ne l’a jamais été. Sept partis pouvaient espérer franchir les portes du Bundestag. La CDU, la CSU (le parti frère bavarois de la CDU), le SPD, les Verts, Die Linke (le parti de la gauche radicale) le Parti libéral (FDP) et un nouveau venu : Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti anti-euro. Mais quatre ans après avoir obtenu le meilleur résultat de son histoire (14,6 %), le Parti libéral, crédité de seulement 4,8 % des voix, est sorti du Bundestag dimanche soir. En raison de la médiocrité de ses dirigeants, mais aussi de la stratégie d’Angela Merkel.

Alors que les électeurs allemands disposent de deux voix, l’une pour élire leur député, l’autre pour soutenir un parti, la CDU aurait pu – cela s’est vu dans le passé – inciter les électeurs conservateurs à accorder leur deuxième voix au FDP. Au contraire, Mme Merkel n’a cessé de marteler le message inverse : « Vos deux voix pour la CDU. » Quelques jours avant le scrutin, elle a même écrit aux cinq millions de sympathisants de la CDU de ne pas disperser leurs voix. Manifestement, le message est passé.

Sans doute même au-delà des espérances de la chancelière. Ne disposant « que » de 311 députés sur 630, Angela Merkel va donc devoir négocier un contrat de coalition avec un partenaire : le SPD ou les Verts. Réclamant d’importantes hausses d’impôts et déstabilisés par de vieilles affaires de complaisance avec la pédophilie, réapparues durant la campagne, les Verts sont loin d’être un partenaire idéal. Reste le SPD qui, en 2005 déjà, s’était associé à la CDU au sein d’une grande coalition. Mais à l’époque, les deux partis faisaient presque jeu égal. 35,2 % pour la CDU, 34,2 % pour le SPD. Aujourd’hui, plus de 16 % les séparent. Le SPD a tout à perdre en étant le partenaire minoritaire d’une coalition ultra-dominée par la CDU. Tant le SPD en 2009 que le Parti libéral aujourd’hui sont sortis laminés de la coalition menée avec la CDU.

DIE LINKE DEVIENT LA TROISIÈME FORCE DU PARLEMENT

Dimanche soir, Peer Steinbrück a même « conseillé » à son parti de ne pas former de coalition avec la CDU. « Nous avons déjà expérimenté la grande coalition et cela ne nous a pas particulièrement réussi », résume Hannelore Kraft, la ministre-présidente (SPD) de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, régulièrement citée pour être candidate du parti à la chancellerie en 2017. « Peut-être n’y a-t-il plus personne qui veuille faire quelque chose avec nous », a constaté Angela Merkel lors du débat télévisé. De fait, ses adversaires ne semblent nullement pressés d’aller à Canossa. Heureusement pour la chancelière, depuis l’échec de la République de Weimar en 1933, un parti peut difficilement se permettre de provoquer une crise politique. Les électeurs ne lui pardonneraient pas. Si de nouvelles élections étaient organisées en raison de ce refus du SPD, il est vraisemblable que les résultats seraient encore meilleurs pour la CDU.

Le SPD va donc placer la barre le plus haut possible, alors que les troupes d’Angela Merkel rêvent de ne lui confier qu’un strapontin. Le nouveau Bundestag se réunira le 22 octobre et élira quelques jours plus tard le chancelier. En l’occurrence la chancelière. Mais rien ne dit que les négociations seront alors terminées. D’où, sans doute la réserve d’Angela Merkel, dimanche soir.

Celle-ci a un autre souci : le succès du parti anti-euro, Alternative pour l’Allemagne (AfD). Avec 4,7 % des voix, il manque de peu son entrée au Bundestag. Pour son président, Bernd Lucke, c’est déjà une victoire. Mme Merkel va tout faire pour compliquer la tâche à ce nouveau venu qui, selon les sondages, a particulièrement séduit les électeurs dans l’est de l’Allemagne.

Avec Die Linke, le parti de la gauche radicale, qui devient la troisième force du Parlement (8,6 %) et l’AfD qui se tient en embuscade, les eurosceptiques allemands disposent de deux porte-étendards, l’un à gauche, l’autre à droite, alors que les Verts, parti le plus européen de tous, ont subi un net revers (8,4 %). Finalement, après les résultats, l’Europe est comme Angela Merkel. Elle « doit » se réjouir. Tout en étant préoccupée.

Angela Merkel et le SPD prêts à discuter pour une coalition

Au lendemain de sa victoire aux législatives, la chancelière allemande Angela Merkel a indiqué, lundi 23 septembre, être « ouverte » à des discussions avec ses adversaires du Parti social-démocrate (SPD) dans le but de former un gouvernement de « grande coalition ».angela-merkel-et-peer-steinbruck-le-candidat-du-spd-aux-legi_1280958

Posez vos questions à notre rédaction dès 16 heures Quelle coalition pour Angela Merkel ?

« J’ai eu un premier contact avec le président du SPD », Sigmar Gabriel, a déclaré Mme Merkel, tout en soulignant que cela n’excluait pas « d’autres contacts » avec les Verts, autre partenaire possible pour former une majorité au Bundestag. De son côté, Sigmar Gabriel s’est montré vague, assurant que le SPD ne rejeterrait pas une invitation à négocier mais que d’éventuels pourparlers n’aboutiraient pas nécessairement à un accord. « Il y a une recherche sur la formation possible d’un gouvernement et le résultat est ouvert », a-t-il résumé.

Avec 311 élus, l’alliance CDU-CSU de Mme Merkel manque, en effet, de 5 sièges la majorité absolue. Or la chancelière a exclu de former un gouvernement minoritaire, ce qui l’obligera à former une coalition avec un autre parti représenté au Bundestag. Le Parti libéral-démocrate, FDP, son allié lors de la précédente législature, n’a en effet pas atteint les 5 % requis et sort donc du Parlement.

Depuis l’après-guerre, conservateurs et sociaux-démocrates ont formé à deux reprises une « grande coalition » : sous le chancelier Kurt Georg Kiesinger de 1966 à 1969, et lors du premier mandat d’Angela Merkel, de 2005 à 2009.20130922PHOWWW00300

L’hypothèse d’une telle alliance a déjà été accueillie favorablement par le gouvernement français, qui a estimé par la voix du ministre délégué aux affaires européennes, Thierry Repentin, qu’elle pourrait susciter un « rapprochement » du couple franco-allemand.

Le Monde