Journée historique au Vatican: Les adieux émouvants du pape Benoît XVI

benoit 16-les adieuxÀ la veille de sa démission historique, Benoît XVI a été acclamé par une foule chaleureuse, mercredi au Vatican. Il a assuré que «Dieu ne laisse pas couler la barque» de l’Église.

Envoyé spécial à Rome

Un Benoît XVI libre. Comme rarement dans son pontificat. Ne cachant pas son émotion. Et livrant son véritable testament spirituel, la veille de son départ, mercredi devant une place Saint-Pierre noire de monde pour sa dernière audience générale.

Il a surtout remercié pour ces presque huit années de pontificat, confiant ressentir «en ce moment, en moi, une grande confiance, parce que je sais, nous savons tous que la parole de vérité de l’Évangile est la force de l’Évangile et la force de l’Église, elle est sa vie». Une «confiance» donc, mot qu’il a répété, qui «est ma joie».

De fait, avec le sourire aux lèvres de celui qui estime avoir accompli sa mission, Benoît XVI, bientôt 86 ans, a détaillé les grandes étapes de son pontificat. S’adressant directement au Christ, il est revenu au jour de son élection, le 19 avril 2005: «Seigneur, que me demandes-Tu? Ce que Tu me poses sur les épaules est un grand poids, mais si Tu me le demandes, je jetterai les filets, sûr que Tu me guideras». Il continue: «Et le Seigneur m’a vraiment guidé, il m’a été proche, et j’ai pu sentir quotidiennement Sa présence.»

«Je voudrais que chacun sente la joie d’être chrétien»

Évoquant l’exercice même de son ministère de pape, et se référant à l’épisode de l’Évangile où la barque de Pierre est prise dans une tempête, il a précisé: «Ce fut un trajet du chemin de l’Église qui a eu ses moments de joie et de lumière mais aussi des moments non faciles (…) le Seigneur nous a donné tant de jours de soleil et de brises légères, des jours où la pêche était abondante ; mais il y a eu aussi des moments où les eaux étaient agitées, et le vent contraire, comme dans toute l’histoire de l’Église, et le Seigneur semblait dormir.»

Mais, ajoute-t-il, «j’ai toujours su que, dans cette barque, il y avait le Seigneur et j’ai toujours su que la barque de l’Église n’était pas la mienne, n’était pas la nôtre, mais la Sienne et qu’Il ne le laisse pas couler. C’est Lui qui la conduit, y compris avec les hommes qu’il a choisis. (…) cela a été et cela demeure une certitude que nul ne peut nier.»

Invitant chacun à «renforcer encore» sa foi et à réaliser «que tous se sentent aimés de ce Dieu», il a insisté une nouvelle fois sur un thème récurrent de son pontificat, la «joie», qu’il avait particulièrement développé lors de son premier voyage au JMJ de Cologne, en 2005: «Je voudrais que chacun sente la joie d’être chrétien.»

«J’ai senti que mes forces allaient diminuant»

Après avoir remercié tous ses collaborateurs, à Rome et dans le monde, les chefs d’État, il a consacré un passage entier de ce dernier discours aux simples fidèles qui lui ont, ces derniers temps, adressé des messages de gratitude, mais aussi pendant tout son pontificat: «Le pape n’est jamais seul. (…) Le pape appartient à tous et tant de personnes se sentent proches de lui. (…) Je reçois tant de lettres de personnes simples qui m’écrivent avec leur cœur. (…) Ces personnes ne m’écrivent pas comme l’on écrit, par exemple, à un prince ou à un «grand» que l’on ne connaît pas. Elles m’écrivent comme des frères et sœurs, comme des fils et des filles, avec un lien familial très affectueux.»

Une évocation qui l’a conduit à donner sa définition de l’Église: «Là, nous touchons du doigt ce qu’est l’Église – non pas une organisation, non pas une association à buts religieux ou humanitaires, mais un corps vivant, une communion de frères et de sœurs dans le Corps de Jésus-Christ, qui nous unit tous.»

Enfin, Benoît XVI est revenu sur le sens de sa démission: «J’ai senti, ces derniers mois, que mes forces allaient diminuant, et j’ai demandé à Dieu, avec insistance, dans la prière, de m’illuminer de Sa lumière pour me faire prendre la décision la plus juste, non pas pour mon bien, mais pour le bien de l’Église. J’ai posé ce pas dans la pleine conscience de sa gravité et de sa nouveauté, mais dans une profonde sérénité d’âme. Aimer l’Église signifie aussi avoir le courage de faire des choix difficiles, souffrants, en ayant toujours devant soi le bien de l’Église et non son propre bien personnel.»

Puis, comme jamais dans son pontificat, le Pape a évoqué les conséquences de sa fonction sur sa propre vie privée. Il est une nouvelle fois revenu au 19 avril 2005, jour de son élection: «La gravité de la décision [de son élection NDLR] a été aussi dans le fait qu’à partir de ce moment et ensuite, j’étais occupé, toujours et pour toujours par le Seigneur. Toujours – celui qui assume le ministère pétrinien n’a plus aucune vie privée («privacy» dans le texte). Il appartient toujours et totalement à tous, à toute l’Église. On peut dire qu’il est totalement privé de la dimension privée de sa vie.»

«Je reste près du Seigneur Crucifié»

C’est alors qu’il a commenté le sens mystique de sa décision de laisser sa charge car certains n’ont pas compris son geste et pensent qu’il a abandonné son poste: «Avec le “toujours”, et même le “pour toujours” il n’est plus possible de retourner à la vie privée. Ma décision de renoncer à l’exercice actif de mon ministère ne remet pas cela en cause. Je ne retourne pas à la vie privée, avec une vie de voyages, de rencontres, de réceptions, de conférences… Je n’abandonne pas la croix, mais je reste d’une manière nouvelle, près du Seigneur Crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de la charge pour le gouvernement de l’Église, mais je reste par le service de la prière, pour ainsi dire dans le «recinto de Saint Pierre. Saint Benoît, dont je porte le nom en tant que Pape, a été pour moi un grand exemple, il a montré la voie d’une vie, active ou passive, qui appartient totalement à l’œuvre de Dieu.»

Demandant aux fidèles de «prier surtout pour les cardinaux, appelés à un devoir tellement important, et pour le nouveau successeur de l’apôtre Pierre», Benoît XVI dont le pontificat s’achève jeudi 28 février à 20 heures, a remercié la foule et tous les fidèles du monde, pour son «respect» et sa «compréhension» face à la «décision tellement importante» qu’il a prise. Assurant: «Je continuerai d’accompagner le chemin de l’Église par la prière et la réflexion, en me donnant au Seigneur et son Épouse (L’Église dans la théologie catholique, NDLR) comme j’ai toujours cherché à le vivre jusque-là et comme je veux toujours le vivre.»

Benoît XVI, de l’Allemagne au Vatican

benoit 16Le pape Benoît XVI a annoncé lundi sa démission du Vatican, une première dans l’histoire de l’Eglise moderne, affirmant ne plus avoir «les forces» de la diriger en raison de son «âge avancé», 85 ans. Retour sur les grandes étapes de la vie de Joseph Ratzinger, ordonné prêtre à 24 ans, archevêque à 50 ans et pape à 78 ans.

-Benoit XVI est né le 16 avril 1927. En 1951, il est ordonné prêtre. Il enseigne la théologie à Freising, Bonn, Münster et Ratisbonne. Il succède à Jean Paul II, le 19 avril 2005, à 78 ans.- 16 avril 1927: Joseph Ratzinger naît à Marktl am Inn, dans le diocèse de Passau (Allemagne). Il est baptisé le jour même. Son père, officier de gendarmerie, est issu d’une vieille famille d’agriculteurs de Bavière du Sud. Sa mère est fille d’artisans de Rimsting, au bord du lac Chiem. Avant son mariage, elle travailla comme cuisinière dans divers hôtels.

 

Les adieux émouvants du pape Benoît XVI au Vatican le 27 février 2013
Les adieux émouvants du pape Benoît XVI au Vatican le 27 février 2013

Durant son enfance et son adolescence, il grandit dans la petite ville de Traunstein à trente kilomètres de Salzbourg en Autriche. Durant les derniers mois de la Deuxième guerre mondiale, il est enrôlé dans les services auxiliaires de défense antiaérienne dans les jeunesses Hitlériennes. A plusieurs reprises, il dénonce «l’inhumanité» du régime nazi.

– De 1946 à 1951, il étudie la philosophie et la théologie à l’Institut supérieur de Freising et à l’Université de Munich.
– En 1951: 
il est ordonné prêtre. Il enseigne la théologie à Freising, Bonn, Münster et Ratisbonne.

– En 1953:
il obtient son doctorat en théologie avec une thèse intitulée : « Peuple et maison de Dieu dans la doctrine de l’Église chez saint Augustin». Quatre ans plus tard, sous la direction du professeur de théologie fondamentale Gottlieb Söhngen, il obtient son habilitation à l’enseignement avec une dissertation sur « La théologie de l’histoire chez saint Bonaventure ».

De 1959 à 1963: il enseigne à Bonn, puis à Münster de 1963 à 1966 et à Tübingen de 1966 à 1969. Au cours de cette dernière année, il obtient la chaire de dogmatique et d’histoire du dogme à l’Université de Ratisbone où il exerce également la charge de vice-président de l’Université.

– 1968
: il participe comme conseiller à Vatican II. Il fait partie des théologiens partisans de l’ouverture.

– 1972 :
avec plusieurs théologiens, il lance la revue «Communio».

– Le 25 mars 1977:
le Pape Paul VI le nomme Archevêque de Munich et Freising. Il reçoit l’ordination épiscopale le 28 mai. Il était le premier prêtre diocésain à assumer la charge pastorale de ce grand diocèse bavarois depuis quatre-vingt ans. Sa devise épiscopale est : « Collaborateur de la vérité ». «j’ai choisi cette devise parce que, dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui, on oublie presque complètement le thème de la vérité, tant cela paraît trop élevé pour l’homme, et pourtant, si la vérité vient à manquer, tout s’écroule », expliquera-t-il.

-1978
: il prend part au Conclave qui se tient du 25 au 26 août et qui élit Jean-Paul Ier. Celui-ci le nomme son Envoyé spécial au IIIe Congrès mariologique international célébré à Guayaquil (Équateur. Au mois d’octobre de cette même année, il participe au Conclave qui élit Jean-Paul II.

1981: Jean Paul II le nomme à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il participera à la remise au pas par Jean Paul II des théologiens de la libération en Amérique Latine et de ceux qui recherchent une synthèse entre idées modernes et doctrine ancienne.

– 1993
: le Pape l’élève au rang de Cardinal-Évêque en lui confiant le siège suburbicaire de Velletri-Segni.

1998: le Saint-Père approuve l’élection du Cardinal Ratzinger comme Vice-Doyen du Collège des Cardinaux, élection qui avait été faite par les Cardinaux de l’ordre des évêques.

– 19 avril 2005:
Joseph Ratzinger succéde à Jean Paul II à 78 ans. 2006: une polèmique l’a opposé au monde musulman quand il avait dénoncé la violence au nom de la religion, dans une allusion indirecte à l’islam.

-2006: une polèmique l’a opposé au monde musulman quand il avait dénoncé la violence au nom de la religion, dans une allusion indirecte à l’islam.

-2009: il lève l’excommunication de quatre évêques intégristes dont un négationniste, Richard Williamson. Le pape, se disant mal informé, avait reconnu une erreur.

– 2012: il est confronté à l’intérieur du Vatican à un scandale de fuites de documents confidentiels, qui verra l’arrestation de son propre majordome, Paolo Gabriele: un symptôme des mécontentements et des divisions dans la Curie.
– 11 février 2013
: annonce de sa démission.

Le pape Benoit XVI devant le consistoire, au Vatican,pour annoncer sa demission . © REUTERS
Le pape Benoit XVI devant le consistoire, au Vatican,pour annoncer sa demission . © REUTERS