Jérusalem: Pourquoi Trump reconnaît Jérusalem comme capitale d’Israël ?

Jérusalem: Pourquoi Trump reconnaît Jérusalem comme capitale d’Israël ?

La décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël a provoqué une onde de choc mondiale. « L’Obs » résume ce qu’il faut savoir cette décision inédite et ses conséquences. 4 questions sur l’onde de choc de la décision de Donald Trump.

En annonçant le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, le président américain prend le risque d’un embrasement au Proche-Orient.

Dans une rupture spectaculaire avec ses prédécesseurs, Donald Trump a reconnu mercredi 6 décembre Jérusalem comme capitale d’Israël. Cette décision historique est déjà contestée par les pays arabes, par la plupart des Européens, par l’ONU et par le pape. Cette annonce est vraiment importante, car l’Esplanade de mosquées à Jérusalem est aussi un lieu saint de l’islam. À court terme, on ne peut pas exclure un soulèvement, notamment en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Des représailles contre les intérêts américains sont à craindre dans le monde arabe et dans le monde musulman.

À moyen terme, cela peut déstabiliser les pays voisins. La Jordanie, par exemple, car le roi est le protecteur de cette Esplanade des mosquées. Il y a aussi le Liban. Et que va faire l’Iran avec le Hezbollah ? À long terme, les États-Unis ne sont plus dans une position d’être des médiateurs pour une paix négociée entre Israéliens et Palestiniens. Au passage, Donald Trump nous avait dit qu’il était le meilleur négociateur du monde et qu’il allait nous trouver un accord de paix au Proche-Orient. Cela semble désormais improbable. L’argument du Président Trump, c’est d’expliquer que sa décision est une « clarification » et que cela va débloquer, et peut-être « faciliter la paix ». Pourquoi fait-il ce choix ? C’est d’abord et surtout une décision de politique intérieure, attendue par la communauté juive aux États-Unis. Mais le principal message politique est adressé aux chrétiens évangéliques conservateurs qui cimentent son électorat.

1. Pourquoi aucune ambassade ne se trouvait à Jérusalem ?

Ville considérée comme sainte par les trois grandes religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islam, Jérusalem est au coeur d’un conflit millénaire. Pendant longtemps, dans ce trio complexe, le face-à-face explosif se joue entre musulmans et chrétiens. Au milieu du XIXe siècle, la guerre se déroule même entre chrétiens.

Tout change quand Theodor Herzl, dans les années 1890, lance le projet sioniste. Depuis des siècles, la rituelle promesse de Pâque de se retrouver « l’an prochain à Jérusalem » était un vœu pieux. Elle devient une option politique. Les Anglais promettent aux sionistes de les aider à la concrétiser mais, après trente ans de présence en Palestine (1917-1948), s’en retirent en passant l’affaire à l’ONU.

En 1947, ONU vote le partage de la Palestine en un Etat juif, à l’ouest, et un Etat arabe, à l’est. La ville de Jérusalem se retrouve sous contrôle des Nations unis, afin de garantir la liberté d’accès aux lieux de culte de la Vieille Ville, pour les religions juive, musulmane et chrétienne. Mais sur le terrain, personne n’approuve réellement cette option.

Très rapidement, la guerre débute entre l’Etat hébreu et l’Etat arabe, et instaure un nouveau contexte : les Jordaniens à l’Est et les Israéliens à l’Ouest, qui y implantent leur gouvernement. En 1967, la guerre des Six Jours permet à l’Israël de reconquérir la partie orientale, qui reste pourtant considérée comme une « zone d’occupation » par la communauté internationale.

Malgré ce statut, Israël commence à coloniser le côté Est, et vote en 1980, une loi israélienne reconnaissant Jérusalem comme capitale « une et indivisible ». Mais aucun pays ne la reconnaît comme telle. A ce moment, « l’ONU demande aux seize pays qui avaient leurs ambassades à Jérusalem de la retirer », explique l’historien Vincent Lemire.

2. En quoi cette décision est-elle en rupture avec le processus de paix ?

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale de l’Etat auquel ils aspirent. Ils représentent environ un tiers d’une population de 882.000 personnes (selon les statistiques israéliennes), mais demeurent majoritaires à Jérusalem-Est.

Pour éviter de ranimer dans un conflit historique, la communauté internationale a décidé de ne pas définir Jérusalem comme capitale, ni israélienne, ni palestinienne. La décision de Trump tranche avec la neutralité que tentait de maintenir la communauté internationale autour de la division éventuelle de la ville et du statut des lieux saints. « Tant que rien n’est réglé, ce flou était peut-être préférable », note la politologue Nicole Bacharan, expliquant que le statut final de Jérusalem devait être le dernier point des négociations de paix.

De plus, les Etats-Unis étaient les médiateurs en chef, impartiales, du processus de paix. « A partir du moment où ils s’alignent sur les positions israéliennes les plus à droite, ils annulent de facto leur rôle possible de médiateur », analyse Vincent Lemire. Seul un acteur considéré par les Israéliens et les Palestiniens comme « honnête et neutre » est légitime.

3. Quelles sont les réactions au Proche-Orient ?

En annonçant sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Israël, Donald Trump s’est isolé du monde. La Turquie et l’Arabie saoudite condamnent la déclaration « irresponsable » des Etats-Unis, la qualifiant « d’injustifiée et d’irresponsable », et « contraire au droit international ». Même son de cloche pour la Jordanie, qui parle d’une « violation du droit international ». Le ministère iranien des Affaires étrangères juge pour sa part que « la provocation » des Etats-Unis déclenchera « une nouvelle Intifada ».

« Par ces décisions déplorables, les Etats-Unis sapent délibérément tous les efforts de paix et proclament qu’ils abandonnent le rôle de sponsor du processus de paix qu’ils ont joué au cours des dernières décennies », a affirmé le président palestinien Mahmoud Abbas sur la télévision palestinienne.

Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat, a estimé que Donald Trump avait « détruit » la solution dite à deux Etats. Trump a aussi « disqualifié les Etats-Unis de tout rôle dans un quelconque processus de paix ».

Pour le mouvement islamiste Hamas, Trump a ouvert « les portes de l’enfer ». « Nous nous devons de lancer un appel à une intifada face à l‘ennemi sioniste », a déclaré le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, dans un discours à Gaza.

Les Palestiniens ont déjà mené deux soulèvements contre les Israéliens, en 1987 et en 2000, ainsi qu‘une « intifada des couteaux », marquée par de nombreuses attaques à l‘arme blanche, à partir de la fin 2015.

A l’inverse, Benyamin Netanyahou, à la tête du gouvernement israélien, a annoncé un jour « historique », et déclaré maintenir le « statu quo » sur les lieux saints à Jérusalem. L’ONU affirme pour sa part que le statut de Jérusalem ne peut être résolu que par une négociation directe entre Israéliens et Palestiniens. Ce vendredi matin, une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU s’est déroulée en urgence, sous la demande de la France, la Suède, l’Italie, le Royaume-Uni, la Bolivie, l’Uruguay, l’Egypte et le Sénégal.

4. Sur le terrain, quelles conséquences ?

La réaction du monde musulman s’est fait rapidement entendre, à l’issue tragique ce vendredi. Un Palestinien a été tué et une dizaine d’autres ont été blessés par l’armée israélienne au cours d’une manifestation à Gaza, selon le ministère gazaoui de la Santé. Des heurts violents ont été recensés dans les territoires occupés et à Jérusalem, où des empoignades ont eu lieu entre manifestants palestiniens et policiers israéliens à l’intérieur et autour de la Vieille Ville.

Dès mercredi, des milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour protester contre la décision du président américain. Dans les pays arabes voisins tels que la Jordanie, la Turquie, l’Irak ou l’Egypte, de nombreux manifestants ont revendiqué Jérusalem comme « capitale de la Palestine », « appartenant aux Arabes ». Des manifestants ont brûlé des drapeaux américains et israéliens ainsi que des portraits de Donald Trump dans tout le monde musulman ce vendredi, jour de prière hebdomadaire.

Avec L’OBS et RTL