Iran :Hassan Rohani élu président de la République islamique d’Iran

C’est une suprise : le religieux modéré Hassan Rohani remporte la présidentielle iranienne dès le premier tour ce samedi 15 juin 2013. C’est le ministère de l’Intérieur qui l’annonce, confirmant ainsi les premières tendances qui le laissaient penser. Hassan Rohani obtient 50,68% des voix.

Hassan-RohaniIl est le nouveau président de la République islamique, puisqu’il a franchi dès le premier tour la barre fatidique des 50%. Il n’y aura donc pas de second tour. Dès ce samedi matin, ce modéré était très nettement en tête. Les premiers dépouillements lui donnaient 45% des voix.

Hassan Rohani devance largement trois conservateurs (il y avait six candidats au total) : le maire de Téhéran, l’ex-chef des Gardiens de la révolution et l’actuel chef des négociateurs nucléaires, tous proches de l’ayatollah Khamenei.

Certes, Hassan Rohani faisait, dès le début de la campagne, partie du trio de tête, mais on ne le voyait pas vainqueur, et surtout pas avec plus de 50% dès le premier tour de scrutin. Ce religieux, qui ne fait pas partie des réformateurs, a reçu leur appui, et cette union sacrée entre réformateurs et modérés a mobilisé une grande partie de l’électorat modéré. 

Au départ, ce dernier comptait boycotter l’élection, après la répression des manifestations qui avaient suivi le précédent scrutin présidentiel en 2009, celle-là même qui avait remis les conservateurs au pouvoir.

Même si le président iranien n’a pas la main sur les dossiers majeurs – le nucléaire et les relations internationales, dont l’ayatollah Khamenei s’occupe lui-même -, grâce à cette élection au premier tour avec une large participation, le nouveau président aura peut-être une plus grande marge de manœuvre.

Pendant sa campagne, Hassan Rohani avait évoqué de possibles discussions directes avec les Etats-Unis, l’ennemi juré de Téhéran, pour régler la crise nucléaire et mettre fin aux sanctions et à la crise économique. A suivre, donc.

Nombreuses réactions après l’élection d’Hassan Rohani en Iran

Le religieux modéré Hassan Rohani, 64 ans, a créé la surprise en remportant dès le premier tour la présidentielle iranienne avec 50,68% des voix. La participation s’élèverait à plus de 72%. Une victoire qui marque le retour des modérés et réformateurs au gouvernement. Voici les premières réactions après l’avènement du nouveau président élu de la République islamique d’Iran.

C’est Mostafa Mohammad Najar, ministre iranien de l’Intérieur, qui a annoncé solennellement le nom du successeur de Mahmoud Ahmadinejad, samedi 15 juin 2013 à Téhéran. « M. Hassan Rohani a recueilli plus de 18,6 millions voix. Il obtient la majorité absolue et devient ainsi le président élu de cette onzième élection présidentielle », a-t-il déclaré sous les applaudissements de l’assistance.

Immédiatement après l’annonce des résultats officiels, plusieurs milliers d’habitants de la capitale sont descendus à pied ou en voiture dans les rues pour célébrer la nouvelle. Klaxons, portraits du nouvel élu brandis… Une ambiance festive.

Le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei a, lui aussi, salué l’accession de M. Rohani à la présidence dans la soirée, comme l’a rapporté son site internet officiel. « Je félicite le peuple et le président élu », écrit le numéro un iranien à l’adresse de son nouveau numéro 2. Le Guide suprême appelle « tout le monde » à « aider le nouveau président et son gouvernement », mais aussi à éviter les « comportements inappropriés », que ce soit de « joie » ou de « mécontentement ».

« Développement des relations bilatérales »

Le président-élu a réagi lui-même via un message lu à la télévision d’Etat. M. Rohani parle d’une « victoire […] de l’intelligence, de la modération, du progrès […] sur l’extrémisme ». « Le processus de disparition des réformateurs du système politique est en partie arrêté avec la victoire très nette de M. Rohani », confie à l’Agence France-Presse (AFP) Amir Mohebian, analyste réputé proche des conservateurs.

En attendant les premiers pas du nouveau président, la communauté internationale « prend acte ». A commencer par la France qui, par la voix du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, se déclare « prête à travailler » avec Hassan Rohani, au sujet du nucléaire bien sûr, mais aussi de « l’engagement de l’Iran en Syrie ». « Les attentes de la communauté internationale à l’égard de l’Iran sont fortes », précise dans un communiqué le chef de la diplomatie française, qui « salue l’inébranlable aspiration à la démocratie du peuple iranien », comme la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

L’Italie évoque l’espoir d’un « développement des relations bilatérales » et d’un « dialogue constructif » entre l’Iran et la communauté internationale, a fait savoir également par communiqué la ministre italienne des Affaires étrangères Emma Bonino, qui se satisfait d’une élection qui s’est déroulée dans des conditions « correctes ». Londres espère que M. Rohani mettra l’Iran « sur un nouveau chemin ». Dans un communiqué, la diplomatie britannique appelle également l’Iran à faire avancer « une relation constructive avec la communauté internationale » notamment dans le dossier nucléaire, mais aussi en améliorant « la situation politique et celle des droits de l’homme ». Même type de réaction en provenance de Berlin.

« Un meilleur avenir pour tous les Iraniens »

A Beyrouth, au Liban, la Coalition de l’opposition syrienne exhorte le nouveau président à revoir la position de son pays en faveur du régime de Bachar el-Assad à Damas. « La Coalition nationale syrienne estime qu’il est de son devoir d’appeler le nouveau président de l’Iran à rectifier les erreurs commises par la direction iranienne […] avant qu’il ne soit trop tard », car « la volonté du peuple syrien est invincible et ne se brisera devant aucune agression extérieure », est-il écrit dans le communiqué.

Les Etats-Unis semblent également croire à l’écriture d’une nouvelle page avec l’Iran. Même si la Maison Blanche note que « l’élection d’hier a été marquée par un manque de transparence, la censure dans les médias, internet ou encore des textos, dans un contexte général d’intimidation qui a bridé la liberté d’expression et de rassemblement », les Américains se disent néanmoins toujours « prêts à collaborer directement » avec Téhéran. L’objectif de l’administration Obama ? « Trouver une solution diplomatique qui apaiserait les inquiétudes de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien […]. Nous avons espoir que le nouveau gouvernement iranien prendra en compte la volonté des Iraniens et fera des choix responsables, porteurs d’un meilleur avenir pour tous les Iraniens », explique Washington.

« Le président élu en Iran a été sélectionné par l’ayatollah Khamenei »

Dans le concert des nations, il n’y a finalement qu’Israël pour minimiser la portée de l’événement du jour en Iran. « Le programme nucléaire de l’Iran a jusqu’à présent été décidé par Khamenei, pas par le président iranien », fustige le ministère israélien des Affaires étrangères, qui avertit déjà :

« Après les élections, l’Iran continuera d’être jugé sur ses actes, dans le domaine nucléaire comme dans celui du terrorisme. L’Iran doit se conformer aux demandes de la communauté internationale d’arrêter son programme nucléaire et de cesser la propagation du terrorisme dans le monde. »

Israël ne croit pas à la modération prêtée au nouveau numéro 2 iranien. « Le président élu en Iran a été sélectionné par l’ayatollah Khamenei qui a disqualifié et empêché les candidats qui ne conformaient pas à ses vues extrémistes de se présenter », analyse la diplomatie de l’Etat hébreux.

« C’est le mollah Rohani qui a émergé »

Même si anonymement, un haut responsable israélien confie à l’AFP que « le peuple iranien a signifié à ses dirigeants qu’ils sont opposés à la voie qui a mené à des sanctions et rendu leur vie plus difficile », ce dernier ajoute aussitôt : « Si l’Iran ne respecte pas les demandes de la communauté internationale et ne cesse pas immédiatement son programme nucléaire, la communauté internationale doit accroître sa pression sur l’Iran. »

La dirigeante du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), l’opposition iranienne en exil, raille pour sa part « une mascarade électorale du régime des mollahs dans la crainte d’un soulèvement ». Maryam Radjavi estime que l’élection a été truquée, pointant un taux de participation « grotesque ».

Et de conclure, véhémente : « C’est le mollah Rohani qui a émergé. Ayant trempé depuis le début dans tous les crimes du régime, il ne trompe personne dans un rôle de  » modéré « . »

PORTRAIT. Qui est Hassan Rohani, le nouveau président iranien ?

PORTRAIT – Le nouveau président iranien, Hassan Rohani, est un pur produit de la révolution de 1979. À 64 ans, il souhaite apaiser les relations de son pays avec le monde extérieur afin de lui donner «une nouvelle voie».

À 64 ans, Hassan Rohani, qui vient d’être élu président de la république d’Iran, est un religieux modéré, issu du sérail de la révolution islamique, mais partisan d’une détente avec l’Occident.

Cet ancien négociateur de l’épineux dossier du nucléaire (entre 2003 et 2005) prône une politique de souplesse pour régler le différend qui oppose son pays à la communauté internationale. Alors qu’il dirigeait les discussions face aux Occidentaux, l’Iran avait accepté la suspension de son programme d’enrichissement d’uranium. «C’est Rohani qui fin 2003 annonça à demi-mots que l’Iran avait arrêté son programme nucléaire clandestin à certains représentants occidentaux à Téhéran», se souvient un diplomate français qui le connait bien.

Mais en vertu de la Constitution, c’est le guide suprême, l’ayatollah Ali Khameneï, qui est décisionnaire en matière nucléaire, comme sur les questions stratégiques de sécurité ou de diplomatie. Les deux hommes se connaissent depuis plus de trente ans. «Mais l’avantage de Rohani, ajoute le diplomate, c’est qu’il est en bons termes avec Khameneï», contrairement à d’autres dirigeants réformateurs, comme Hussein Moussavi, assigné à résidence depuis sa défaite à la présidentielle de 2009, ou l’ancien président Hashémi Rafsandjani, écarté du scrutin, il y a quinze jours.

Après des études au séminaire religieux de Qom, Hassan Rohani participa dès le milieu des années 60 au combat contre le shah, ce qui lui valut d’être emprisonné à plusieurs reprises. En 1977, Rohani fut le premier à gratifier Khomeiny du titre d’imam (guide, ndlr), avant de fuir à l’étranger, en France notamment, où il rejoignit le futur fondateur de la République islamique.

Rohani n’est pas hostile à des contacts directs avec les États-Unis

Hassan Rohani est un pur produit de la révolution de 1979. Dès les premières heures du nouveau régime, il accumule les postes dans ses différentes instances d’arbitrage: Assemblée des experts, Conseil des gardiens, avant de diriger le Conseil national de sécurité entre 1989 et 2005.

A la précédente présidentielle, Rohani avait soutenu les manifestants qui protestèrent contre la réélection truquée de Mahmoud Ahmadinejad. Vendredi, il profita à plein du désistement en sa faveur des deux anciens présidents de la république, Mohammed Khatami, le réformateur, et le modéré Hashémi Rafsandjani, dont Rohani est proche.

Comme Rafsandjani, le nouveau président n’est pas hostile à des contacts directs avec les États-Unis, ennemi historique de l’Iran. A l’image de son électorat qui s’est finalement laissé séduire par ce religieux, Hassan Rohani souhaite apaiser les relations avec le monde extérieur, afin de parvenir à une levée des très dures sanctions internationales qui frappent l’économie de son pays, en raison du programme nucléaire iranien controversé. Il veut donner «une nouvelle voie» à l’Iran. Mais ce vétéran de la politique iranienne sait trop bien qu’il ne sera que le deuxième personnage de l’Etat, derrière le guide Ali Khameneï, beaucoup moins enclin à l’ouverture que lui.

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