Direct – Burkina Faso: Compaoré chassé, le chef de l’armée, le général Honoré Traoré, se proclame chef de l’Etat

Direct – Burkina Faso: Compaoré chassé, le chef de l’armée, le général Honoré Traoré, se proclame chef de l’Etat

BURKINA-POLITICS-UNREST-MILITARY-FILESLe président burkinabè a annoncé sa démission vendredi dans un communiqué. Il quitte son poste après 27 ans de règne. La fonction de chef de l’Etat revient désormais au chef d’état major des armées.

Mis à jour à 15h55

Le chef d’état-major des armées du Burkina Faso, le général Honoré Traoré, a annoncé vendredi qu’il assumait désormais les fonctions du chef de l’Etat, après la démission du président Blaise Compaoré. Il n’a pas donné de précisions sur le calendrier de la transition.

Vacances du pouvoir

«Conformément aux dispositions constitutionnelles, constatant la vacance du pouvoir ainsi créée, considérant l’urgence de sauvegarder la vie de la nation (…), j’assumerai à compter de ce jour mes responsabilités de chef de l’Etat», a déclaré le général de division Traoré, qui a dit «prendre acte de la démission» de M. Compaoré.

Le nouvel homme fort du Burkina a évoqué un retour à l’ordre constitutionnel le plus rapidement possible. Dans un communiqué annonçant sa démission, Blaise Compaoré avait de son côté annoncé «la mise en place d’une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours».

Chassé par la rue

Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, confronté à une contestation populaire d’une ampleur sans précédent, a annoncé vendredi qu’il quittait le pouvoir après 27 ans de règne. «Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (…), je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition», a déclaré M. Compaoré dans un communiqué lu à la mi-journée par une journaliste à la télévision privée BF1.

Cette transition devra «aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours», a ajouté M. Compaoré, dont on ignore où il se trouve actuellement.

Au lendemain de violentes émeutes contre le régime et de l’annonce par les militaires qu’ils prenaient le contrôle du pays, des dizaines de milliers de manifestants sont à nouveau descendus vendredi matin dans la rue à Ouagadougou.

«Blaise dégage!»

Massés sur la place de la Nation, devant l’état-major des armées, ils criaient notamment «Blaise dégage!» et «Kouamé Lougué président». Kouamé Lougué, général en retraite, ancien ministre de la Défense limogé en 2003, bénéficie d’un fort capital de sympathie parmi les contestataires.

«Nous sommes en pourparlers avec l’armée pour qu’elle nous garantisse le départ de Compaoré», avait déclaré dans la foule Smokey, un cadre du +Balai citoyen+, un mouvement hostile au maintien au pouvoir de Blaise Compaoré.

Pour l’opposition, «toute transition politique à venir doit être conçue, organisée (…) autour des forces de la société civile, et intégrer toutes les composantes de la nation (…), y compris l’armée», selon une déclaration lors d’un point de presse dans la matinée. «A partir de ce jour, Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir», a lancé sous les applaudissements de la foule réunie place de la Nation, peu avant 12H30 locales et GMT, le colonel Boureima Farta, hissé sur les épaules de militaires.

L’opposition avait appelé dans la matinée «à maintenir la pression en occupant l’espace public», selon un de ses principaux responsables, Zéphirin Diabré. «Le préalable à toute discussion relative à toute transition politique est le départ pur et simple et sans condition de M. Blaise Compaoré», avait-il insisté lors d’un point de presse dans la matinée.

Refus d’un «président à vie»

C’est l’annonce d’un projet de révision constitutionnelle, qui aurait permis à Blaise Compaoré – arrivée au pouvoir lors d’un putsch en 1987, élu pour deux septennats puis deux quinquennats – de se représenter à la présidentielle en 2015, qui a jeté des centaines de milliers de Burkinabè refusant un «président à vie» dans la rue.

Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d’assaut, violences en province, appels à la démission du président: le Burkina s’est enflammé jeudi. Cette crise a provoqué l’intervention des militaires, puis du président Compaoré dans la nuit, créant la confusion.

Le chef d’état-major des armées Nabéré Honoré Traoré, dans un communiqué lu par un officier, a annoncé la création d’un «organe de transition», chargé des pouvoirs exécutifs et législatifs, dont l’objectif est un retour à l’ordre constitutionnel «dans un délai de douze mois».

Bilan incertain

Le président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1987, s’était ensuite exprimé sur une télévision privée dans la nuit, assurant avoir «compris» le message de la population mais excluant toute démission.

Il évoquait simplement sa disponibilité pour «ouvrir des pourparlers» pour «une période de transition» à l’issue de laquelle il «(transmettra) le pouvoir au président démocratiquement élu».

Le bilan des troubles reste pour le moment incertain. Deux opposants ont fait état d’une trentaine de morts et plus de 100 blessés. L’AFP n’a pu confirmer que quatre morts et six blessés graves dans la capitale.

Les opposants se prenaient ces derniers jours à rêver d’un renversement du régime, longtemps considéré comme l’un des plus stables de la région.

Un «printemps noir au Burkina Faso, à l’image du printemps arabe», lançait mercredi l’opposant Emile Pargui Paré, au lendemain de manifestations monstres qui avaient vu des centaines de milliers de personnes – un million, selon l’opposition – descendre dans la rue à Ouagadougou pour dénoncer un «coup d’Etat constitutionnel».

(ats/afp/Reuters/Newsnet)

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L’essentiel

• Le Burkina Faso a connu jeudi des émeutes meurtrières, qui ont fait une trentaine de morts et plus de 100 blessés selon l’opposition, qui n’a pas précisé si le bilan portait sur la seule capitale Ouagadougou ou tout le pays. L’AFP n’a pu confirmer que quatre morts et six blessés graves.

• Après avoir successivement imposé puis annulé l’état d’urgence, le président Blaise Compaoré, au pouvoir depuis un coup d’Etat en 1987, s’est dit ouvert à des discussions mais n’a pas répondu à la demande des manifestants qui réclament sa démission.

• Le chef d’état-major des armées, Nabéré Honoré Traoré, a annoncé la création d’un «organe de transition», chargé des pouvoirs exécutif et législatif, dont l’objectif est un retour à l’ordre constitutionnel «dans un délai de douze mois».

15h20. Le chef de l’armée, le général Honoré Traoré, se proclame chef de l’Etat, selon RFI«Conformément aux dispositions constitutionnelles, constatant la vacance du pouvoir ainsi créée, considérant l’urgence de sauvegarder la vie de la nation […], j’assumerai à compter de ce jour mes responsabilités de chef de l’Etat», déclare dans un communiqué le général de division Traoré, qui a dit «prendre acte de la démission» du président Compaoré.

14h20. Dans un communiqué, Blaise Compaoré annonce quitter la présidence du pays et souhaite la tenue d’élections «libres et transparentes» dans un délai de 90 jours. «Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale […], je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours», selon le texte du communiqué, lu par une journaliste à l’antenne de la télévision BF1.

13h50. Un représentant de l’armée burkinabè a affirmé à la foule que le président Blaise Compaoré n’était «plus au pouvoir», provoquant une explosion de joie parmi les dizaines de milliers de personnes rassemblées dans le centre de Ouagadougou. «A partir de ce jour, Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir», a lancé peu avant 12h30 le colonel Boureima Farta, hissé sur les épaules de militaires.

11h50. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue vendredi matin à Ouagadougou aux cris de «Blaise dégage». Les manifestants, massés devant l’état-major des armées, scandaient également «Kouamé Lougué au pouvoir». Kouamé Lougué, général en retraite, ancien ministre de la Défense, bénéficie d’un fort capital de sympathie parmi les contestataires.

Zéphirin Diabré le 23 août 2014 à Ouagadougou.11h30. Le chef de file de l’opposition au Burkina Faso, Zéphirin Diabré (photo AFP), demande à nouveau le départ de Blaise Compaoré. L’opposition «appelle le peuple à maintenir la pression en occupant l’espace public», déclare Diabré lors d’un point de presse, dénonçant «une confusion générale au sommet de l’Etat», après l’annonce par l’armée qu’elle prenait le pouvoir. «Le préalable à toute discussion relative à toute transition politique est le départ pur et simple et sans condition de Blaise Compaoré», insiste-t-il.

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, le 24 octobre 2014 au Quai d'Orsay à Paris9h30.Laurent Fabius (photo AFP) exprime le souhait de la France d’un retour au calme au Burkina Faso. «Nous n’avons pas à faire ou à défaire un gouvernement. Ce que nous souhaitons, nous les Français, c’est que nos ressortissants soient protégés et que l’on aille vers l’apaisement», déclare le ministre des Affaires étrangères. «Nous avons demandé à notre ambassadeur sur place d’être un facilitateur de cette solution d’apaisement», ajoute-t-il, précisant que des émissaires des Nations unies, de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) seront sur place ce vendredi. Concernant les ressortissants français au Burkina Faso (environ 3 500), Fabius assure qu’il n’y a «aucun risque» et que «les décisions ont été prises pour qu’ils soient rassurés».