Crash du MH17 abattu en Ukraine: le rôle-clé d’un général russe « en vacances » en Ukraine

Crash du MH17 abattu en Ukraine: le rôle-clé d’un général russe « en vacances » en Ukraine

Deux sites d’investigation révèlent qu’un haut militaire russe était très actif dans la région depuis laquelle a été tiré le missile.

Un Boeing 777 de la compagnie Malaysia Airlines, assurant le vol MH17 reliant Amsterdam à Kuala Lumpur avec 298 personnes à bord, a été abattu par un missile le 17 juillet 2014 dans l’est de l’Ukraine, une zone agitée par des troubles séparatistes liés à la Russie. Le 28 septembre 2016, une enquête du parquet néerlandais affirme que le projectile de type BUK a été tiré depuis un territoire contrôlé à l’époque par les prorusses. Selon les enquêteurs, le système de tir (de fabrication russe) aux mains des rebelles est venu de Russie et y est ensuite retourné. Moscou comme les séparatistes démentent cette version et accusent les forces ukrainiennes. Le drame intervenait peu après la disparition d’un autre avion de la même compagnie, le MH370.

Faut-il voir derrière le destin tragique du vol MH-17, abattu en plein vol le 17 juillet 2014 au-dessus de l’Ukraine, la « main de Moscou » ? De récents éléments d’enquête semblent pointer la responsabilité de la Russie. Le dernier en date montre que la région d’où a été tiré le meurtrier missile sol-air était sous contrôle de Moscou.

Le rôle-clé d’un général russe « en vacances » en Ukraine

Envoyé « en vacances » par la Russie dans l’est russophone et rebelle de l’Ukraine en guerre, un général russe surnommé « Dauphin » (et très vraisemblablement le général Nikolai Fedovoritch Tkachev), dirigeait et coordonnait, cet été 2014, les forces séparatistes russophones. » Simple et malheureuse coïncidence ? Il avait pris ses fonctions peu avant que le Boeing de la Malaysian Airlines ne soit abattu en vol par un missile russe BUK-M1 tiré depuis le territoire indépendantiste pro-russe, selon une enquête menée par les sites d’investigation russe The Insider et britannique Bellingcat. L’équipe d’enquête officielle, dirigée par les Néerlandais (193 des 283 passagers tués), s’intéresse, elle aussi et de près, au rôle de « Dauphin » dans l’affaire du vol MH-17 Amsterdam-Kuala Lumpur.

Car « Dauphin » est un commandant russe de très haut rang, officiellement « en vacances » et stationné dès l’été 2014 dans la petite ville ukrainienne de Krasnodon, frontalière de la Russie. Ce général russe de corps d’armée avait comme tâche la réorganisation et la consolidation des « unités militaires autonomes » de la république autoproclamée de Lougansk (LNR), selon deux des responsables séparatistes pro-russes, le blogger « colonel Cassad » (Boris Rozhin) et Igor « Strelkov » (Igor Girkine).

La batterie de missiles BUK-M1 de l’armée russe (code OTAN SA-11), qui a abattu le vol MH17 en juillet 2014, a passé la frontière russe près de Krasnodon, aussi bien en entrant qu’en sortant d’Ukraine, selon l’enquête officielle. Krasnodon était la base de hauts généraux russes d’état-major expérimentés, prétendument « en villégiature », « en disponibilité » ou « à la retraite « , envoyés par le Kremlin pour remettre de l’ordre parmi ses partisans séparatistes armés d’Ukraine.

Dans son blog du 3 janvier 2015, le « Colonel Cassad » décrit ainsi « Dauphin » comme l’homme envoyé « en vacances »par Moscou l’été 2014 pour contrôler une situation chaotique dans les rangs séparatistes à Lougansk. Ces sources pro-russes jugent que « Dauphin » est un « bon spécialiste militaire » mais, selon ces sources, il n’a pas réussi à « prendre le plein contrôle » de bandes armées russophones disparates « seulement à coordonner ces unités séparées ».

Un militaire à la carrière remplie

Les enquêteurs ont acquis la conviction que « Dauphin » est bien le nom de guerre du général Tkachev. D’abord parce que, selon des analyses comparées de voix réalisées pour les sites d’investigations The Insider et Bellingcat par deux instituts d’expertise indépendants, la probabilité que le général Nikolai Fedovoritch Tkachev soit bien « Dauphin » est « très élevée ». Ensuite parce que dans une conversation téléphonique interceptée en Ukraine, « Dauphin » est nommé par son prénom et patronyme, « Nikolai Fedorovitch ».

Du temps de l’URSS, Nikolai Fedorovitch Tkachev a servi en Allemagne de l’Est, en Ukraine ainsi que dans l’Extrême-Orient soviétique. Il a pris part aux deux guerres de Tchétchénie (1994-2000). Officiellement « retiré du service » actif en 2010, il est devenu, de 2011 à 2012, le chef des « conseillers » militaires russes en Syrie avant de réapparaître en Russie, à Ekaterinbourg, puis en Ukraine, aux côtés des séparatistes pro-russes.

En juillet 2015, la Russie avait posé son veto de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU afin d’enterrer la proposition de la Malaisie de créer un tribunal international pour poursuivre les responsables du crash du vol MH-17. En septembre 2016, le parquet néerlandais avait présenté les conclusions préliminaires de son enquête. Le parquet affirmait alors que le missile Buk avait été tiré depuis la partie du territoire ukrainien contrôlée par les séparatistes. Il révélait que le missile et sa plateforme de tir avaient été amenés là depuis la Russie. Il restait juste à savoir qui avait tiré et sur ordre de qui. L’étau semble aujourd’hui se resserrer sur un général russe.

Avec L’OBS