Bourkina Faso: la France a bien exfiltré Blaise Compaoré

Bourkina Faso: la France a bien exfiltré Blaise Compaoré

Compaore-Hollande.jpegAprès avoir affirmé dans un premier temps que la France n’avait pas procédé elle-même à l’évacuation de l’ex-président Blaise Compaoré vers la Côte d’Ivoire vendredi 31 octobre, le président François Hollande a revu sa version ce mardi.

François Hollande a quelque peu revu sa version sur l’exfiltration de Blaise Compaoré vers la Côte d’Ivoire. Après avoir affirmé dans la nuit de lundi à mardi que « cette évacuation, nous ne l’avons pas faite nous-mêmes », le président français a reconnu lors d’une conférence de presse à Ottawa où il est actuellement en visite la participation active de la France. « Pour permettre la transition, nous avons fait en sorte que le président, qui n’était plus président, puisse être évacué vers la Côte d’Ivoire », a-t-il admis. L’ex-président burkinabè a-t-il bien utilisé un hélicoptère français ? « Nous avons veillé à ce qu’il soit évacué en mettant à disposition tous les moyens qui pouvaient être utiles », a répondu François Hollande.

Le président français n’en dira pas plus. Mais dans la soirée, un diplomate français a confirmé toutes les informations diffusées par le magazine Jeune Afrique. Blaise Compaoré a donc été exfiltré à sa demande par les autorités françaises. Vendredi midi, il quitte la capitale, Ouagadougou, dans un long convoi de 4X4. Direction le sud. À 50 kilomètres de la ville de Pô, l’ex-président et ses proches prennent place à bord d’un hélicoptère de l’armée française, sans doute des forces spéciales. Le groupe est ensuite déposé à l’est du Burkina, sur le petit aéroport de Fada N’Gourma. La piste permet de faire atterrir un avion qui redécolle rapidement pour rejoindre en fin de journée Yamoussoukro.

À Paris, le Quai d’Orsay indique qu’il n’y a eu « ni ingérence ni indifférence » pour gérer cette exfiltration de Blaise Compaoré. Au Burkina Faso, les détails de cette opération, révélée dans un premier temps par le président François Hollande, mécontentent fortement une partie des 3 500 Français résidant dans le pays.

La France a aidé Blaise Compaoré à fuir

Le président français François Hollande l’a confirmé mardi : la France a fait en sorte que le président Blaise Compaoré soit évacué vers la Côte d’Ivoire, après l’insurrection populaire de la semaine dernière. La France a joué un rôle, ce sont des mots un peu vagues. On en sait un peu plus désormais sur cette contribution de la France à l’exfiltration de Blaise Compaoré.

Après recoupement, la France est bien venue au secours de Blaise Compaoré pour une exfiltration en deux étapes. Blaise Compaoré était en route pour Pô, une ville située à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec le Ghana et garnison historique du régiment de parachutistes – c’est sa garnison d’origine -, et l’Etat burkinabè y a installé une résidence présidentielle. Mais très vite, le président en fuite se rend compte que c’était un mauvais choix. Car à partir de Pô, il était difficile de traverser le Ghana pour gagner la Côte d’Ivoire dans la discrétion. Son convoi comportait près de 30 véhicules.

La vidéo du convoi de Blaise Compaoré fuyant Ouagadougou

Et c’est là que la France intervient. Des détachements de forces spéciales françaises sont à Ouagadougou. Il y avait déjà un contact continu entre la France et Blaise Compaoré ou son chef d’état-major particulier Gilbert Diendéré. Compaoré est d’abord acheminé par hélicoptère vers Fada N’Gourma, dans l’est du Burkina Faso, qui dispose d’un aérodrome ; et dans un deuxième temps, vers Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, sans doute par avion.

La France avait prévenu l’opposition

Pour l’heure, les partis d’opposition n’en veulent pas à François Hollande, car Blaise Compaoré a été exfiltré pour des raisons humanitaires. Selon nos sources, la France a pris le soin de prévenir les leaders de l’opposition de cette opération d’exfiltration, et ils ne s’y sont pas du tout opposés à ce scénario qui, d’une part, avait pour objectif de préserver l’intégrité physique de Blaise Compaoré, mais surtout de préserver la paix civile.

Ce mercredi, des chefs d’Etat africains sont dans la capitale pour aider à mettre sur pied un schéma de sortie de crise. On serait sans doute dans une tout autre configuration si le président avait été tué. En revanche, des zones d’ombre subsistent. Le président français a dit qu’il y avait eu des attaques et des réponses. Y a-t-il eu des blessés, des morts ? Les échanges de tirs ont-ils impliqué des militaires burkinabè, des civils ? Pour l’heure, on l’ignore.

Un vieil et fidèle allié de Paris

En tout cas, c’est une exfiltration qu’il faut remettre dans le contexte des liens entre la France et le président Blaise Compaoré. Les relations des deux dernières années entre les deux se sont illustrées dans la lutte contre le terrorisme et les groupes armés jihadistes. Des forces spéciales françaises sont à Ouagadougou. Géographiquement, cela fait sens en raison de la proximité géographique avec la ville de Gao au Mali. La France a aussi salué la médiation du Burkina Faso avec les groupes armés du nord du Mali. Elle a permis aux électeurs maliens de Kidal de voter lors de la présidentielle de 2013, grâce aux accords de Ouagadougou signés en juin 2013. Cette médiation a aussi donné une dynamique au dialogue avec les groupes armés du nord du Mali, dialogue qui se poursuit désormais à Alger.

Avec Rfi