RDC: tirs en l’air, gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes pour disperser des manifestations anti Malonda à la Céni

RDC: tirs en l’air, gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes pour disperser des manifestations anti Malonda à la Céni

La journée de manifestations contre la nomination de Ronsard Malonda à la tête de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), jeudi, a exprimé la colère de nombreux anti-kabilistes contre la main-mise conservée par l’ex-Président sur le pouvoir. La nomination irrégulière de Ronsard Malonda est vue comme les prémices d’une nouvelle fraude électorale en 2023, destinée, comme les précédentes, à conserver le plus de pouvoir possible à Joseph Kabila.

Elle a aussi, parallèlement, fait apparaître avec éclat sur la scène nationale les dissensions intra-UDPS, nées de la nomination irrégulière par Félix Tshisekedi, en janvier 2019, de Jean-Marc Kabund a Kabund comme président ad interim de l’UDPS.

On a en effet assisté à cette situation inédite de manifestations convoquées par l’UDPS, membre de la coalition au pouvoir, et suivies par de nombreux militants du  parti du chef de l’Etat ainsi que par ceux de l’opposition Lamuka, MLC, AFDC-A. Mais interdites par le ministre de l’Intérieur, Gilbert Kankonde, membre de… l’UDPS.

A cela s’ajoute, dans l’après-midi, un tweet d’Augustin Kabuya – nommé secrétaire général par Kabund a Kabund – affirmant que lors des marches du jour, « trois » militants UDPS avaient été tués. Et que « le parti » exigera la démission de Gilbert Kankonde.

Il n’est évidemment pas indifférent que ce dernier a donné raison aux légalistes de l’UDPS, qui contestent les nominations de Jean-Marc Kabund et d’Augustin Kabuya; ces derniers règlent donc leurs comptes au passage.

Cela brûle donc au sein de l’UDPS. Est-ce un hasard si Félix Tshisekedi est rentré au petit matin, jeudi, à Kinshasa, venant de Bruxelles, où il se trouvait en visite « privée » mais a quand même rencontré le roi Philippe et la Première ministre Sophie Wilmès?

Tirs en l’air de l’armée à Lubumbashi

Ce jeudi matin a été chaud-chaud à Lubumbashi (Haut-Katanga) où de nombreuses personnes ont protesté contre l’adoption irrégulière, par l’Assemblée nationale, la semaine dernière, de Ronsard Malonda comme président de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Elles protestaient aussi contre les trois jours de confinement décrétés par le gouverneur de province pour ces jeudi, vendredi et samedi, une mesure jugée par l’UDPS locale comme destinée à empêcher les protestations contre Ronsard Malonda.

Ce dernier est considéré par l’Eglise catholique comme le « cerveau » de la giga-fraude aux élections de décembre 2018. En outre, sa présentation comme « le candidat des confessions religieuses » – qui a justifié son adoption par l’Assemblée nationale – aurait été frauduleuse; une plainte pour « faux et usage de faux » a d’ailleurs été déposée contre M. Malonda par l’asbl Congo Justice. Enfin, il a été récusé par 4 des 8 confessions religieuses reconnues par les autorités. Depuis lors, les protestations publiques se multiplient, apparemment sans concertation, de la part de divers partis non kabilistes, ONG, et plateformes de la société civile.

Confinement soupçonné

Après que l’UDPS – parti du président Tshesekedi – eut annoncé son intention de manifester ce jeudi 9 juillet, le gouverneur Kyabula du Haut-Katanga a annoncé trois jours de « confinement » anti-Covid-19. La section fédérale du parti y a vu une tentative de la museler. Ce samedi 11 juillet, d’autres manifestations anti-Malonda sont prévues. Or, c’est le jour du 60ème anniversaire de la Sécession katangaise, alors que les sécessionnistes sont de plus en plus visibles au Katanga.

Jeudi matin, des manifestants protestaient donc à la fois contre Malonda et le confinement à Matshipisha, quartier populaire de Lubumbashi qui est un fief de l’UDPS, ainsi que sur le boulevard M’Siri, indiquait un habitant de la ville à La Libre Afrique.be. La police et l’armée avaient été déployées et ont tiré en l’air pour disperser les manifestants.

Contre-manifestation annulée

Des protestations ont également eu lieu à Kolwezi (Lualaba) où, selon nos confrères d’Actualité.cd, les jeunes de l’UDPS se sont heurtés à des contre-manifestants, qui seraient des « enfants de la rue » regroupés par le PPRD, le parti de Joseph Kabila qui appuie Ronsard Malonda, ce qui contribue à faire apparaître sa nomination comme une tentative des kabilistes de contrôler également la nouvelle Ceni, en prévision des scrutins de 2023.

A Kinshasa, une importante manifestation a également eu lieu jeudi matin, à l’appel de l’UDPS. Des protestataires ont saccagé le siège du PPRD (kabiliste) à Limete. Lorsque le cortège est arrivé à proximité du Palais du Peuple, au centre-ville, la police a dispersé les protestataires avec des gaz lacrymogènes.

Des cortèges de protestation contre Malonda ont été signalés aussi à Mbuji Mayi, Tshikapa et Kananga, dans le Grand Kasaï, ainsi que, mercredi, à Goma (Nord-Kivu). Ils ont généralement été dispersés par la police.

Jeudi après-midi, Augustin Kabuya, secrétaire général d’une aile de l’UDPS, a annoncé trois tués UDPS dans les manifestations et indiqué qu’il allait demander la démission du ministre de l’Intérieur, Gilbert Kankonde, membre de …l’UDPS. Les deux hommes appartiennent à des ailes adverses du parti. Peut-être est-ce pour cela que le président Tshisekedi est rentré à l’aube de Bruxelles.

(Bakolokongo avec La Libre Afrique)