Covid-19 en Afrique: le président Andry Rajoelina, « le nouveau Sankara » du panafricanisme sanitaire

Covid-19 en Afrique: le président Andry Rajoelina, « le nouveau Sankara » du panafricanisme sanitaire

Depuis qu’il a annoncé la découverte du Covid-Organics, un remède contre le Covid-19, le président de Madagascar Andry Rajoelina apparaît comme « le nouveau Sankara » du panafricanisme sanitaire. Le panafricanisme sanitaire dans la lutte contre le Covid-19 qui  trouve des échos favorables dans le continent africain.

Andry Rajoelina sur France24 et RFI:

«Nous, on utilise de la décoction. Quand on parle de décoction, c’est une méthode, c’est l’action de faire bouillir dans l’eau des plantes médicinales pour l’extraction des principes actifs. C’est notre médecine traditionnelle qui est connue et reconnue pour ses effets. On parle beaucoup dans ce remède de l’artemisia. Ce qui se pose aujourd’hui, vous m’avez posé la question, mais j’ai une question quand même à vous poser : si ce n’était pas Madagascar, mais si c’était un pays européen qui avait découvert en fait ce remède, est-ce qu’il y aurait autant de doutes ? Je ne pense pas. Ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que le cas des malades à Madagascar et aussi de ceux qui ont pris ces médicaments, en fait aujourd’hui ce Tambavy CVO ou cette décoction, nous avons eu des preuves que nous avons soigné nos malades jusqu’ici.»

«En fait, effectivement, nous avons lancé ce remède à base de plantes médicinales malgaches. Il faut noter qu’à Madagascar, nous avons l’habitude et 80% de la population se soigne à travers le remède médicinal. Ceci dit, le Covid-Organics est bien évidemment un remède préventif et curatif contre le Covid-19 qui fonctionne très bien. Et d’ailleurs, c’est le fruit des recherches réalisées par l’Institut malgache de recherches appliquées [Imra], qui a le statut de centre régional de recherche reconnu par l’Union africaine. Je tiens juste à préciser que l’Imra est un centre de recherche médicale et pharmaceutique, et de formation, fondé en 1957 par le professeur Rakoto Ratsimamanga qui est une figure émérite de la science africaine.»

En affirmant que les hostilités et les doutes émis contre son remède, qu’il présente comme étant curatif, sont dus au fait qu’il ait été élaboré en Afrique, Andry Rajoelina a réussi un coup double : être porté aux nues par les internautes du continent africain, et éluder la question des preuves cliniques de l’efficacité de sa décoction. Aux questions posées, des réponses empreintes d’une forte fibre nationaliste et africaniste qui ont fait mouche, aux dépens d’arguments scientifiques.

« Nouveau Sankara »

« Le nouveau Sankara », « courageux et déterminé », « gardant la tête haute », « pourfendeur de l’Occident » : les adjectifs et métaphores dithyrambiques pour qualifier le président malgache ont inondé, hier, les réseaux sociaux, après son interview donnée sur notre radio.

« Lui, au moins, il a eu le courage de dire que comme il n’y a pas d’autres solutions meilleures provenant d’autres pays, il y a le médicament trouvé à Madagascar, donc on va s’en tenir à cette solution-là. »

Pour cet acteur de la société civile malgache comme pour de très nombreux internautes du pays, le président Rajoelina sort grand vainqueur de son intervention. Il a su notamment, disent-ils, défier publiquement l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et pu prouver aux yeux du monde sa volonté de faire fi des mises en garde de cette organisation internationale.

Pour le politologue Toavina Ralambomahay, également élu municipal de l’opposition à la mairie d’Antananarivo, le chef de l’État a joué à l’envi sur une corde sensible : « Il utilise une frustration partagée par la population africaine, dont malgache. Le fait d’avoir été méprisés, sous-estimés pendant pratiquement toute l’histoire de l’humanité, d’avoir été colonisés, c’est comme une revanche. Toutefois, utiliser la fierté nationale et continentale pour donner de la crédibilité au remède tambavy-organics, c’est un argument, mais il vaut mieux hisser le débat sur le terrain scientifique ».

Pour d’autres, les vrais enjeux sont ailleurs

Des arguments écartés jusqu’à présent au profit de constats ou observations énoncés et répétés par le président et son entourage, jusqu’ici invérifiables. Pour Faraniaiana Ramarosaona, activiste de la société civile, le débat est ailleurs.

« On est en train de gaspiller de l’énergie pour cette tisane, alors que des gens dans notre pays sont en train de mourir de faim. Et on ne voit toujours pas arriver le plan de relance socio-économique alors que c’est le plus important. »

Les plus sceptiques, dont certains taxent le chef de l’État malgache de « panafricaniste opportuniste », « complotiste » voire de « dangereux imposteur », eux, attendent avec impatience les résultats des essais cliniques réalisés par l’Union africaine, le Sénégal ou encore l’Afrique du Sud.

Pour rappel, à ce jour, la Grande Île compte officiellement 183 cas d’infections au Covid-19 dont 105 guérisons et aucun mort.

(Bakolokongo avec Rfi)