Affaire « programme des 100 jours » en RDC: Vital Kamerhe maintenu en détention, son procès reporté au 25 mai

Affaire « programme des 100 jours » en RDC: Vital Kamerhe maintenu en détention, son procès reporté au 25 mai

Le procès de Vital Kamerhe s’est ouvert brièvement ce lundi 11 mai 2020. Le directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi est soupçonné d’avoir détourné plus de 50 millions de dollars de deniers publics dans le cadre du « programme des 100 jours » lancé par le chef de l’État congolais. Son procès a été reporté au 25 mai. Le tribunal a annoncé qu’il se prononcera sous 48 heures sur la demande de remise en liberté provisoire du directeur de cabinet de Félix Tshisekedi. Les poursuites contre Vital Kamerhe entrent dans le cadre d’une vaste enquête anti-corruption supposée marquer le « renouveau » de la justice congolaise dans la lutte contre la corruption et l’impunité des élites depuis l’indépendance le 30 juin 1960. Le procès s’est ouvert en « audience foraine », c’est-à-dire délocalisée dans l’enceinte même de la prison de Makala où il est incarcéré. La télévision d’Etat RTNC et la télévision Canal Futur, ont retransmis en direct le procès.

L’audience a donc été rapidement levée, au bout d’une heure environ, et le procès a été renvoyé au 25 mai pour poursuite de l’instruction. La demande a été faite par les avocats de chaque prévenu. Ils ont insisté sur le fait qu’ils n’avaient pas eu accès à chaque élément du dossier. Mais pour le ministère public, les pièces du dossier étaient bel et bien disponibles au greffe du tribunal. Il revenait à chaque partie donc de s’y référer.

Barbe grisonnante, regard concentré, dans sa tenue bleu et jaune de prisonnier, Vital Kamerhe était à la barre. Pendant sa prise de parole, il a déclaré être intervenu dans cette affaire comme directeur de cabinet du président de la République. Vital Kamerhe a affirmé qu’ils étaient neuf superviseurs de ce « programme des 100 jours », en plus du coordinateur de ce programme d’urgence. Vital Kamerhe a dénoncé un piège et des questions tendancieuses quand on lui a demandé de préciser sa fonction et son rôle dans ce programme. « On choisit ce qui va créer la confusion, personne ne parle par exemple de la gratuité de l’enseignement primaire », a-t-il dit.

Interrogé sur ses deux codétenus, Vital Kamerhe a dit à propos de l’homme d’affaires Samih Jammal le connaître, mais à quel titre ? « J’ai rencontré beaucoup de gens dans ma vie. » Et à propos du responsable import-export de la présidence Jeannot Muhima, lui aussi coaccusé : « Je le connais de nom. C’est aujourd’hui que je le rencontre. »

Samih Jammal, le patron de Samibo Congo, ne semblait pas tenir sur sa chaise. Cet homme de 83 ans est revenu à la prison de Makala près de deux semaines après l’avoir quitté pour des raisons médicales. À la suite de leurs avocats, les trois prévenus ont pris la parole pour demander le renvoi du procès, parce que, argumentent-ils, ni eux ni leurs conseils n’avaient eu accès aux pièces du dossier. Le tribunal a donc finalement accédé à leur demande.

Dispersion des rassemblements

Des journalistes n’ont pas pu entrer dans le tribunal alors que deux télévisions, qui avaient déjà leur autorisation, commençaient même à installer leur matériel pour la retransmission en direct. Après quatre heures d’attente, toutes les personnes massées le long de l’impressionnante clôture de la prison de Makala, où se trouve le tribunal, ont été chassées par les policiers, aidés par des militaires, parfois avec brutalité.

Un important dispositif policier avait donc été déployé pour empêcher les journalistes de pénétrer dans l’enceinte du tribunal de la Gombe, situé dans la prison de Makala, mais aussi pour éviter tout rassemblement devant l’enceinte judiciaire. Aucun attroupement n’a été toléré dans les environs de la prison.

Dans la matinée, des dizaines de partisans de l’UNC, le parti de Vital Kamerhe, qui étaient massés le long de l’avenue abritant la prison ont été dispersés par la police. Elle a ensuite fait des rondes pour dissuader toute tentative de manifestation. Aucun militant n’a été arrêté pour l’instant, selon la police.

Signal fort ou manoeuvre

M. Kamerhe est bien plus qu’un simple collaborateur du chef de l’État. Natif du Sud-Kivu (est), le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) s’était désisté en faveur de Félix Tshisekedi avant l’élection présidentielle du 30 décembre 2018, qui a marqué la première alternance pacifique dans l’histoire de la RDC.

Les deux hommes ont scellé un accord politique pour constituer leur plate-forme Cap pour le changement (Cach), qui gouverne la RDC en coalition avec les forces politiques de l’ex-président Joseph Kabila, toujours majoritaires au Parlement et dans les autres instituions de la République.

Cet accord signé à Nairobi en novembre 2018 prévoit même que M. Kamerhe, qui a déjà tenté sa chance en 2011, soit candidat à la présidence de la République en 2023.

Le parti de M. Kamerhe compte plusieurs ministres dans ce gouvernement de coalition dont un est également dans le viseur de la justice. Le ministre de la Formation professionnelle John Ntumba est également soupçonné de détournement de fonds.

Nommé directeur de cabinet au lendemain de l’investiture du président Tshisekedi le 24 janvier 2019, Vital Kamerhe doit s’expliquer sur l’utilisation de fonds publics destinés au financement des grands travaux lancés le 2 mars 2019 par le chef de l’État et dénommés « programme d’urgence des 100 jours ».

Considéré comme l’ordonnateur des dépenses, M. Kamerhe est soupçonné du détournement des fonds destinés à la construction de logements sociaux (4.500 maisons préfabriquées).

Il nie ces accusations. Il estime que tous les marchés publics ont été « hérités » du précédent gouvernement, affirmant qu' »aucun contrat de marché public de gré à gré ne porte sa signature », selon l’ordonnance de rejet de sa demande de remise en liberté provisoire du 11 avril.

Si son arrestation est présentée comme un signal fort dans la lutte contre la corruption des élites, une partie de l’opinion reste sceptique et évoque un règlement de compte au sein de la coalition ou une manoeuvre.

Au lendemain de son incarcération, les élus du parti de M. Kamerhe avaient dénoncé « l’arrestation arbitraire » et l' »humiliation » subie par leur chef de file.

Sur les réseaux sociaux, ses partisans dénoncent une affaire visant à l’écarter de la présidentielle de 2023.

Incarcéré depuis le 8 avril, M. Kamerhe n’a pas démissionné de son poste de directeur de cabinet, ni a été révoqué.

Cette affaire « ne représente pourtant qu’une partie du +programme d’urgence pour les 100 premiers jours du chef de l’État+ », affirme les experts du GEC, selon qui d’autres enquêtes « portent sur des projets couvrant plus de 70% du budget initial du programme. Des projets qui peinent à être menés jusqu’au bout, en raison notamment des possibles détournements des fonds ».

(Bakolokongo avec Rfi et Agences)