RDCongo: 180 millions d’euros pour construire un palais présidentiel

RDCongo: 180 millions d’euros pour construire un palais présidentiel

La Libre Afrique.be a reçu copie d’une lettre adressée par la Présidence de la République de la RDCongo au directeur général du Contrôle des Marchés publics, en vue de recevoir l’autorisation de passer sans appel d’offres un marché pour des construction et réfection au Palais de la Nation et à la Cité de l’Union africaine. Il s’agit d’offrir des bureaux et un logement au Président et à ses collaborateurs. Félix Tshisekedi a donc accepté l’exigence de Joseph Kabila de garder la résidence présidentielle qu’il avait fait aménager.

Joseph Kabila a en effet décrété qu’il ne quitterait pas la résidence présidentielle, affirmant qu’il l’avait acquise – sans en montrer les titres légaux. Or, cette résidence résulte de la réunion de deux terrains acquis et bâtis aux frais de l’Etat par Mobutu, devant servir à loger l’une le président du parlement (le premier à y habiter fut Anzuluni Bemba), l’autre le Premier commissaire d’Etat/Premier ministre (elle fut habitée par Kengo, Likulia ou Mabi Mulumba). M. Kabila n’a, en outre, pas encore vidé le Palais de Marbre – résidence construite aux frais du Trésor, sous Mobutu, pour y loger les invités de l’Etat – où habite sa famille. Félix Tshisekedi, lui, loge dans un modeste pavillon de la Cité de l’Union africaine.

Félix Tshisekedi a accepté cette situation, quitte à adapter les bâtiments que son prédecesseur lui concède, s’il faut en croire la lettre, datée du 13 juin dernier, envoyée « pour le directeur de cabinet en mission » par le Pr. Kolongele Eberande, au directeur général du Contrôle des Marchés publics.

Cette lettre demande l’autorisation de passer un marché de gré à gré – au lieu de la procédure normale d’appel d’offres – « en vue de la construction et réhabilitation des bâtiments abritant la résidence et les bureaux de son Excellence Monsieur le Président de la République, chef de l’Etat, et les bureaux de ses collaborateurs, situés respectivement à la Cité de l’Union africaine et au Palais de la Nation. En effet, il n’existe pas, à ce jour, un Palais présidentiel abritant la résidence du chef de l’Etat. D’où l’urgence d’en construire un (…) ».

Selon la lettre, cela représente 115 millions d’euros de travaux au Palais de la Nation et 65 millions d’euros à la Cité de l’Union africaine. La société bénéficiaire de ce marché est Democratic Congo High Tech Construction Company, choisie en raison de « son expertise avérée ».

L’absence d’appel d’offres est justifié par l’ »urgence » et « le caractère stratégique et sécuritaire de l’édifice à construire et des sites où se trouvent les bâtiments à réhabiliter ».

Toujours des marchés de gré à gré

Cette lettre fait d’autant plus de bruit sur les réseaux sociaux qu’elle s’ajoute à une autre en circulation, datée du 18 juin, par laquelle Vital Kamerhe, directeur de cabinet du président Tshisekedi, accepte un projet de construction présenté par une personne privée, Doudou Makuangu Nkombo, pour un montant de 24 millions de dollars, apparemment là aussi sans appel d’offres. M. Kamerhe y annonce qu’il donne ordre au Fonds national d’entretien routier (FONER) – à qui copie de la lettre est adressée – de lui verser 2 millions de dollars par mois durant un an « au titre de construction des dépôts et stations-service de carburant à Mbuji-Mayi, Kananga et Mwene-Ditu », dans le Kasaï dont est originaire la famille Tshisekedi.

(La Libre Afrique)