RDC/fiasco au sommet de Kampala: Joseph Kabila et le M23 renvoyés dos à dos

Réunis en Ouganda sans le président rwandais Paul Kagame, les chefs d’Etat de la région des Grands Lacs ont demandé aux mutins du M23 de quitter Goma dans les 48 heures. En échange, Joseph Kabila doit écouter leurs revendications. A Goma justement, les rebelles estiment que les priorités sont inversées. Suspicieux, ils exigent d’abord un dialogue avec le président. Rien n’indique qu’ils s’apprêtent à partir.

Dans la guerre comme dans la recherche de la paix, il faut parfois se rattacher aux symboles. A Goma, dès que les conclusions du sommet de Kampala ont été connues, plusieurs blindés des Nations unies se sont remis à patrouiller dans les rues du centre-ville. Ils étaient restés invisibles depuis la chute de la capitale du Nord-Kivu aux mains des rebelles du M23, le 20 novembre. Le retour des forces de la Mission de l’ONU pour la RDC (Monusco) est passé d’autant moins inaperçu que l’éclairage public est enfin revenu.

Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a rencontré le 24 novembre une délégation du M23. Une rencontre organisée àKampalaen marge du sommet des pays de la région des Grands Lacs. Les chefs d’Etat de la région demandent aux insurgés de quitter Goma dans les 48h. En échange, Joseph Kabila doit écouter les revendications des rebelles. Mais pour le M23, la priorité est inversée. Les rebelles exigent d’abord un dialogue avant de penser se retirer de la capitale de la province du Nord-Kivu.

Le président congolais Joseph Kabila a rencontré le 24 novembre une délégation du M23 conduite par son leader politique Jean-Marie Runiga. Une rencontre organisée àKampalasous l’égide du chef de l’Etat ougandais, Yoweri Museveni.

Les deux parties, le gouvernement congolais d’un côté et la rébellion du M23 de l’autre, vont maintenant se mettre d’accord sur ce qu’ils négocient ou pas.

Du côté congolais, Raymond Tchibanda, le chef de la diplomatie estime qu’une fois les rebelles ont retiré leurs troupes de Goma, les négociations devront porter sur la mise en œuvre de l’accord du 23 mars 2009. Une revendication des rebelles depuis des mois.

Du côté du M23, on veut discuter de l’accord de 2009. Mais Jean-Marie Runiga réclame aussi un dialogue inclusif avec la société civile congolaise, l’opposition et la diaspora sur tous les sujets qui touchent à la vie publique : la démocratie, les droits de l’homme, et la gouvernance. Et le retrait de Goma doit être, de son point de vue, le résultat de ces négociations.Malgré ces divergences entre Kinshasa et les rebelles du M23, la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo assure qu’elle est optimiste et satisfaite de ce sommet de Kampala.

Les casques bleus seront-ils les seuls les seuls à contrôler la sécurité de Goma dès lundi soir, à la fin de l’ultimatum lancé au M23 pour qu’il se retire de la ville ? Cela semble hautement improbable. Depuis la capitale ougandaise, où il se trouve, le chef politique du M23 Jean-Marie Runiga a clairement laissé entendre que la rébellion n’abandonnera pas Goma sur la seule promesse d’une ouverture de discussions avec le pouvoir congolais.

Dans la capitale du Nord-Kivu, le porte-parole du M23 rappelle son exigence : ces discussions doivent être inclusives, autrement dit l’opposition et la société civile doivent y être représentées. Le colonel Vianney Kazarama insiste par ailleurs sur l’activité militaire des forces pro-gouvernementales, qui selon lui se préparent à relancer des opérations sur les positions tenues par la rébellion.

Le M23 prétend en fait que Kinshasajoue un double jeu, promettant la paix mais préparant la guerre. Plusieurs officiers rebelles assurent qu’ils n’entendent pas engager la confrontation. Mais en cas de provocation, assurent-ils, ils répondront avec la plus grande vigueur.

l’opposition politique méfiante du sommet deKampala

Du côté de l’opposition politique congolaise àKinshasa, on observe des interrogations et une certaine méfiance. Ici, on doute de la fiabilité et surtout de l’efficacité du contenu de la déclaration du sommet deKampala. Une déclaration qui ne serait, selon certains opposants, qu’un simple communiqué adopté avant des discussions directes entre le gouvernement de la RDC et le M23. Pour certains, cette déclaration serait contraire aux revendications des rebelles. Ces derniers avaient, explique-t-on, exigé une table ronde à laquelle devrait participer aussi d’autres composantes de la nation afin de trouver une solution globale à la crise congolaise.

La Déclaration finale du sommet de Kampala vide de contenu

Le texte appelle Kinshasa à négocier avec le mouvement du M23. Des négociations qui doivent permettre de répondre aux revendications légitimes selon la déclaration finale de la rébellion.

De son côté, le M23 doit mettre fin aux combats dans l’est de la RDC et quitter Goma, selon ce texte. Les chefs d’Etat de la région des Grands Lacs appellent également les rebelles à retirer leurs troupes dans un rayon de 20 kilomètres autour de la capitale provinciale du Nord-Kivu et ce dans les 48h.

Parmi les mesures demandées, il y a également le déploiement à l’aéroport de Goma, d’une force composée de soldats congolais, de rebelles du M23 et d’une force neutre qui n’est pas encore définie.

La police de Goma doit enfin être réarmée pour pouvoir reprendre ses activités en ville. Tout cela sous la supervision des chefs d’états-majors congolais, rwandais et ougandais.