RDC: encore beaucoup d’incertitudes après la victoire proclamée de Tshisekedi

RDC: encore beaucoup d’incertitudes après la victoire proclamée de Tshisekedi

En République démocratique du Congo (RDC), la Commission nationale devait annoncer ce jeudi la publication des résultats des législatives nationales, finalement, rien. Encore de l’incertitude au lendemain de la première alternance annoncée dans le pays avec Félix Tshisekedi proclamé président élu à la présidentielle devant un autre opposant, Martin Fayulu qui conteste déjà ces résultats.

Même si ce n’est pas le candidat du pouvoir qui est désigné, les évêques du Congo ont dit que ce résultat n’était pas conforme aux observations de leur mission d’observation. De plus en plus de pays appellent au calme alors qu’il y a eu au moins douze morts hier, jeudi 10 janvier, suite à des manifestations de joie ou de protestation. Et ce vendredi matin encore, à Mbandaka, des manifestants ont été dispersés. Tout à l’heure, le Conseil de sécurité de l’ONU, jusqu’ici divisé, doit à nouveau se réunir pour trouver une position commune.

Manifestations à Mbandaka

A Mbandaka, dans le fief de Jean-Pierre Bemba, l’un des soutiens de Martin Fayulu et de la coalition Lamuka, des centaines d’étudiants ont tenté de manifester, en brûlant des pneus pour protester contre ce qu’ils appellent une « fraude électorale ». Ils ont été dispersés à coup de gaz lacrymogènes et tirs de sommation depuis ce matin. Plusieurs blessés signalés, des arrestations, dont le coordonnateur de Lamuka et plusieurs témoins qui devaient réclamer les procès-verbaux de compilation des résultats. « Nous nous attendons à la multiplication des incidents de ce genre », disait, hier, une source sécuritaire congolaise qui accusait Lamuka d’avoir distribué de l’argent pour créer des troubles.

De son côté, Martin Fayulu réunit ses partisans. En effet, plusieurs centaines de militants de partis membres de la coalition électorale Lamuka sont depuis ce matin au siège fédéral du Mouvement de libération du Congo (MLC) de l’opposant Jean-Pierre Bemba, à Kinshasa, pour communier avec le candidat Martin Fayulu. C’est la première rencontre entre Fayulu et ses militants depuis l’annonce des résultats provisoires du scrutin du 30 décembre 2018. Il doit expliquer sa stratégie qui est donc de déposer un recours pour la présidentielle, même si la Cour constitutionnelle est acquise à la coalition au pouvoir, dit-on dans son entourage et même si, les témoins de Lamuka n’ont pas tous les procès-verbaux de compilation des résultats.

Cach et le FCC semblent exclure les recours

Il sera vraisemblablement le seul à introduire des recours pour la présidentielle. Du côté de Cach, la coalition du président Félix Tshisekedi, on dit ne pas voir l’intérêt. Même chose du côté du Front commun pour le Congo, la coalition au pouvoir. Jeudi, le FCC a félicité Félix Tshisekedi pour son élection, ce serait donc mal venu, nous dit l’un de ses conseillers. La loi électorale prévoit 48 heures comme délai de recours pour la présidentielle, puis une semaine de délai pour statuer depuis la saisine de la Cour.

Le recours à la Cour constitutionnelle, c’était déjà l’option qu’avaient levé certains des leaders de Lamuka qui avaient été écartés de la course à la présidentielle, comme l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba ou l’ancien vice-Premier ministre Adolphe Muzito. Les décisions rendues par la Cour constitutionnelle avaient été vivement critiquées, ses membres accusés d’être des partisans du président sortant Joseph Kabila. Sauf que les appels se multiplient pour que Martin Fayulu et tous ceux qui contestent ces résultats utilisent les voies légales de recours. Parmi les inquiétudes soulevées, par Lamuka, mais également du côté de la société civile et même de Cach, ce serait de voir la Cour constitutionnelle invalider les résultats de la présidentielle, plutôt que de les corriger. Une décision, et c’est bien l’inquiétude, qui permettrait à Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir.

Quid des résultats des législatives nationales ?

Annoncée pour cette nuit, la proclamation des résultats des législatives n’a finalement pas eu lieu. La Céni l’annonce une nouvelle fois pour ce soir. Or, comme pour les résultats des provinciales déjà proclamés, on n’attendait pourtant pas ces résultats avant la prestation du nouveau président élu. « C’est bien parce que le FCC, la coalition au pouvoir, et Cach, la plateforme de Felix Tshisekedi, négocient un partage du pouvoir qu’il n’y a plus aucun effort pour conserver les apparences d’une élection », dit-on dans les rangs de la coalition Lamuka.

Il faut que Martin Fayulu soit fairplay et accepte sa défaite, ne cessaient de répéter de leur côté des représentants du FCC et de Cach. « Ils ont été balayés aux provinciales, ils le seront aux législatives », promettait-on même du côté de la coalition au pouvoir.

Ceni et Cenco attendues à New York

Mais les regards sont aujourd’hui aussi tournés vers New York. Invité par le Conseil de sécurité, le président de la Commission électorale, Corneille Nangaa, s’est excusé. Trop occupé, dit-on, par les opérations électorales. Le président de la Conférence épiscopale devait aussi briefer le Conseil, expliquer sa position. Mais hier, une source diplomatique disait craindre que l’annulation de la participation de la Céni entraîne un report de l’intervention de la Cenco. Un contretemps pour Lamuka qui espérait que les évêques révèlent le nom du « vrai vainqueur de la présidentielle ».

Réactions sur les continent

Le président en exercice de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs, Denis Sassou-Nguesso « prend note » dans une déclaration publiée ce matin de la « victoire » de Félix Tshisekedi. Il appelle tous les acteurs politiques et de la société civile « à poursuivre dans le calme le processus électoral » et à « recourir aux voies légales » pour toute contestation.

L’Union européenne demande, dans une déclaration à la Céni, de publier les « procès-verbaux de chaque centre local de compilation des résultats » « conformément » à ce que prévoit « la loi électorale ». Une étape importante souligne l’Union européenne « pour la crédibilité du processus et la sincérité du scrutin » et ce alors, rappelle l’UE, que les résultats de l’élection sont contestés par « une partie de l’opposition » et des observateurs nationaux. L’UE demande également à tous les acteurs politiques de s’abstenir « de tout recours à la violence » et, comme l’UA avant elle, à ce que « toute contestation des résultats » se fasse « pacifiquement, par le recours aux procédures prévues et le dialogue politique entre toutes les parties prenantes ».

(Avec Rfi)

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