L’origine de la pauvreté publique en République démocratique du Congo

kin33La République du Sud-Soudan venait de présenter son budget 2013 avec des ressources propres de 23 milliards, alors que ce soit en nombre d’habitants, en superficie du territoire et en ressources naturelles, ce jeune pays est théoriquement de loin inférieur à la République démocratique du Congo.

L’état de pauvreté publique de la République démocratique du Congo est une interrogation sérieuse pour tout observateur averti. En effet, une certaine opinion vulgaire impute à Patrice Lumumba ainsi qu’aux Lumumbistes d’être les artisans de la pauvreté publique en République Démocratique du Congo par le fait, d’une part, d’avoir prononcé un discours virulent à l’endroit de la Belgique en 1960 et, d’autre part, par le fait de souscrire à certains engagements internationaux auxquels ils ne se sentent jamais liés définitivement.

Pourtant, le problème du Congo n’est ni une affaire des Lumumbistes ni non plus des Mobutistes, à moins de s’évertuer à une querelle des mots qui ne s’achève, selon François Mitterrand, qu’avec des mots. Voire, à force de poser le problème en ces termes, on s’exerce maladroitement à se contenter des explications superficielles et des réflexions hâtives.

Chacun sait que la prospérité va de pair avec l’intelligence si bien que plus un peuple dispose d’une élite suffisamment qualifiée et entreprenante, plus ce peuple réalise des conditions de progrès et de prospérité. En d’autres termes, c’est dans un pays où les citoyens ne sont pas intelligents qu’il y a présence d’un état de pauvreté qui procède de l’incapacité réelle d’organiser raisonnablement le système productif national et de la faillite d’une pensée politique susceptible de cristalliser le lien social. Pour preuve, depuis les origines de l’humanité, c’est dans la capacité de se doter des outils ingénieux (galets, pierres taillées…) pour dompter la nature et son environnement que l’homme réalise le progrès et améliore les conditions de son existence.

SUIVRE LE BON EXEMPLE DES AUTRES

De nos jours, la maîtrise des sciences et des techniques est le seul gage du développement et de la prospérité. Ainsi, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, tirant la leçon de la défaite, le Japon fit émigrer une grande partie de sa jeunesse aux Etats-Unis, le Nigeria connaît, ces dernières années, un dynamisme entrepreneurial extraordinaire (ACCESS, BIC, etc.), à partir d’une diaspora décomplexée et hautement formée aux Etats-Unis, le Sénégal qui n’a pour toute ressource naturelle que les arachides inonde les organismes internationaux d’une main-d’œuvre qualifiée et formée en France et aux Etats-Unis. Et que dire du Burkina-Faso que la nature n’a que trop desservi mais qui fait considérablement parler de son dynamisme culturel. Comment un pays peut-il construire son avenir sans investir massivement dans l’éducation et la recherche ? Comment un pays peut-il aspirer au mieux-vivre sans projeter de maîtriser suffisamment les sciences et les techniques ? Comment un pays qui prétend disposer de spécialistes dans tous les domaines détient l’un de plus faibles taux en Afrique noire de desserte en eau potable et électricité?

Une chose est vraie, de façon générale, les questions politiques ont toujours pris, en République démocratique du Congo, le dessus sur le choix rationnel des orientations économiques. Pour preuve, dans le processus de décolonisation, la Table-ronde politique capta plus l’attention que la Table-ronde économique.

UNE AFFAIRE DES POLITICIENS

Après, de 1965 jusqu’à ce jour, l’économie nationale est plus une affaire des politiciens que des entrepreneurs, compte tenu de l’importance du secteur public dans l’économie. La conséquence directe est que des choix politiques irréfléchis exercent toujours considérablement un effet fâcheux d’entraînement sur les activités économiques. Par conséquent, la pauvreté publique en République démocratique du Congo procède plus de conséquences des vilénies politiques et intellectuelles que de certaines influences idéologiques ou culturelles.

D’où, on n’arrive toujours pas à expliquer comment, en République démocratique du Congo, ce sont toujours les médiocres qui sont projetés sur le devant de la scène politique ? Deux explications plausibles sont à donner à ce sujet : soit, en fin de compte, il n’existe pas de meilleurs puisque, d’un régime politique à un autre, on déplore toujours des faiblesses en ressources humaines. Alors que la classe politique n’a cessé de changer de contenu, soit il se pose un réel problème de structuration de la pensée, c’est-à-dire de la superstructure intellectuelle puisqu’on note la présence d’un esprit fétichiste qui encourage la paresse, l’oisiveté et la luxure.

C’est, en fait, cet esprit fétichiste qui entretient une certaine propension à des affinités tribales, au népotisme et à l’irrationalité dans la négociation et la gestion des rapports sociaux. Cependant, pour mettre fin à la pauvreté publique, l’histoire nous enseigne deux possibilités : d’une part, il faut beaucoup travailler pour être riche et cela doit s’apprendre à l’école.

AVOIR UNE ELITE CAPABLE D’EDUQUER SA POPULATION

En effet, les Français sont conscients que, si les Etats-Unis sont économiquement supérieurs à eux, c’est parce qu’ils mettent plus de moyens financiers dans l’éducation, l’innovation et la recherche. En d’autres termes, les Etats-Unis sont supérieurs à la France parce qu’ils sont les plus intelligents et c’est cette supériorité en intelligence qui les amène toujours à travailler mieux et plus que la France. Par conséquent, il ne fait aucun doute que, pour être riche, il faut avoir été préalablement bien formé et avoir été disposé à beaucoup travailler.

C’est pourquoi, dans un pays où le travail offre plus de temps de loisir que de concentration intellectuelle ou d’effort physique important, l’imagination est toujours encline à la corruption, à l’alcoolisme, à la sexualité et à la prévarication (des études sérieuses ont toujours démontré que c’est dans des pays pauvres que l’élite termine tôt le travail pour s’adonner à la débauche, à l’alcoolisme, et à l’inactivité).

D’autre part, aucun pays ne peut se développer sans la présence significative des entrepreneurs nationaux. En effet, il ne suffit pas d’en avoir, encore faut-il qu’ils soient suffisamment formés pour entrer en compétition avec les entrepreneurs étrangers. C’est pourquoi, autant il est faux de croire que le malheur du Congo provient uniquement des effets de détérioration des termes de l’échange procédant d’un ratio entre les prix d’exportation des matières premières et ceux d’importation des produits finis, autant il est inexact d’imputer exclusivement ce malheur à l’action étrangère (il n’y a que des gens inintelligents qu’on manipule si bien que la faute n’est pas à celui qui manipule mais à celui qui se fait manipuler tout le temps parce qu’il peut le refuser). La vérité est que, pour prospérer, il faut avoir une élite capable d’éduquer sa population et hautement préparée et formée pour discuter avec les étrangers. Sans cette intelligence et sans cette rationalité, la République démocratique du Congo restera, jusqu’à la venue du Christ, pauvre et inintelligente.

(Le Potentiel)WILLY KATAMBWE
Correspondance particulière