Entrepôt de la Ceni parti en fumée à Kinshasa: Mende accuse Fayulu de la coalition Lamuka

Entrepôt de la Ceni parti en fumée à Kinshasa: Mende accuse Fayulu de la coalition Lamuka

À neuf jour des élections en RDC, « près de 8 000 » machines à voter ont été consumées dans un incendie qui s’est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi dans un entrepôt de la Ceni à Kinshasa. Cet incident pourrait-il, ou pas, entraîner le report des scrutins du 23 décembre ? Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement, également chargé de communication de la campagne du candidat Ramazani Shadary, menace accuse le candidat Martin Fayulu de chercher à saboter le processus électoral.

Le porte-parole du gouvernement Lambert Mende, qui gère également l’équipe de communication de la campagne du candidat Emmanuel Ramazani Shadary, est revenu vendredi 14 décembre, au cours d’une conférence de presse, sur les tous les incidents qui ont émaillé la campagne depuis près d’une semaine, à Kalemie, Lubumbashi, mais aussi hier à Kinshasa, où le principal entrepôt de la commission électorale est parti en fumée. Sans accuser explicitement le candidat de la coalition Lamuka
 (Reveille-toi, en lingala) d’être responsable de cet incendie, il l’a accusé de chercher à saboter le processus électoral.

Pour Lambert Mende, les entraves que le candidat Martin Fayulu  ne cesse de dénoncer depuis le début de sa campagne et qui ont poussé son équipe à porter plainte ce vendredi ne sont que pures inventions. Le ministre accuse le candidat d’avoir été « mis sur orbite pour empêcher les élections de se tenir, pas pour les gagner ». « Il ne fait pas campagne. Il prépare la contestation post-électorale. Et nous l’attendons au tournant », a prévenu Lambert Mende, qui dénonce « un plan notoirement concocté ».

Au sujet de l’incendie qui a ravagé jeudi le principal entrepôt de la Commission électorale à Kinshasa, Lambert Mende assure qu’il convient d’attendre les résultats de l’enquête avant de tirer des conclusions tout en rappelant qu’à ce stade, « la police scientifique privilégie la piste criminelle ».

Mais plusieurs sous-entendus dans son discours invitent tout de même à tourner le regard vers Martin Fayulu. Et notamment cette référence appuyée à un tweet vieux de septembre, dernier dans lequel Olivier Kamitatu, chargé de la communication de la campagne de Martin Fayulu, écrivait : si le président de Céni « s’entête à imposer ses 100 000 machines à tricher, il devra déployer derrière chacune d’elles un policier pour qu’elles ne soient pas (…) brûlées ». Cette intervention du ministre intervient au lendemain d’un communiqué du Front commun, la coalition au pouvoir qui accusait explicitement cette fois Martin Fayulu d’être le responsable direct ou indirect de cet incendie.

Emmanuel Ramazani Shadary, justement le candidat du Front commun pour le Congo, a condamné ce vendredi l’incendie de l’entrepôt de la Céni par la voix de l’un de ses porte-parole Me Aimé Kilolo. Il estime que la « justice doit poursuivre avec diligence des enquêtes pour identifier les responsables, non seulement les auteurs matériels, mais aussi sur les auteurs intellectuels qui ont commandité ou incité de tels actes. » Le candidat qui accuse par ailleurs « certains dirigeants politiques de l’opposition », sans les nommer de lancer « des appels systématiques à la violence ».

Le FCC aussi accuse Martin Fayulu

Pour le Front commun pour le Congo (FCC), plateforme électorale soutenant Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin du président Kabila, le coupable est tout trouvé : Martin Fayulu, candidat de la coalition Lamuka (Reveille-toi, en lingala) qui draine des foules aussi enthousiastes que nombreuses depuis le début de la campagne électoral. L’opposant rejette le recours à la machine à voter.

« [Les propos de Martin Fayulu] et la gestuelle qui les accompagne était déjà le prélude de la mise en œuvre d’un projet bien planifié tendant à entraver le processus électoral en cours et à saper l’investissement politique de tout un peuple », a accusé dans un communiqué Néhémie Mwilanya Wilondja, directeur de cabinet du chef de l’État et coordonnateur du FCC.

« Provocation et montage », selon Lamuka

« C’est une provocation, mais tôt ou tard ils devront rendre compte, même à l’Histoire », lui rétorque l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito qui accompagne Martin Fayulu dans sa campagne électorale. Attendu à Kolwezi, dans le sud du pays, l’avion du candidat a été dérouté mercredi à Goma.

Plus virulent, Moïse Katumbi, membre influent de la coalition Lamuka, tacle : « Il n’y a que des gens qui ont vécu dans le maquis pour réfléchir de la sorte.» « Ils doivent être intelligents lorsqu’ils se lancent dans des tels montages : des images montrent par exemple que des palettes en bois n’ont pas brûlées lors de l’incendie, alors que des véhicules ont été calcinés. Et l’endroit se trouve dans un lieu hautement sécurisé, à moins de 200 mètres du bureau du chef d’état-major des forces terrestres », ajoute-t-il.

Pour l’ancien gouverneur du Katanga, le pouvoir qui « a peur de la montée de la popularité de Martin Fayulu, a envoyé des Bana Mura [des éléments de la Garde républicaine] pour brûler des véhicules, en prenant soin d’enlever les machines à voter ». Conclusion de Moïse Katumbi : « Le régime de Kabila ne veut pas organiser des élections ».

De son côté, la Ceni s’en tient à la date du 23 décembre et « appelle à l’apaisement » au sein de la classe politique. Mais « s’il y a d’autres considérations à prendre [en compte] », son président, Corneille Nangaa, promet de revenir vers la presse, « dès que possible », « pour annoncer ce qui peut arriver »…

(Bakolokongo avec Agences)

bakolokongo