Elections en RDC: après internet, les autorités congolaises coupent la radio RFI

Elections en RDC: après internet, les autorités congolaises coupent la radio RFI

Dans l’attente du résultat provisoire des élections, les autorités de la République démocratique du Congo ont coupé le signal de réception de Radio France internationale (RFI) pour éviter «un soulèvement populaire». L’opposition et la société civile congolaise dénoncent le retrait de l’accréditation de la correspondante de RFI à Kinshasa et le brouillage des émetteurs de RFI dans tout le pays. Cette situation à laquelle s’ajoute la coupure d’internet qui prive la population d’informations impartiales, avant ce que certains dénoncent déjà comme un « hold-up électoral ».

Après les réseaux sociaux et les SMS, une radio très écoutée: les autorités ont coupé le signal de réception de Radio France internationale (RFI) en République démocratique du Congo, et retiré l’accréditation de sa correspondante à Kinshasa, pendant l’attente du résultat provisoire des élections. «Le signal de RFI est coupé dans toutes les villes du Congo», a déclaré à l’AFP le porte-parole du pouvoir Lambert Mende. «Nous n’allons pas laisser une station mettre de l’huile sur le feu au moment où nous attendons la compilation des résultats provisoires».

Les résultats provisoires de l’élection présidentielle doivent être proclamés au plus tard dimanche par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Des rumeurs d’un possible retard commençaient à filtrer mercredi soir. En jeu, la succession du président Joseph Kabila, alors que le pays n’a jamais connu de transition pacifique depuis l’indépendance en 1960. Trois prétendants sur 21 candidats se disputent cette succession, le «dauphin» du président Joseph Kabila, l’ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, et les deux opposants Félix Tshisekedi et Martin Fayulu.

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RFI, 40% d’audience dans le pays

RFI couvre abondamment l’actualité de la RDC, le plus grand pays au monde avec le français pour langue officielle (environ 80 millions d’habitants). La radio française cite une enquête Afriscope/TNS Sofrès lui attribuant 40% des auditeurs congolais. La correspondante de RFI a été privée de son accréditation par le porte-parole du pouvoir qui accuse la radio de proclamer «les résultats, les tendances, alors qu’il n’y a que le président de la Céni qui peut proclamer les résultats et les tendances».

«RFI regrette le retrait de l’accréditation de sa correspondante à Kinshasa, Florence Morice, qui n’a exercé que son travail de journaliste professionnelle», s’est défendue sa direction dans un communiqué. La radio rappelle qu’elle «n’a donné aucun résultat» et «demande l’annulation de cette mesure de retrait d’accréditation et le rétablissement de sa diffusion». M. Mende a convié pour un échange jeudi matin tous les correspondants et envoyés spéciaux étrangers ainsi que les journalistes congolais travaillant pour les médias étrangers. Le signal de RFI en RDC avait également été coupé pendant plusieurs mois l’année dernière.

Dès lundi au lendemain du scrutin, les autorités ont demandé aux opérateurs de couper l’accès internet pour éviter «un soulèvement populaire», d’après un conseiller du président Kabila, Barnabé Kikaya Bin Karubi. «Il y a des gens qui intoxiquaient la population avec de faux chiffres concernant les élections», a ajouté ce conseiller diplomatique. Joseph Kabila, au pouvoir depuis l’assassinat de son père en 2001, élu en 2006, avait été réélu dans la contestation en 2011. Pour les élections présidentielle, législatives et provinciales de dimanche, l’opposition a dénoncé l’emploi de «machines à voter», écrans tactiles utilisés pour choisir les candidats et imprimer les bulletins de vote.

«Dysfonctionnement de la machine à voter»

Les élections se sont déroulées dans un «climat apaisé et serein, malgré les ingérences et tous les défis organisationnels, politiques et sécuritaires», ont estimé les 80 observateurs de l’Union africaine dans leur rapport préliminaire. L’organisation relève tout de même un «dysfonctionnement de la machine à voter», «la disponibilité tardive des listes électorales et des formulaires de procès-verbaux de dépouillement et des résultats», ainsi que «la suppression de plusieurs bureaux de vote à Kinshasa». La Conférence des évêques (Cenco) doit présenter jeudi un rapport bien plus complet, fruit du travail des 40 000 observateurs qu’elle affirme avoir déployés.

Kinshasa a refusé toute mission d’observation européenne ou américaine, de même que toute aide logistique des Nations unies pour organiser les élections dans le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne (2,3 millions de km2). La coalition du pouvoir qui soutient le président Kabila et son «dauphin» Ramazani Shadary a demandé au gouvernement de procéder «rapidement au rétablissement» de l’internet.

La coalition Lamuka autour du candidat d’opposition Martin Fayulu estime que la coupure internet «augure de la fraude et de la tricherie en train de se faire en ce moment précis», selon son directeur de campagne Pierre Lumbi joint par l’AFP. Le même Pierre Lumbi avait déclaré lundi soir que Martin Fayulu était «largement en tête». L’entourage de Félix Tshisekedi s’est déclaré sûr de la victoire de l’opposition. «Toute manipulation en changeant l’ordre d’arrivée à la présidentielle serait un scandale», a prévenu Jean-Marc Kabund, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti d’opposition.

(Avec Le Temps)