Affaire Chebeya: l’ex-policier congolais Paul Mwilambwe demande son extradition pour être jugé en RDC

Affaire Chebeya: l’ex-policier congolais Paul Mwilambwe demande son extradition pour être jugé en RDC

L’ex-policier congolais Paul Mwilambwe qui vit à Dakar au Sénégal depuis 9 ans, demande son extradition pour être jugé en République Démocratique du Congo. Témoin clé de l’assassinat à Kinshasa en 2010 du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya, il estime que l’élection de Félix Tshisekedi permettrait la tenue d’un procès équitable dans son pays. L’ex-policier a été condamné à mort par contumace pour son rôle présumé dans l’assassinat d’un militant des droits humains en 2010 à Kinshasa.

« J’attends la réaction de ces deux Etats », a déclaré à l’AFP cet ancien cadre de la police, Paul Mwilambwe, joint au téléphone à Dakar.

« Je veux que la République démocratique du Congo demande mon extradition parce que je vis caché au Sénégal depuis cinq ans et je n’ai toujours pas été jugé. Je veux simplement que la justice fasse son travail », avait-il déclaré dans un entretien à l’hebdomadaire Jeune Afrique publié le 2 juin.

C’est un homme déterminé qui prend la parole devant notre caméra. Pour la première fois à visage découvert, neuf ans après l’assassinat de Floribert Chebeya. Pourquoi ? En exil au Sénégal, où il assure ne plus se sentir en sécurité, le témoin clé de cette affaire d’État voit dans le changement de pouvoir en République démocratique du Congo, l’opportunité de dire sa vérité.

Je demande mon extradition. J’aurai l’occasion de répéter mes accusations (ndlr, aux juges congolais) et je sais qu’il y aura un procès et une justice équitable pour tout le monde. Paul Mwilambwe, au micro de TV5MONDE

Deux procès, une procédure en cours et des zones d’ombre

Né en 1963, Floribert Chebeya fut pendant près de trente ans la figure de proue du combat pour les droits de l’homme en République démocratique du Congo, un militant connu et respecté, dirigeant-fondateur de l’ONG La Voix des sans-voix (VSV).

Le 1er juin 2010, il est convoqué au siège de l’Inspection générale de la police, alors dirigée par le général John Numbi. Le lendemain, son corps sans vie est retrouvé dans une voiture, la scène grossièrement maquillée en affaire de mœurs. Son chauffeur Fidèle Bazana est porté disparu, son corps n’a jamais été retrouvé.

À l’époque, un premier procès a lieu en RDC : John Numbi est suspendu et huit policiers, dont Paul Mwilambwe, sont inculpés. Quatre d’entre eux sont condamnés à la peine de mort et un à perpétuité. Paul Mwilambwe réussit à prendre la fuite et se réfugie au Sénégal. En 2015, en appel, quatre des policiers sont acquittés, faute de preuves. Le cinquième voit sa peine réduite à 15 ans de prison.

Depuis 2014, au Sénégal, une procédure est en cours, après une plainte des familles des deux victimes contre Paul Mwilambwe, protagoniste présumé de ce double assassinat.

Témoin capital

Le 1er juin 2010, jour du double meurtre de Floribert Chebeya, défenseur congolais des droits de l’homme, fondateur de l’ONG « la Voix des sans voix » (VSV) et de son chauffeur, Fidèle Bazana, le major Paul Mwilambwe est alors en charge de la sécurité des bureaux de l’inspection générale de la police nationale. Il affirme avoir tout vu sur les caméras de vidéosurveillance. Il accuse le général John Numbi, chef de la police en 2010, d’être « le commanditaire » de l’assassinat et le major Christian Ngoy d’en être « l’acteur principal ». Ce dernier serait actuellement « à Lubumbashi protégé par l’ancien pouvoir », selon ce témoin capital de l’affaire. Quant au donneur d’ordre, Paul Mwilambwe n’a aucun doute : « C’est le président Kabila ».

Mes témoignages gênent le général John Numbi. Mes témoignages gênent aussi le président Kabila. Le fait que je sois en vie, pour eux, c’est très gênant. Paul Mwilambwe, au micro de TV5MONDE

Menaces et tentative d’assassinat

Son témoignage, Paul Mwilambwe l’a déjà livré à un juge sénégalais en 2015. Dans cet exil forcé, il espérait profiter de la compétence universelle de la justice sénégalaise pour attester de ce qu’il a vu devant un tribunal indépendant. Mais à Dakar, la justice traîne. Et pour le témoin oculaire de l’affaire Chebeya, l’attente de son procès s’est transformée en angoisse. D’après son avocat, maître Domingo Dieng, il est contraint de se cacher, de déménager tous les quatre à six mois. Paul Mwilambwe se dit menacé d’enlèvement, de tentative d’assassinat et reste sur ses gardes 24 heures sur 24.

Les organisations des droits de l’homme savent où se trouvent les assassins de Chebeya (…). Le chef de bande des assassins de Chebeya, le major Christian Ngoy, est à Lubumbashi avec son garde du corps.
Paul Mwilambwe, au micro de TV5MONDE

« État de droit »

Mais, alors que le major Christian Ngoy est considéré en fuite en RDC, que le général John Numbi est aujourd’hui inspecteur général de l’armée, et que Joseph Kabila a conservé son emprise sur les services de sécurité, qu’est-ce qui pousse Paul Mwilambwe à vouloir rentrer au pays ? « Compte tenu qu’il y a un changement dans mon pays, je demande seulement mon extradition. Pendant cinq ans, rien n’a été fait par la justice sénégalaise ». Le témoin clé de l’affaire Chebeya espère beaucoup de Félix Tshisekedi qui « suit et suivra de près » le dossier de ce double assassinat d’après la FIDH en mars 2019. En avril, à Washington, le président congolais promettait même à Annie Chebeya, la veuve du défenseur des droits de l’homme assassiné, « d’intervenir au cas où il y aurait blocage, que justice serait faite », et qu’il serait « là pour défendre l’État de droit ».

Des paroles qui semblent rassurer Paul Mwilambwe. En cas d’extradition, « j’aurai l’occasion de répéter mes accusations et je sais qu’il y aura un procès et une justice équitable pour tout le monde », confie-t-il. Une justice pour ceux qu’il accuse, pour la famille Chebeya et aussi pour lui-même.

(Avec TV5Monde)